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Haïti-Editorial

L’IMPUNITÉ DONT ON PARLE…

Publié le mardi 27 janvier 2015

Plus d’uns utilisent de pompeux slogans pour évoquer de cuisants problèmes. « Lutter contre l’impunité », en est un. Dans la presse, comme dans les milieux politiques, et naturellement dans les milieux des droits humains, ce slogan est utilisé à longueur de journée.

Malheureusement, pour la plupart de ceux qui s’en servent, ce slogan n’est rien d’autre qu’un slogan. Dès qu’il s’agit pour eux de sanctionner un des leurs coupables d’une quelconque faute, la plupart d’entre eux se démarquent. Sanctionner l’autre ? Oui. Mais sanctionner les siens ? Pas du tout !

Pour ce faire, toutes les arguties sont de mise. On rationnalise, on relativise, on minimise, on simplifie, on dédramatise. C’est donc l’art de « couvrir », de « dissimuler », de « blanchir », de « dédouaner » et de « mystifier ». En bout de ligne, tout se résume à innocenter le présumé coupable et à rejeter les torts sur les autres. Cela autorise du coup tous les accrocs à l’éthique et aux Lois. La fin justifiant les moyens, tous les coups sont permis. L’audace, n’ayant plus de contours, pulvérise la vitesse du son et touche à la démesure. On est alors renversé de voir cloués au pilori ceux qui, croyant en la vertu, dénonçaient les ignominies et les actes de corruption. Ce sont eux les coupables ! « Douvan pòt tounen dèyè kay. »

Nous évoluons dans un drôle de système où, vraiment, personne n’a jamais tort. Car, il y aura toujours des gens, des partisans, des sympathisants, des proches de la personne incriminée à venir « plaider sa cause. » La Loi et l’éthique ne sont pas les références par rapport auxquelles tous les actes sont scrutés et analysés. Les groupes d’intérêt jugent selon leurs intérêts. C’est à l’aune des intérêts, et non de la Loi, que sont mesurés les actes. Dans ces conditions, la Loi est celle de ceux qui ont les moyens de se faire entendre et d’imposer leurs points de vue. Mieux : elle est celle de ceux qui disposent de la force nécessaire pour réduire les autres au silence ou les mettre en déroute. Si les nazis n’avaient pas été défaits lors de la seconde guerre mondiale, il n’y aurait pas de Nuremberg. Il y aurait davantage de camps d’extermination et de pogroms. Et ce serait la Loi !

L’Etat de droit demeurera encore un leurre pour les Haïtiens s’ils continuent à ne point privilégier l’éthique et la règle de droit. Les individualités, les intérêts particuliers et/ou corporatistes s’effacent devant la Loi. Pour en finir avec l’impunité, il faut que la Loi soit une pour tous. Générale et absolue.

Marvel Dandin