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La violence d’Etat engendre la violence populaire et conduit à l’anarchie et au chaos

POSITION : DE L’ANCIEN PRESIDENT DU SENAT HAITIEN EDGARD LEBLANC FILS SUR LA DISPARITION TRAGIQUE D’UN MILITANT LAVALAS FRITZ GERALD CIVIL LORS D"UNE MANIFESTATION A MIRAGOANE(NIPPES) DISPERSEE VIOLEMMENT PAR LA POLICE

. Le policier, en toute impunité, continue de circuler librement. C’est le lieu de dire que les assassins sont dans la ville, pire ils sont parmi ceux qui ont la mission de protéger

Publié le mercredi 9 avril 2014

Communiqué de presse

(à l’occasion de la mort violente du jeune Fritz Gérald Civil)

La ville de Miragoâne, plus particulièrement le quartier de Gros Trou est dans la consternation après la mort violente qui s’apparente à une froide exécution de Fritz Gérald Civil, un jeune dynamique, plein de fougue et de rêves, ce vendredi 4 avril 2014. Depuis deux semaines, la ville est en ébullition. La population en a marre de souffrir de l’insouciance des autorités qui la privent depuis environ un an d’eau potable. L’alimentation sporadique et arbitraire en électricité achève d’exacerber ses frustrations. Par ses franges juvéniles plus portées à l’action militante qu’à la résignation, elle manifeste violemment sa colère en bloquant les voies d’accès à la ville, paralysant ainsi toutes les activités. L’absence manifeste des autorités civiles et la réaction brutale des autorités policières provoquent la mort d’un jeune élève de 19 ans.

La violence d’Etat engendre la violence populaire et conduit à l’anarchie et au chaos. Pendant une semaine, Miragoâne fait l’actualité par ses manifestations tapageuses et les déclarations trompeuses des autorités qui ne laissent entrevoir aucune volonté de porter solution aux problèmes auxquels depuis trop longtemps la population est confrontée. Elles laissent à la police la charge ingrate de résoudre des situations qui ne relèvent pas de sa mission qui est de « protéger et de servir », non de réprimer voire de tuer. Ce temps est révolu ou la répression policière pouvait comprimer les revendications sociales, les justes protestations des populations abusées. C’est le lot des politiques de résoudre les problèmes soulevés par la politique.

Qu’en est-il de la justice, que fait le commissaire du gouvernement, quand, dans cette période de troubles, un policier non en service dégaine et tire, avec intention de donner la mort, un paisible citoyen, lui fracassant ainsi la clavicule parce qu’il l’avait pris pour quelqu’un d’autre qu’il avait, sans doute, la mission d’abattre ? Rien n’est fait, rien n’est dit par aucune autorité censée responsable de la vie et du bien-être des gens. Le policier, en toute impunité, continue de circuler librement. C’est le lieu de dire que les assassins sont dans la ville, pire ils sont parmi ceux qui ont la mission de protéger. Ils bénéficient de la protection, de la complaisance voire de la complicité des autorités supérieures établies.

C’est dans ce contexte de violence, d’impunité, de désordre que ce vendredi 4 avril, des jeunes gens désœuvrés, tiraillés par le chômage, préoccupés du sort des activités portuaires que les agents douaniers de la brigade de contrôle anti-contrebande ont drastiquement réduites par leurs interventions quotidiennes, se sont rendus devant les anciennes installations de la Reynold’s Mining pour manifester leur désapprobation. Rien n’autorisait une intervention musclée des agents de l’ordre. Le détachement de CIMO venu la veille en prévention de tout débordement n’a pas bougé. Alors pourquoi des policiers de l’UNITE DEPARTEMENTALE DE MAINTIEN DE L’ORDRE (UDMO) ont-ils choisi de provoquer la pagaille en tirant cartouches et gaz lacrymogène ? Se retirant en hâte des environs du port, Fritz Gérald, utilisant les services d’un moto-taxi, prend la direction est-ouest vers la ville de Petite Rivière de Nippes. Il est retrouvé à quelques six kilomètres, près de la plage dénommée « Ti Tans » : torse nue, portant un short de sous-vêtement, allongé sans vie sur le dos, selon le procès-verbal du juge de paix de Petite-Rivière. De quoi est-il mort ? Où est passé le chauffeur du taxi-moto ? Pourquoi les gens de la zone ont-ils été forcés de s’éloigner ou de fermer leurs portes par les tirs de balles et de gaz lacrymogènes de ceux qui poursuivaient Fritz Gérald ?Manifestement, il a été assassiné, exécuté. Par qui ? Qui en a donné l’ordre ou qui a commandité le crime et pourquoi ?Il s’agit visiblement d’un meurtre. Le meurtrier, ses complices et ses commanditaires doivent être recherchés, trouvés, jugés et condamnés.

Je suis profondément choqué par cet acte criminel, inutile et barbare. J’en appelle au Délégué Départemental, au Directeur Départemental de la Police Nationale, au Commissaire du gouvernement pour que l’action publique soit mise en mouvement, les criminels poursuivis, arrêtés en quelqu’endroit où ils puissent se trouver et déférés par devant la justice.
J’en appelle aux autorités municipales pour que la tranquillité, par leurs actions, revienne dans la citée, que les activités reprennent.
J’en appelle aux jeunes et moins jeunes qui manifestent et revendiquent leur droit de vivre décemment, d’avoir les services et commodités élémentaires que les autorités constituées se doivent de garantir à toute la population, de s’exprimer librement, sans agression physique ou verbale, sans violence.
Je partage la douleur qui afflige la famille de Fritz Gérald, ses ami-e-s, ses camarades de combats.
Je présente mes profondes condoléances à tous et à toutes, particulièrement à sa mère éplorée.
Sa mort ne doit pas rester impunie.

Miragoâne, le 6 avril 2014
Sénateur Edgard Leblanc Fils
Sénateur Edgard Leblanc Fils
5, rue Capois-La-Mort, l’Ilet,
Miragoâne, Nippes, Haïti
Tel : 34 18 43 61 / 42 75 19 58
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