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Haïti-Politique

Dossier : lettre ouverte du Coordonnateur de l’Organisation Tèt Ansanm (OTAN), Volcy ASSAD, au Président Michel Joseph Martelly

Publié le mardi 29 juillet 2014

Monsieur le Président,

L’éthique et les vertus citoyennes commandent l’esprit et la lettre de cette correspondance. Et c’est au nom de la conscience collective fortement attachée aux principes et acquis démocratiques que j’ose, l’espace d’un cillement, vous réclamer un peu d’attention. Souffrez, Monsieur le Président, que je vous dérobe de vos préoccupations l’instant de vous inviter encore une fois à laisser les sentiers de la déraison.

Depuis les temps du lambi de nos mornes et du téléphone arabe, voire aux heures de la folle vélocité du numérique, les mauvaises nouvelles voyagent vite. C’est un secret de polichinelle que l’exécutif que vous dirigez a, au nom peut-être de la raison d’Etat des régimes totalitaires, intimé l’ordre au judiciaire d’émettre un mandat d’arrêt contre moi, Volcy ASSAD à cause de mes réflexions et convictions politiques, de mes prises de position face aux dérives du pouvoir en place. Ou s’agit-il d’une stratégie visant à neutraliser mon éventuelle élection aux prochaines sénatoriales qui seront organisées, bien sûr, par un CEP crédible ?

S’assurer de la personne de Volcy ASSAD, s’inscrit dans la logique de cette vue de l’esprit de casser la mobilisation populaire réclamant à tue tête, la consolidation de l’Etat de droit, l’exorcisme du spectre de la dictature qui grimace dans les discours et les menées de ce pouvoir rose, cette mobilisation, dis-je, qui réclame des élections ouvertes. C’est un constat national d’échec du pouvoir qui explique cette mobilisation. Mieux encore, c’est votre détermination intransigeante d’agir pour le triomphe de l’arbitraire, d’un Etat prédateur qui alimente les frustrations sociales. Et ici, Monsieur, je me permets de vous rappeler que le 26 juillet 2012 déjà, au cours d’une rencontre informelle au presbytère de Saint-Anne à l’Anse-à-Veau, en présence de son éminence Monseigneur Dumas et du Sénateur Jocelerme Privert, vous m’aviez tenu ces propos : << Assad ou nan lòt kan, lè yon moun anfas mwen, se lagè mwen fè>>. Et je vous avais répondu que le pays n’a qu’un camp, celui du peuple et du progrès national. Je profite de cette parenthèse pour informer l’opinion publique nationale et internationale que, dans la logique de cette persécution tout azimut, le lundi 19 mai, 4 individus armés à bord d’un pick up sans plaque d’immatriculation exigèrent à mon chauffeur de s’arrêter, alors qu’il venait juste de déposer mes enfants à l’école. La vie même des membres de ma famille est en péril. L’avertissement est-il aujourd’hui dans sa phase d’exécution ? Mais je ne partirai pas en exil, je ne renoncerai pas au combat de la majorité.

Est-ce le processus d’isolement des leaders conscientisateurs qui commencent ? Leur liquidation, puisqu’il est dit dans votre entourage que je serais l’un des cerveaux qui comprennent bien la grogne populaire. Est-ce aussi une stratégie consistant à isoler le Sénateur Moise Jean-Charles ? Les agressions physiques contre le sénateur Moise Jean-Charles à Gressier et à l’Arcahaie par des agents de la Police Nationale, sont des preuves tangibles de votre acharnement à vouloir éliminer vos adversaires politiques. Les réponses sont évidentes. Est-il superflu de rappeler que, comme dans les geôles du Fort-Dimanche d’antan, que le pouvoir exécutif compte dans les cellules de ses prisons de nombreux prisonniers politiques. Citons entre autres les frères Florestal, Louima Louis-juste pour ne citer que ceux-là. La dernière victime en date de cet Etat prédateur est le camarade Thimoté Rony. J’en profite pour lui dire publiquement de rester serein et confiant jusqu’à la victoire. Ils sont injustement, illégalement et malhonnêtement incarcérés, parce que l’exécutif ignore superbement les injonctions constitutionnelles de consolider les institutions de la République, méprise avec l’arrogance d’une grâce opulence, l’infâme misère d’un peuple qui refuse de désespérer dans sa vocation historique de l’héritage dessalinien. Monsieur le Président, vous ne renforcez pas les institutions quand vous dites, et je vous cite, que la police est le bras armé de votre gouvernement. Vous ne renforcez pas les institutions quand vous vassalisez le CSPJ et le CEP, à la mesure de vos exclusives ambitions et perspectives. Nul n’est dupe que l’échéance des élections vous fait peur. Il vous faut une machine pour assurer une continuité du pouvoir.
La nation renouvelée demandera des comptes et le culte de l’impunité ne peut plus durer.

Vous ne renforcez pas les institutions quand le trésor public et l’aide internationale servent à caser des proches et des amis dans un cabinet exponentiel, à faire danser un peuple esclave de la faim et de l’insalubrité, pour assouvir les appétits démesurés de certains, ou à favoriser, selon la théorie des trous noirs de l’économie, l’enrichissement illicite de vos sujets. Non Monsieur, le tapage médiatique, la propagande unilatérale, les conseils des ministres télévisés ne changent pas la réalité. Elle n’est pas rose, elle est macabrement sombre. Et c’est un citoyen responsable qui se fait l’écho de la voix d’un peuple pour vous le dire.

Mais qui est-il pour oser vous parler de raison et de bonne gouvernance, dites-vous ? Il est cet adolescent qui, le 7 Janvier 1991 déjà, devant la furieuse barbarie du coup d’état sacrilège de l’odieux Lafontant, incita la vaillante population de Fond-des-Nègres à dire non au retour du totalitarisme. Il est cet écolier qui, le 30 septembre 1991 à la rue Saint-Martin offrit sa poitrine et sa chair aux baïonnettes d’une armée alors criminelle ; cet écolier qui, de 1992 à 1994, choisit de faire de sa plume une arme, dans les colonnes du journal Libète, pour le triomphe de la démocratie participative, institutionnelle à visage humain. Il est ce journaliste qui, aux heures de turbulence des années maudites 2004-2006 s’est adonné à comprendre et à faire comprendre le quotidien dans les zones de non droit, le comment et le pourquoi des évènements.

J’ai toujours mené le bon combat, j’ai toujours dénoncé les comportements hitlériens et je m’assume toujours. Je ne renierai pas aujourd’hui mes convictions démocratiques et ma stature d’artisan de la paix sociale. Et je reste aux cotés des cohortes vigilantes et innombrables de notre république démocratique. Ceux qui se taisent devant l’intolérable sont ceux qui ont honte et ceux qui comme les non juifs, insouciant face à l’antisémitisme d’Adolf Hitler se réveilleront hébétés devant l’horreur des SS. Mais les masses haïtiennes veillent, et elles disent non à l’Etat de drogue, de la dilapidation du trésor public, de la violation des droits élémentaires des citoyens, de cet Etat de Kidnappeurs jouissant de l’impunité du pouvoir rose.

Monsieur, le combat pour le respect de droit, le progrès réel du peuple haïtien, la consolidation des acquis démocratiques arrachés au prix du sang depuis les trois dernières décennies, pour le mieux-être des masses abêties, bâillonnées et exploitées ne cessera pas, même devant votre entêtement d’arrêter les membres de l’opposition.

Non Monsieur le Président, le combat ne cessera pas sous la férule des hommes de bonne volonté, tout horizon confondu et notamment avec les hordes de manifestants de l’heure, qui dénoncent les dérives et les violations des droits foulés aux pieds souvent pour un plat de lentilles, expression millénaire de la corruption. C’est ce qui se passe et qui participe de ce dialogue entre copains coquins d’El Rancho. C’est l’arbitraire et la cupidité qui sont responsables de vos nuits de cauchemars et non le patriotisme des militants. L’avenir, c’est hier. On a beau tiré la sonnette d’alarme pour vous rappeler les leçons de l’histoire et vous inviter à faire volte-face dans votre élan militariste. Mais en vain. Oubliant que les grands généraux savent battre en retraite sans honte pour préserver la paix, pour préserver demain. Face à votre entêtement, le peuple vous invite à la sagesse de démissionner, pour éviter, à la suite d’élections tronquées, une nouvelle page effroyable de notre histoire de peuple. C’est le camp du peuple, le camp des démocrates qui gagnera les prochaines joutes, en dépit de tout complot, d’où qu’il viendra. Nous le disons, nous le répétons, nous l’assumons, face à ces roses dérives, nous exigeons votre démission et proposons la formation d’un gouvernement provisoire avec pour seule et exclusive mission, d’organiser, à la manière de Mme Ertha Trouillot, des élections crédibles et souveraines dans un délai ne dépassant pas 6 mois, conformément à la résolution des forces vives de la nation.
Je termine en paraphrasant Jose Marty, pour dire à mes camarades engagés dans ce juste combat :<< il est criminel de mener une guerre évitable, mais il est encore plus criminel d’éviter une guerre inévitable>>.

Puisse votre entêtement entendre finalement raison.

Volcy ASSAD
Coordonnateur Général de l’OTAN