> Editoriaux > KISKEYA : 20 ans d’existence !

Haiti-Editorial

KISKEYA : 20 ans d’existence !

La lutte continue !

Publié le dimanche 11 mai 2014

« Sony ta di, kòman nou ye, èske n ap kenbe pi rèd, “hein” ! ? Epi li ta plenn… E li t ap gen rezon plenn…

Premye panse nou, nan okazyon 20tan sa a, al pou zanmi nou, frè nou, kanmarad konba nou, kavalye pòlka nou, Sony Bastien. Nou p ap jan m bliye sans inisyativ li nan domèn biznis. Angajman li nan batay demokratik la. Kontribisyon li nan avansman lang kreyòl la. Metriz domèn piblisite a li te genyen. Konesans li te genyen nan domèn istwa, literati ak ekonomi. Kapasite li te genyen pou moke lavi a, fè moun griyen dan, menm nan sikonstans ki te parèt pi dwòl. »

Avec Sony, on luttait en riant. Constamment. Mais, passionnément.

Les six années sans Sony qui nous ont amenés à ce 20ème anniversaire, ont été longues et pénibles, mais tout aussi bien riches et laborieuses. Il a fallu tenter de combler le vide qu’il a laissé dans bien des domaines. Surtout, il a fallu maintenir le cap sur les objectifs de départ, à savoir construire :

- Un média indépendant, mais ouvert, tolérant, non partisan ;

- Un média engagé dans la lutte en faveur du respect et de l’application de la Constitution et des lois ;

- Un rempart pour la défense et la promotion de la liberté d’expression en général et de la liberté de la presse en particulier ;

- Un instrument de défense des libertés publiques, du pluralisme et de l’alternance politiques à travers des élections libres, honnêtes et démocratiques ;

- Un média de référence de la culture et de l’identité nationales, ainsi que des valeurs propres à notre communauté.

Notre engagement par rapport à ces objectifs de départ nous a conduit, pendant ces 20 ans, à des luttes périlleuses contre les violations des droits humains, la corruption, la dilapidation, le gaspillage des fonds et des biens publics, le clientélisme, le népotisme, les élections truquées, les persécutions et les assassinats politiques, l’occupation du pays, la liquidation du pays, la soumission à l’étranger, l’acculturation et la perte de l’identité nationale.

Que de démagogues, de populistes, de farceurs, de « patripoches », n’a-on pas rencontré au cours de ces 20 années ! On a tout de même eu la chance de rencontrer, au cours de ce périple de deux décades, quelques, mais bien quelques citoyens dignes de ce nom qui ont accompli leur devoir dans les sphères qui étaient les leurs, sans se faire d’illusions sur l’impact effectif de leurs actions sur les structures vermoulues de notre société. Comme nous, ils ont crû aux lendemains qui chantent. Mais, comme nous, ils ont plutôt déchanté face aux avanies, aux difficultés et aux déconvenues de toutes sortes endurées pendant ces 20 ans :

- La seconde occupation américaine du pays, à partir de septembre 1994 ;

- L’assassinat du célèbre journaliste haïtien Jean Léopold Dominique en avril 2000 ;

- Les élections contestées de mai et novembre 2000 ;

- L’assassinat du journaliste Brignol Lindor le 3 décembre 2001 ;

- Les tristes événements du 17 décembre 2001 qui ont inauguré l’ère des "Baz chimè", groupes armés violents, qui, pour la plupart, étaient en gestation avant cette date. Ils se nommeront : « Lame wouj ; Lame sèkèy ; Lame ti manchèt ; Oganizasyon dòmi nan bwa ; Lame kanibal ; Oganizasyon rache kou poul », et j’en passe...

- La longue crise postélectorale de 2000, alimentée par de nombreuses autres calamités sociales et politiques, déboucha sur le GNB, l’insurrection de la bande à Guy Philippe alliée à Lame Kanibal de Amiot Métayer et, finalement, le second départ en exil du président Aristide, le 29 février 2004.

- Ce fut alors l’Opération Bagdad dont le bilan, au cours de deux ans de terreur, atteignit plus de 700 morts au sein de la population civile, une centaine de policiers ont été tués dont certains décapités et de nombreux cas de viol et de kidnapping. Enlevé le 10 juillet 2005, le journaliste et poète Jacques Roche sera retrouvé mort 5 jours après.

- Les élections de 2006 sont également classées dans la catégorie des "avanies" : des bulletins de vote ramassés à la pelle ; un second tour entre les deux principaux vainqueurs au premier tour de la présidentielle, déclaré inopportun par la "communauté internationale". Il fallait tout faire pour éviter ce second tour entre Préval et Manigat !

- Après 4 furieuses tempêtes tropicales en 2008, vint le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 ! Des milliers de morts ! Conséquences de nos inconséquences accumulées. Quelles leçons avons-nous tirées de ces catastrophes ?

- Plein d’autres événements malheureux et des ignominies nous ont douloureusement affectés au cours de ces 20 ans. Nous ne pouvons pas les citer de façon exhaustive. Mais, au nombre de ceux-ci figurent assurément les scandaleuses élections de novembre 2010 et de l’année 2011. Comme les élections de 2006 avaient permis au "blan" de s’immiscer "kare bare", visiblement, dans nos affaires, goût lui en prit. C’est ainsi que, par des artifices dont il garde jalousement le secret, il remettra le pouvoir au candidat de son choix, en l’occurence, l’actuel président de la République, Michel Joseph Martelly.

On a donc vu et souffert des calamités au cours de ces 20 ans.

On en est aujourd’hui au chapitre Martelly, avec un bilan de l’équipe Tèt Kale qui est loin de ce qu’affirme la propagande officielle dite à l’oral. On a de fortes raisons de croire que le ciel s’assombrit et que "pi ta ap pi tris". Je vous fais grâce d’égrener le chapelet des crises et des pommes de discorde actuelles, annonciatrices de graves troubles. Les secteurs ouvrier et professionnel commencent à se réveiller, à se mobiliser face à la dégradation accélérée des conditions de vie pendant que le gouvernement clame que tout va de l’avant dans le pays. « Peyi a ap vanse », martèlent-ils ! Le régime "Tèt Kale" s’en sortira-t-il ? La communauté internationale le supportera-t-il contre vents et marées ? (Poze anpil nan prezidan ki te la anvan Martelly yo kesyon sa a pou w konnen ki sa yo rele kominote entènasyonal la, lè bra mare tout bon).

Dans l’intervalle offert par le "pi ta pi tris", nous autres du secteur des médias, faisons de notre mieux pour survivre à tous les fléaux qui n’arrêtent pas de nous terrasser. Ils se nomment, ces fléaux :

- Facture élevée du carburant ;

- Facture exorbitante de l’électricité synonyme de black out, pendant une bonne partie de ces vingt dernières années ;

- Les obligations du fisc insatiable : une DGI qui écorche grands, moyens et petits entrepreneurs au même titre, avec des mises en demeure très souvent injustifiées ;

- L’augmentation inexorable du coût de la vie, entrainant les inévitables ajustements et augmentations de salaires alors que, dans le même temps, les affaires baissent considérablement.

Les affaires ne marchent pas, entend-on dire partout dans le secteur des médias. Le marché publicitaire se rétrécit inexorablement en raison, entre autres facteurs, de la multiplicité des médias. Le commerce réduit son budget publicitaire certes en raison des difficultés économiques et financières, mais aussi en raison des accointances politiques et du copinage. Et cela ne s’améliore pas au fil des jours.

Sur un plan général, la situation est préoccupante. Vous n’avez qu’à consulter le cours des devises pour vous rendre compte de l’état lamentable dans lequel se trouve la monnaie nationale par rapport au dollar américain (Près de 46 gdes pour 1 dollar américain !).

« Bagay yo pa bon, non. Epi, ou gen yon kriz anvan eleksyon ki bay tèt fè mal, pandan kolera-MINISTA prezan tenn fas ap fè ravaj. Kounye a, chikoungounya debake san envitasyon. » « Ala traka papa », dirait l’ancien président Leslie Manigat.

« An palan de traka, laprès, medya yo, sektè k ap defann dwa moun yo, palmantè, atis, gen nan men yo :

- Menas KONATEL pou fèmen medya sou pretèks difamasyon ;

- Pawòl demeplè minis kominikasyon sou laprès ;

- Konpòtman bowòm sekirite prezidan sou jounalis ;

- Lèt menas ak grenn bal pou jounalis, medya ak militan dwa moun.

Tous ces faits amènent à une conclusion unique : la bataille pour l’instauration irréversible de la démocratie dans le pays est loin d’être gagnée. On réalise surtout qu’elle ne saurait être du ressort unique des journalistes. La bataille démocratique doit être, pour qu’elle triomphe, l’œuvre d’un pan entier de la population. Elle doit s’organiser. Les associations doivent se structurer davantage.

« Asosyasyon medya yo, dwe vin pi djanm. Asosyasyon jounalis yo dwe pran jarèt. Sendika yo dwe pran rasin, layite. Oganizasyon dwa moun yo dwe louvri kò yo. Pati politik yo dwe sispann pale pou pale : yo dwe konn pwoblèm yo e vini ak bon jan solisyon pou yo ».

Dans cette bataille, on s’est porté sur différents fronts, pendant ces 20 ans. Et, si on a connu des déboires, si l’on a été la cible de critiques acerbes et même du mépris de certains, ce n’est sans doute pas du fait d’avoir commis de quelconques inqualifiables forfaits. Mais, simplement, pour avoir été constamment fidèles à nos idéaux.

« Wi, e nou vle kontinye demontre :

Moun ka gen liy nan peyi dayiti san yo pa blije fèmen sou lòt lide, sou lòt kouran panse. Danse patyanga pa yon fatalite pou ayisyen. Nou pa blije toujou ap woule plizyè bò. Nou ka defann epi kenbe pozisyon nou kwè ki jis,menm si, anpil fwa, degradasyon sitirasyon politik, sosyal, ekonomik ak moral sosyete a fè nou doute nou ka rive fè bèl rèv nou gen pou peyi a ateri. Men, nap kontinye reve. »

Et ce rêve qui nous hante depuis notre prime jeunesse et qui a pris forme dans la mise sur pied de cette station de radio, nous poursuit encore.

Notre combat a été aussi, et demeure, celui de la défense et de la promotion de la langue créole et de la culture nationale. Croyant nous diminuer ou nous complexer, certains nous affublent de la désignation de station créole. « Men, se pa jodi a n ap tande yo di pale franse pa vle di lespri pou sa. » A Radio Kiskeya, on n’est pas en guerre contre les langues. Mais, c’est vrai que le créole est roi dans notre pays. Nous venons le confirmer tardivement, diriez-vous avec raison. Donc, « Radyo Kiskeya ap kontinye pale kreyòl, l ap kontinye devlope kreyòl pou plis moun, pou n pa di tout moun, ka bay dizon yo nan zafè peyi a. » C’est une exigence de l’inclusion et de l’apprentissage fructueux des langues secondes.

« Radyo Kiskeya batay tou pou li kenbe plas li sou mache piblisite a. Paske nou se yon radyo komèsyal ki depann a 100% de piblisite. Se sètènman yon sitirasyon ki dwe chanje. Chak medya dwe gen estrateji pa yo pou fè fas ak sitirasyon sa a. Li nesesè. Paske fòk medya yo pa disparèt. »

Sur le plan de la technologie et de la modernité, l’aventure Kiskeya a débordé les rives nationales en s’imposant sur le web via son site internet, le www.radiokiskeya.com. Certes, du chemin reste à parcourir dans ce domaine. Mais, déjà, nous desservons une communauté dont nous ne sommes pas encore en mesure de mesurer les contours grâce à ce site qui assure l’accès aux informations tant par l’écrit que par le son, par l’image et depuis peu, par la vidéo. Avec Télé Kiskeya en plus, nous avançons résolument dans le progrès technologique en prenant le pari de permettre aux gens de voir différemment, « wè yon lòt jan », dit le slogan. Il s’agit là de tout un programme. Nous n’en sommes qu’à son lancement. Faites nous donc grâce de n’être pour l’instant qu’au stade du vagissement quant à cette option de vous porter à voir différemment.

En ce 20ème anniversaire, nous avons une pensée spéciale pour tous les collaborateurs qui nous ont aidés à réaliser l’œuvre et qui ont été fauchés en pleine route. Jean Richard Louis Charles, Pierre Richard Alexandre, n’ont même pas eu le temps de faire le tour d’eux-mêmes. Notre collaborateur Rosemond Edmond a été emporté par la maladie.

D’autres collaborateurs et collaboratrices sont également partis pour l’au-delà. Nous n’oublierons pas de sitôt Manise et Lenord, deux membres réguliers et dévoués de notre personnel de soutien.

D’autres collaborateurs et collaboratrices envers qui nous nourrissons la plus haute estime nous ont soit laissés soit pour d’autres sphères, soit pour d’autres rives. Leur collaboration nous a été utile.

La liste des remerciements pour la collaboration et les appuis reçus pendant ces 20 ans serait très longue. D’abord, nos remerciements vont à notre personnel dynamique et dévoué, malgré toutes les difficultés. Nos amis de la presse, de la société civile organisée, des partis politiques, des différentes législatures parlementaires, savent combien nous leur sommes gré de leur collaboration à différents moments de ces deux décades.

Que dire de nos commanditaires loyaux et fidèles, qui nous ont accordé leur confiance et qui nous ont permis d’effectuer ce long parcours.

Quant à vous du grand public, comment ne pas vous remercier pour la confiance que vous avez maintes fois exprimée vis-vis de nous. Au nom de Liliane et de toute l’équipe, disons ceci :

« N ap kontinye ak menm objektif yo. N ap korije sa pou n korije pou travay la fèt pi byen. Men, devan danje ki menase jodi a libète laprès ak libète lapawòl an jeneral, li dwe klè pou tout moun, e n ap di l yon lòt fwa, batay la pa pou yon sektè pou kont li. Kidonk, fò nou mache kontre pou n kore sa ki merite kore epi tou pou n fè plis gany nan tabli demokrasi nan peyi a. »

Viv Radyo Kiskeya pou tout tan !

Viv libète laprès ak demokrasi, pou devlopman ak pwogrè gran peyi sa a yo rele Ayiti e ki jodi a sou la graba !

Viv libète laprès nan batay pou yon Ayiti granmoun tèt li ak yon pèp ki gen diyite e ki afime idantite li !

Marvel Dandin