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Haïti-ONU

LETTRE OUVERTE DU PARTI KONTRAPEPLA AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS-UNIES EN VISITE EN HAITI

Publié le samedi 24 janvier 2015

KONBIT TRAVAYÈ PEYIZAN POU LIBERE AYITI
(KONTRAPEPLA)

EKSPRESYON POLITIK YON PWOJÈ PEYIZAN AYISYEN
KI GEN KARAKTÈ SOSYALIS, EKOLOJIK, NASYONAL, DEMOKRATIK AK POPILÈ

(Pou Yon Pèp Lib nan Yon Peyi Granmoun)

Port-au-Prince, le 24 Janvier 2015

LETTRE OUVERTE AUX AMBASSADEURS DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS-UNIES EN VISITE EN HAITI

M. Cristián Barros Melet
Représentant permanent du Chili auprès des Nations-Unies
Président du Conseil de Sécurité

Honorable président,

Le Parti KONBIT TRAVAYÈ PEYIZAN POU LIBERE AYITI (KONTRAPEPLA) apprécie la démarche du Conseil de Sécurité des Nations-Unies de venir sur le terrain constater la catastrophe politique, économique et sociale en Haïti qui a culminé à l’effondrement programmé des institutions du pays.

Nous espérons qu’il s’agit d’un sursaut d’inquiétude de la communauté internationale face au flagrant échec de sa politique en Haïti, qui notamment à travers la MINUSTAH, a trahi les principes démocratiques de libre choix par les peuples de leurs dirigeants dans le respect de leur souveraineté. Les conditions dans lesquelles M. Joseph Michel Martelly fut imposé comme président à la tête du pays et sa politique de destruction de nos institutions soutenue pendant trois ans, témoignent d’une volonté manifeste de continuer à traiter Haïti en paria suivant la vieille approche néocoloniale.

Les dernières tentatives de trouver une sortie consensuelle de l’imbroglio politique, en grande partie fruit de la genèse de ce pouvoir, pour prévenir un chaos généralisé, se sont heurtées à la malice des uns et des autres qui semblent plutôt miser sur la stratégie du désastre malheureusement promue ailleurs comme modalité de gestion des états mis en faillite.

Nous souhaiterions que le Conseil de sécurité arrive à comprendre tous les risques d’une telle politique en Haïti et la nécessité de rompre avec les manœuvres du pouvoir et l’agenda qu’il exécute, qui n’aboutiront qu’à enfoncer le pays dans une crise encore plus profonde. Une fois de trop la tentative d’une solution nationale négociée a été sabotée avec la complicité d’un secteur de l’International. Il est évident que le gouvernement mis en place, installé avec la participation du CORE GROUP, n’a rien à voir avec un gouvernement de consensus tel qu’il est suggéré dans le rapport de la Commission consultative que M. Martelly a dit endosser.

Le Parti KONTRAPEPLA, expression politique d’un projet paysan, a dénoncé l’utilisation malicieuse de l’accord du 11 janvier 15, fruit des négociations auxquelles il a participé et qu’il a signé. Cet accord soulignait en effet à encre forte l’absence de consensus sur le choix du Premier Ministre et stipulait clairement que la légitimité et l’effectivité de ce dernier dépendaient de l’agrément du Parlement. Le vide parlementaire créé à partir du 12 janvier 15 rend donc caduc ce document et entraîne la nécessité d’entreprendre de nouvelles négociations pour aboutir à un réel consensus sur un nouveau gouvernement et sur la composition d’une instance de contrôle de ce gouvernement, avec la participation des acteurs politiques et de la société civile, en vue de créer un climat favorable à la tenue des élections.

KONTRAPEPLA souligne à l’attention du Conseil la situation de vide institutionnel qui prévaut dans le pays et réitère sa position contre cette réalité programmée qui fait de M. Martelly un président ayant les pleins pouvoirs ; ce qui ne peut conduire qu’à l’arbitraire. Nous réitérons de ce fait notre appel à la constitution d’un gouvernement de Salut Public basé sur un large consensus tenant compte de tous les acteurs politiques et sociaux, accompagné d’une instance de contrôle tout aussi consensuelle, en lieu et place de l’actuel gouvernement d’ouverture de M. Martelly qui ne diffère en rien de celui qui l’a précédé, si ce n’est en la cooptation de certaines figures politiques. En outre, nous sommes devant le fait d’un Conseil électoral concocté dans la précipitation qui, dès son installation, recèle des personnalités contestées comme antérieurement et qui, en aucun cas, ne saurait inspirer confiance. La situation va s’envenimer avec le décret électoral de M. Martelly et l’élaboration d’une loi électorale par nous ne savons quelle instance légitime.

Le Parti KONTRAPEPLA, expression politique d’un projet paysan, s’inscrit en faux contre toute élection partielle précipitée (dans 120 jours) qui ne peut qu’envenimer la crise en poursuivant des objectifs encore inavoués de mettre à l’écart la majorité de la population dans des listes électorales déjà constituées de façon médiocre, de monter un CEP permanent contrôlé par les ennemis du peuple fabricateurs d’élections truquées et de concocter, de manière anti- démocratique, une nouvelle constitution permettant de renforcer et légaliser le bradage des ressources nationales et la tutelle internationale.

Nous déplorons le fait qu’avant même de consulter les acteurs haïtiens, dès son arrivée, la délégation du Conseil ait lancé un appel à la tenue d’élections rapides, alors qu’il faudrait paver la voie pour aboutir à des élections générales, crédibles et souveraines à la fin de 2015, devant nous conduire à un retour à l’Ordre constitutionnel et au départ des troupes de la MINUSTAH.

Le Parti KONTRAPEPLA, expression politique d’un projet paysan, continuera à exhorter tous les patriotes haïtiens à résister contre l’arbitraire et la domination étrangère.

Veuillez agréer, Honorable président du Conseil, l’expression de notre plus profond respect.

Jean William JEANTY, Coordonnateur national

Rudolph PRUDENT, membre de la Coordination nationale

Philefrant ST NARÉ, membre de la Coordination nationale