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Haïti-Politique

Le parti politique AKAO réitère ses options fondamentales à l’occasion de son 5ème anniversaire

Publié le mercredi 12 mars 2014

DÉCLARATION

Le 10 mars 2014 ramène le 5ème anniversaire de la création du Parti AKAO. A mi-parcours d’une décennie, le parti continue d’inscrire son action dans la perspective d’une transformation en profondeur de la société haïtienne à partir d’une vision alliant le socialisme aux exigences d’une démocratie réelle et d’un État de droit constitutionnel substantiel. À un moment où la politique autoritariste et les pratiques oligarchiques du régime Martelly s’accentuent (I), provoquant l’aggravation de la crise systémique que traverse le pays (II), il devient plus que jamais nécessaire de construire un nouveau projet de société soutenu par les forces progressistes alliées (III). Le parti AKAO croit dans la nécessaire mobilisation de compatriotes haïtiens autour d’un projet et d’une action visant à dynamiser les forces de production, garantir l’accès aux biens sociaux aux majorités et redonner l’espoir aux jeunes dans leur capacité et leur obligation de reprendre en main le destin de notre pays. En ce moment spécial de la vie du parti, AKAO renouvelle la détermination de tous ses militants à contribuer, dans les différentes régions du pays, à l’établissement d’une telle dynamique.

I. La politique autoritariste du régime Martelly s’accentue

De la fin de l’année 2013 à aujourd’hui, les données de la conjoncture restent à peu près les mêmes. Le pays reste marqué par un climat politique complètement délétère entretenu par l’administration Martelly-Lamothe. Les pratiques de pouvoir du Gouvernement Martelly-Lamothe n’ont pas dévié de leur cours. Au contraire, elles se sont accentuées durant les trois premiers mois de l’année 2014. Elles se sont notamment cristallisées dans la volonté sans borne du chef de l’Etat de s’ériger en juge souverain de ses obligations constitutionnelles, décidant de différer à sa guise le moment de l’organisation des élections, de ne pas publier des lois votées par le Parlement au-delà du délai d’exercice de son droit d’objection, de l’opportunité de publier la liste des Conseillers de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif.

La tentation de l’Exécutif de chercher à tout contrôler et à mettre tout le monde au pas s’illustre dans l’exclusion du Carnaval de certains groupes musicaux pour les besoins de propagande gouvernementale. Allant plus loin, sous l’effet d’une répression rampante, de pressions et de représailles, on cherche à installer un climat de peur, particulièrement dans certains départements, comme le Sud ou le Sud-Est, mis sous coupe réglée de certains barons du pouvoir. Ce climat tend à générer une sorte d’autocensure ou un besoin de faire écho à la propagande du pouvoir.

Ces entraves à la liberté d’expression représentent une stratégie ou font partie du mode opératoire du pouvoir. Un Gouvernement dont les pratiques de pouvoir ne se sont pas dégagées du système de gestion patrimoniale des ressources nationales ne peut pas tenir longtemps à l’assaut de certaines interrogations critiques. Tout se passe comme si les « actions disparates habillées par une propagande mensongère » ne suffisent pas pour cacher les vrais desseins de ce pouvoir dirigé par la frange la plus passéiste de la droite haïtienne. La nature du pouvoir l’oblige à remettre en cause les mécanismes de contrôle démocratique de la gestion de la chose publique et à vouloir bâillonner tous ceux qui le critiquent ouvertement. La tentation autoritaire est la preuve, s’il en faut vraiment une, de l’incapacité de ce pouvoir à poser et à saisir les vrais problèmes de ce pays. Faute d’adresser les vrais problèmes, il enfonce davantage le pays dans cette crise systémique qui le traverse depuis bien longtemps.

II. La crise systémique nationale se perpétue

Dans ses interventions, AKAO insiste toujours sur cette crise systémique qu’il ne faut pas confondre avec ses manifestations conjoncturelles. La première caractéristique de cette crise réside dans le poids de l’oligarchie sur les appareils d’Etat et leur action continue pour maintenir les classes populaires en dehors des sphères de décision. La deuxième caractéristique c’est la dégradation alarmante de la situation économique et environnementale du pays. Ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, engagé dans des politiques de saupoudrage n’est pas capable d’adresser les défis que cette crise systémique pose à nous.

L’opposition, qui ne fait pas l’effort de rapporter la situation actuelle à cette crise systémique et à ses conséquences néfastes, se laisse entrainer vers des solutions superficielles. Dans le contexte actuel, le dialogue, par rapport à la crise systémique et institutionnelle, est une de ces solutions superficielles. Il n’est en fait qu’un exutoire.
C’est pourquoi AKAO s’est tenu délibérément à l’écart de ce dialogue initié par la Conférence épiscopale et impliquant l’Exécutif, l’opposition et le Parlement. L’issue de ce processus a confirmé la position que nous avons exprimée dans la note rendue publique, le 2 février dernier. Nous avons rappelé dans cette note que le pays dispose d’ « un Parlement et [d’] un Exécutif élus [...] qui ont pour mission de dialoguer pour, d’une part, voter des lois et, d’autre part, conduire des politiques publiques en vue d’orienter la nation dans une direction donnée ». Nous avons aujourd’hui la preuve de la non-pertinence, du manque d’intérêt d’une démarche qui met en veilleuse les cadres constitutionnels pour adopter finalement, dans un accord, des dispositions institutionnelles déjà clairement indiquées dans la Constitution.

L’accord trouvé à l’issue de ce dialogue n’est qu’une peau de chagrin. Piégés par le pouvoir qui a réussi à leur imposer la loi du nombre,, les principaux partis de l’opposition n’ont aucune assurance que le système électoral, enrayé par le pouvoir Martelly-Lamothe, sera restauré en raison du fait que le renouvellement de sa composition n’a pas été acquis. D’où le retrait de ces partis de la table du dialogue. AKAO réitère la proposition faite dans son analyse de la situation politique publiée dans la presse au début du mois de janvier 2014 : « La réalisation d’élections générales anticipées. Le renouvellement du personnel et des mandats politiques est également une condition majeure à réaliser. Au préalable, il faudra engager un combat acharné en faveur d’un système électoral permettant véritablement l’expression de la souveraineté populaire ».

Mais il faut aussi que la souveraineté populaire soit le moteur de la mise en place de véritables politiques publiques visant à développer les forces productives du pays et à le faire sortir de cet état de dépendance chronique dont l’expression sinon la plus visible mais la plus symbolique est la présence de la MINUSTAH. De manière tout aussi symbolique, il faudra mettre fin à cette présence pour marquer clairement la reprise en main par nous Haïtiens de notre destin de peuple.

III. Un cadre programmatique et un front politique pour changer la donne

Le parti AKAO rappelle qu’Haïti n’est pas en guerre. Le pays a une Constitution, des institutions et une législation. Il ne peut être question de négocier, à travers le dialogue, les obligations constitutionnelles des pouvoirs institués. Le dialogue ne saurait avoir pour vertu, par la magie du verbe, de résoudre les contradictions puissantes d’intérêts qui nouent le statu quo. Il ne peut que créer l’illusion d’ententes de surface qui ne touchent pas aux racines profondes de nos maux, qui détournent les esprits des problèmes fondamentaux et qui absolvent les fautes graves des dirigeants plutôt que de les condamner.

AKAO estime ainsi que l’action politique doit s’organiser autour de la confrontation de projets politiques et économiques pour promouvoir le développement du pays. La situation du pays rend urgente l’élaboration de politiques susceptibles d’apporter une réponse adéquate aux besoins de la population dans la perspective d’assurer la matérialisation de ses droits et le développement de la capacité de prise en charge de nos problèmes. Le défi fondamental reste donc celui du développement du pays. Or, l’incapacité de l’oligarchie à mettre en œuvre le capital nécessaire au développement du pays est aujourd’hui avérée. Ses pratiques d’instrumentalisation de l’Etat ont précipité le pays dans une impasse et provoqué l’apparition de nouvelles forces politiques, coagulées à des forces internationales, sans projet réel de transformation des conditions de vie de la majorité de la population. Le processus en cours de recomposition des groupes dominants autour de nouveaux pôles de représentation politique est l’une des caractéristiques de la conjoncture globale. Parallèlement, les interventions de certains pays dans la chose publique s’apparentent davantage à une mise sous tutelle ne pouvant que maintenir le pays dans la sphère de la dépendance.

L’enjeu véritable sur le plan politique réside dans la constitution d’un front capable de se positionner en interlocuteur véritable par rapport aux forces et groupes d’intérêts et de proposer un projet d’intérêt collectif et de reconquête de la souveraineté nationale. Sur le plan économique, il s’agit de mettre en place un processus de développement des forces productives dans le pays qui garantisse aux couches les plus faibles de la population des conditions de vie convenables. Enfin, sur le plan social, il s’agit d’établir les conditions suffisantes pour sortir la majorité de la population de l’exclusion et de la situation profondément inégalitaire qui se manifeste notamment par l’indisponibilité et l’inaccessibilité des services publics. La question économique doit ainsi être posée dans une perspective de création de richesses capables de garantir les conditions d’une redistribution équitable de notre production.

C’est sur ces exigences que le parti AKAO définit ses axes programmatiques.

• Premièrement, il faut construire un Etat national inclusif, souverain et fort. À cette fin, nous devons constituer un leadership responsable, élaborer une proposition de retrait des forces étrangères, assurer la cohérence de l’action publique et développer une politique étrangère équilibrée. Il doit s’agir d’un vrai Etat stratège agissant dans le cadre d’une réforme de la Constitution approfondissant sa dimension sociale, et d’une réforme en profondeur de l’Etat dans toutes ses composantes, mettant l’accent sur les institutions de pilotage de la politique nationale autour des fonctions stratégiques. Ceci passe par le renforcement des mécanismes de légitimité nationale, l’établissement d’un pacte économique, politique et social entre les forces progressistes et populaires autour d’un programme de développement national.

• Deuxièmement, Il faut organiser une économie moderne fondée sur la production nationale et l’accès équitable aux biens produits. Pour cela, il est nécessaire de poser les fondations d’une économie mixte, en renforçant le rôle de l’Etat comme agent d’impulsion d’une dynamique de croissance, en rééquilibrant les rapports de force dans les processus de gouvernance et en développant une politique de promotion des petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, il s’agit de mettre en œuvre une politique de production axée sur l’agriculture, l’industrie, l’énergie, les technologies de l’information, et les services pour arriver progressivement à la mise en place des conditions de promotion du secteur touristique.

• Troisièmement, il faut œuvrer à la recomposition du tissu social. À cette fin, il s’agit de mettre en œuvre une véritable politique d’aménagement du territoire ; de généraliser l’éducation comme vecteur du développement national en créant les conditions d’accessibilité et de promotion d’une éducation citoyenne tournée vers la modernité et en renforçant la capacité d’orientation, de supervision et de régulation du système éducatif. De redonner à la santé sa dimension de bien commun en améliorant les déterminants de la santé, en rendant les soins de santé accessibles et en mettant en place une politique systématique de prévention ; de revaloriser le travail par une nouvelle politique de l’emploi en garantissant l’accès au travail en assurant des conditions de travail dignes des travailleurs et en encourageant la participation des travailleurs à la gestion de la production ; de créer les conditions de mise en œuvre d’une politique de promotion de l’identité culturelle en mettant en place un cadre institutionnel cohérent, en développant une politique culturelle axée sur la protection et la promotion de l’identité nationale ; de développer une politique de sports et de loisirs pour tous en mettant en place un programme étatique garantissant l’accès aux sports et loisirs.

• Quatrièmement, il faut revaloriser l’environnement comme cadre naturel de la vie commune et pour cela mettre en place une instance étatique de pilotage du secteur. Cela implique d’assurer la protection des ressources en eau ainsi que des ressources naturelles non renouvelables comme les gisements de minerais et mettre en œuvre, en conséquence, une politique d’utilisation adéquate des espaces. De manière spécifique, il s’agit de chercher à prévenir et à s’organiser contre les changements climatiques et autres menaces naturelles (cyclones, séismes, etc.).

• Cinquièmement, il faut maîtriser la fécondité et la croissance démographique pour impulser une dynamique de population cohérente avec les choix de développement nationaux. Une politique publique conséquente dans le domaine de la croissance démographique, une approche globale de la question migratoire et une politique incitative en matière de migration externe sont donc nécessaires. En support à cette option, créer un environnement social et économique favorable à la fixation de la population est un impératif.

Le parti AKAO est disposé à s’engager dans une discussion de fond autour de ces grands axes programmatiques pour l’établissement d’un front politique capable de porter un projet recueillant l’adhésion de différentes classes alliées pour les besoins de transformation en profondeur du pays.

Fait à Port au Prince, le 10 mars 2014

Pour authentification

Junot FÉLIX
Coordonnateur général