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K-PLIM « POIDS PLUME » ?

Publié le dimanche 1er février 2015

D’aucuns s’inquiètent déjà du manque de poids apparent de K-Plim. Après l’accaparement de la majorité des portefeuilles ministériels par Tèt Kale, la flopée de directeurs généraux nommés récemment semble confirmer le statut de « poids plume » de K-Plim. La liste des nouveaux DG serait l’œuvre exclusive du « Palais ».

Pourtant, pas mal de dossiers existent que le PM pourrait tenter d’exploiter pour se projeter sur la scène. Citons :

1) La grève des enseignants et la détresse des lycéens. Il s’agit désormais d’un dossier qui déborde le cadre du Ministère de l’éducation nationale. Il ne s’agit plus de l’affaire exclusive du ministre Nesmy Manigat. Dans tout pays sérieux, ce serait la mobilisation de tout l’appareil d’Etat, l’état d’urgence même, pour trouver une solution rapide et durable à cette crise qui a trop duré.

2) La fronde à Damien où un ministre et deux secrétaires d’Etat ne peuvent pas entrer en fonction. L’autorité de l’Etat et donc du PM est ici plus qu’en danger. Quelle responsabilité du PM dans le choix de ces membres du gouvernement ? Ont-ils vraiment la qualification requise pour occuper les postes où ils ont été nommés ? Faut-il discuter avec les étudiants et les employés de Damien ? Faut-il remplacer les autorités contestées ? S’il dirige effectivement, Evans Paul n’aurait pas dû prendre plus de 48 heures pour trouver des réponses satisfaisantes à de telles questions. On devrait donc le voir à l’œuvre sur un dossier pareil.

3) La recrudescence plus qu’apparente de l’insécurité dans l’aire métropolitaine. Remontée de la tension dans des zones périphériques tels Cité Soleil et ses quartiers Simon et Pelé ; Martissant ; Fontamarra. Un militant de la Fusion est tué à Martissant dans des circonstances troublantes. La vague frappe également des policiers. A Jacmel, des hommes en arme ont pris les rues au vu et au su de la police qui est restée impassible. Il n’y a eu aucune suite à cette incartade attribuée à des affidés du puissant conseiller du chef de l’Etat, l’ex-sénateur Joseph Lambert.

4) La saturation des prisons avec le phénomène de la détention préventive prolongée et les mauvaises conditions de vie des détenus.

5) Le dossier du choléra dont le nombre exact des victimes mérite encore d’être évalué pendant que des mesures de prévention appropriées seront prises en vue de parer aux recrudescences qu’amènera irrémédiablement la prochaine saison pluvieuse.

6) L’anarchie dans la circulation à la capitale causée, certes, par l’augmentation inconsidérée du parc automobile et l’absence d’axes routiers, mais aussi et surtout par les chauffeurs des véhicules officiels qui ne respectent aucune règle et indisposent quotidiennement les usagers de la route par leur audace et leur arrogance. Les règles de la circulation n’existent pas pour les officiels. L’effort déployé sous Préval pour mettre un terme à de telles pratiques est donc tout à fait remis en question sous Tèt Kale. Le phénomène des véhicules « back up » est tout aussi scandaleux et coûtent cher à l’Etat.

Voilà donc des domaines, parmi beaucoup d’autres, où l’on devrait voir M. Paul activement à l’œuvre. Mais…

On réalise alors, et encore une fois, qu’entrer en solo dans l’appareil d’Etat constitue un risque énorme pour un dirigeant politique. K-Plim se trouve vraisemblablement seul en plein système Tèt Kale. Pour n’avoir pas formé un gouvernement de consensus doté d’une feuille de route, Evans Paul se trouve empêtré et risque de devoir personnellement affronter le « Palais » pour la moindre des initiatives qu’il voudrait prendre. Si, à un moment donné, il entend s’affirmer, l’on doit s’attendre à des « chocs » répétés avec la présidence. Aucun des ministres des partis non Tèt Kale ne pourra venir à la rescousse du PM en cas de conflit entre lui et le chef de l’Etat, le gouvernement n’étant pas de consensus et la feuille de route n’existant pas.

Si Evans Paul entend encore s’affirmer en ce qui concerne le processus électoral, l’on devrait s’attendre à des chocs avec la présidence dont les malsaines intentions concernant les élections sont un secret de polichinelle. Les exemples des manigances du chef de Tèt Kale avec le Conseil électoral permanent de 6 membres et le CTCEP ne laissent aucun doute à ce sujet. Il y aussi les mises en place « pré-électorales » dans la police et la justice. Tout ce que l’on sait c’est que M. Martelly et ses partisans sont loin d’être des démocrates. Ils ne vont certainement pas rester passifs et se laisser battre dans des élections libres et honnêtes. Alors, K-Plim sera-t-il avec eux ou contre eux ?

Des événements en perspective, donc. K-Plim aura-t-il suffisamment de « plumes » pour pouvoir faire face aux défis et prendre le train de l’histoire ? Qui vivra verra...

Marvel DANDIN