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Haïti-Editorial

LA JUSTICE...

Publié le dimanche 13 juillet 2014

Me Osner Févry fait désormais partie de la cohorte innombrable de gens qui réclament justice pour un proche disparu dans des circonstances obscures. Aujourd’hui et demain, cette liste va inexorablement s’allonger avec d’autres décès suspects, d’autres exécutions, d’autres disparitions. La justice continuera encore longtemps à être inopérante et inutile.

C’est que le problème est "systémique", pour employer un mot savant. Et, il correspond également à notre vision de l’existence, à la manière dont nous percevons la vie, la société, le pays, les choses et les êtres. Vous me trouverez stupide de vous faire remarquer que le simple fait que vous manifestiez de la méchanceté vis-à-vis des êtres faibles comme les animaux domestiques constitue la marque de notre inhumanité et de notre incapacité à protéger et à respecter la vie. Nous ne sommes pas mieux par rapport à tout ce qui fait partie de notre environnement : nous ne sommes que des prédateurs, des destructeurs. A peu de choses près, nous sommes mêmes des monstres. Le danger pour Haiti et les Haitiens devient de plus en plus les Haitiens eux-mêmes. C’est triste et douloureux de le constater et de l’écrire.

Mais, il y a plus.

- Nous refusons de respecter la Constitution et les Lois.

- Nous n’acceptons pas que notre vis-à-vis soit un concitoyen au même titre que nous avec toutes les prérogatives que lui confèrent la Constitution et les Lois.

- Les crimes odieux nous laissent impassibles, indifférents, dès qu’ils ne nous touchent pas directement. Le deuil est chez le voisin. Cela ne saurait m’arriver. Et donc, on laisse faire, jusqu’au moment où "La Croix"débarque chez soi.

- Les abus et les injustices frappent les pauvres, les petits paysans, les ouvriers, les éléments du lumpen des bidonvilles, les "nèg anba", les opposants. Et c’est normal.

Ils ne peuvent pas nous atteindre parce que nous sommes puissants. Nous avons des contacts, de l’argent et des armes.

- Nous tardons encore à comprendre l’utilité et la nécessité d’une citoyenneté unie et compacte, par-delà les classes, face aux injustices et aux illégalités. Nous croyons toujours pouvoir tirer à temps nos marrons du feu.

L’attitude consistant à toujours subordonner l’intérêt général à l’intérêt particulier, continuera longtemps encore à faciliter la perpétration d’actes les plus ignobles dans le pays. Dans le cas de la justice, l’intérêt général devrait nous motiver tous à oeuvrer en faveur du renforcement du pouvoir judiciaire. Cela se traduit par le renforcement de son indépendance, le contrôle rigoureux de son fonctionnement, la mise à sa disposition de moyens adéquats. Il va sans dire que la police, l’auxilliaire de la justice, devrait du coup être mieux organisée et mieux pourvue pour les investigations et les actions visant à faire respecter la loi et les décisions judiciaires (law enforcement, comme disent les Américains).

Quand,dans un contexte politico-social donné, on se contente d’utiliser ses contacts et d’influencer en sa faveur les décisions judiciaires, on peut réussir dans de telles démarches aujourd’hui.Mais, demain, quand les rapports de force auront changé, qu’est-ce qui vous protégera des abus et des injustices de toutes sortes ?

On a intérêt à lutter en faveur du renforcement des institutions pour qu’elles soient pérennes dans leur fonctionnement au regard des prescrits de la Constitution et des Lois.

L’histoire récente nous a amplement prouvé que les puissants d’hier peuvent devenir les faibles d’aujourd’hui. D’où la nécessité pour nous de sortir du cycle sordide et infernal de l’évolution en dehors des normes et des institutions.

Il nous faut un système dont la stabilité sera garantie par la primauté de la Loi, l’Etat de droit, comme nous nous plaisons à dire. Ce n’est pas un vain mot. Encore moins un simple slogan.

On est donc tous exposés à des périls majeurs, aujourd’hui ou demain, si nous n’oeuvrons pas à l’instauration de cet ordre. Ce n’est pas que les meurtres, les assassinats et les disparitions cesseront. Mais, on sera plus en mesure de bannir le règne de l’impunité qui constitue le ferment idéal de la perpétration continue des actes répréhensibles. Car, il faut que les criminels soient poursuivis et sanctionnés pour que l’exemple de leurs forfaits influence de moins en moins de déviants patents ou potentiels.

Marvel Dandin