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LE TEMPS DES RENIEMENTS

Publié le jeudi 19 mars 2015

Il est venu le temps des élections. Celui de la course effrénée vers les postes électifs donnant accès aux « mamelles » de l’Etat. Comme le dit ou le prédit la mérengue de Boukman Eksperyans. Le temps de la course folle vers la grande mangeoire. L’Etat, « chwal papa », va être de nouveau attelé par la cohorte des politiciens mafieux et prédateurs.

Pour ce faire, on va assister au revirement spectaculaire de nombreux de ceux qui ont longtemps prétendu ne pas vouloir, même pour tout l’or du Pérou, participer à des élections sous Martelly. Ils ont en ce sens tout fait pour que ce dernier et son gouvernement deviennent « de facto » et donc impopulaires, afin de mieux les renverser. Ils ont combattu, certes avec raison, nombre d’organismes électoraux bidons, jusqu’à la formation de l’actuel somme toute potable vu le processus relativement démocratique ayant concouru à son avènement. Dans le cadre de cette lutte acharnée contre Martelly, certains, aveuglés, en sont même arrivés à contribuer au départ de la 49ème législature, alors qu’il était possible de la maintenir encore quelques mois, pour empêcher que la dérive Tèt Kale, ne devienne plus démente qu’elle l’est déjà. Non. Il fallait tout saper. Même les privilèges de parlementaires qui offraient encore immunité et moyens pour la poursuite de la lutte.

Maintenant, ils se trouvent devant le fait accompli. Après maintes manifestations de rue et des grèves générales réussies ou pas du tout suivies. Que faire ?

En toute logique, ceux qui prétendent être conséquents devraient continuer sur la ligne radicale suivie. L’on ne devrait pas les voir et même les entrevoir dans les parages du CEP. Le croire, c’est ne pas connaitre nos politiciens. Ils y seront. Certes, après maintes justifications les unes plus « rationnelles » que les autres. Et le temps presse, puisque seulement une semaine est accordée pour l’inscription des partis politiques. Il va donc y avoir vitesse et précipitation. Temps de gymnastique. Les trapézistes sont donc à l’œuvre.

C’est l’occasion de souligner à nouveau la nécessité pour les « politiques » de sortir des sentiers battus de l’amateurisme et du spontanéisme émotionnel. Il est temps de mieux mûrir les analyses et d’affuter les actions politiques de sorte que le peuple ne soit plus mené en bateau. Il faut des actions et des prises de position cohérentes basées sur des analyses judicieuses et réalistes. On revient alors au « Que faire » de Lénine. Il faut déterminer les possibles et constamment ajuster les actions de manière proportionnelle et appropriée. Telle ne semble pas être la ligne de nos politiciens actuels. Ils prennent souvent des vessies pour des lanternes. Ils ne mesurent pas « les possibles ». Ils "imaginent" la politique et ne la font pas, véritablement. Ils se laissent donc bêtement bernés par des apprentis-dictateurs par le fait de ne pas avoir bien pris le temps d’appréhender les données d’une situation éminemment complexe.

Les « blocs » de l’opposition vont donc se disloquer. L’opposition va sans doute se « re-former » au temps des contestations électorales. Car, aux élections il ne doit jamais avoir de perdants…

La course vers « les fauteuils » a commencé. La tradition politicienne ne perd pas ses droits. On est bien chez nous, en Haïti…

Marvel Dandin