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Haïti-Gouvernance

Sale temps de « poussière d’hommes »

Par Leslie Péan, 20 août 2015

Publié le lundi 24 août 2015

« L’abaissement des caractères entraine la ruine d’un État »
Moravia Morpeau, sénateur, trésorier de l’Union Patriotique

Un an seulement après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Haïti a connu un deuxième séisme, mental et politique, cette fois-ci, avec l’imposition de Michel Martelly dit Sweet Micky à la présidence. La communauté internationale, convaincue que les Haïtiens sont des sous-êtres n’ayant que des rapports de coqs entre eux, a inséré un voyou de la pire espèce dans leurs gorges. Ce big-bang de la pourriture est traîné à travers le monde pour confondre ceux qui marchent encore la tête haute. Il s’agit pour la communauté internationale d’indiquer le degré de bassesse accepté par un peuple transformé en zombis. Moravia Morpeau, de l’Union Patriotique, écrivait : « L’abaissement des caractères entraine la ruine d’un État ». La saloperie imposée de manière douce ne suscite alors aucune violence. La communauté internationale accole ce supplice au front de chaque Haïtien, persuadée qu’elle ne trouvera personne pour faire le poids et que la mascarade sera acceptée sans la moindre honte. Sur les brisées de Morpeau des années plus tard, Dantès Bellegarde, constate que nous vivons un sale temps marqué par «  l’abaissement actuel des caractères qu’aucun noble idéal n’aiguillonne, sur une scène politique où ne s’agite que de la poussière d’hommes … »[1].

Les esprits haïtiens sont enfermés dans une mélasse d’improvisations formant une glu d’intérêts mesquins et minables qui donnent le dégoût et, par ricochet, aboutit à la décadence des êtres. Mais tout espoir n’est pas perdu car la conscience d’un jeune homme né en 1988, est intègre pour dire que « la chute d’un dictateur n’implique pas forcément la fin de la dictature. Le duvaliérisme perdurait même après le départ de Jean-Claude Duvalier. Car les organes de répression institués dans le pays pendant la dictature, avaient continué à semer la terreur au sein de la population. Les enlèvements, les assassinats sommaires, les massacres étaient monnaie courante dans la période post-86. »

L’auto-stimulation sexuelle en public pour accéder à la présidence

La mascarade du 9 août 2015 n’est pas un hasard, puisque les signes prémonitoires crevaient les yeux de tous, sauf des idéalistes et des cerveaux zombifiés incapables de faire la moindre connexion logique. Dès le 12 mars 2015, nous avions écrit un article intitulé : « Haïti en route vers une nouvelle farce électorale » [2]. Nous voilà maintenant contraints de faire face à la mascarade électorale des bandits de Michel Martelly et de René Préval qui refusent de battre en retraite et propulsent avec violence leurs volontés d’étaler leur corruption et leur haine au sein même du Parlement.

Ayant tété du macoutisme dans son biberon de membre du FRAP, Sweet Mickey cumule tous les prérequis pour réaliser le déchiquetage final d’Haïti en plaçant au Parlement une kyrielle d’énergumènes de sa trempe. Des reproductions de lui-même en grandeur nature, c’est-à-dire un chanteur se masturbant sans embarras sur scène (voir photo) ou se déhanchant avec son tanga. Le président Préval avait écarté la candidature de Gérard Pierre–Charles à la Primature prétextant le handicap qui empêchait ce dernier de courir. Aujourd’hui, le handicap serait la moralité empêchant un candidat de se masturber en public !!! Le président Martelly ne se fie qu’à ses semblables. Il n’abandonne jamais ses comparses. Et il trouve la communauté internationale pour demander aux Haïtiens d’accepter le mal.

Les « chimères » à la solde des partis PHTK, Bouclier et Vérité ont été très actifs lors de ces zélections du 9 août. Ils ont bloqué l’accès aux bureaux de vote des représentants des autres partis politiques et candidats, rempli les urnes et les ont emportées chez eux pour faire les décomptes. Les « chimères » en vrais mercenaires prêtent leurs services au plus offrant. En effet, en 2006, « on a vu s’engager comme chimères à Saint Marc des gens qui sous Namphy et Régala appartenaient au corps qui voulait assassiner Aristide. Des membres des FRAP rejoignirent les chimères. » [3]

La vérité blesse quand elle ne colle pas aux représentations trompeuses véhiculées par les bandits pour mieux voler et piller leurs victimes. Notre pays kolbosso sous le poids de l’ignorance, de la misère et de l’exploitation éhontée façonne des gueules cabossées qui, de génération en génération, vendent leurs âmes pour une rasade de clairin. Élu frauduleusement, le président Martelly n’a pas été renversé car, à chaque crise, il a bénéficié de l’aveuglement des uns, de l’indifférence des autres, de la complicité des uns et des autres. Personne n’est exempt dans les pratiques servant à protéger le monstre.

Avant même la fin de la première année de Martelly au pouvoir, le 31 mars 2012, la révélation des pots-de-vin de plus de 2.5 millions de dollars reçus des entreprises dominicaines aurait dû aboutir à sa destitution pour corruption avérée. Les enquêtes menées par le premier ministre Garry Conille ont conclu à des malversations dans la signature des contrats avec ces firmes dominicaines. Les preuves irréfutables incluant les numéros de compte et les transferts d’argent n’ont pas habilité les instances judiciaires à traduire en justice le président fautif. C’est plutôt le premier Ministre qui a été obligé de démissionner après un esclandre indigne d’un chef d’État, fut-ce d’une République de bananes.

Les protestations anti-gouvernementales continuent toute l’année 2013 et culminent dans l’organisation d’une grande manifestation de tous les secteurs de l’opposition comprenant le FOPARC, MOPOD, Fanmi Lavalas, etc. à l’occasion de la commémoration de la journée du massacre de la Ruelle Vaillant lors des élections du 29 novembre 1987. Alors interviennent les rencontres de l’hôtel El Rancho qui noient la résistance à la subversion de l’ordre cannibale.

En effet, « les rencontres de l’hôtel ’’El Rancho’’ doivent être considérées comme l’aboutissement d’une série de pourparlers, entamée depuis le mois de novembre 2012. Les principaux concernés n’ont pas cessé de le dire. Ce moment n’a pas été choisi par hasard. Il renvoie à une phase où les manifestations anti-gouvernementales avaient atteint un tel degré que le président a eu à déclarer haut et fort qu’il a l’habitude de vivre à l’étranger. Ce message qui cachait un sous-entendu signifiait qu’il envisageait de jeter du lest si le calme ne revenait pas. » [4] La nomination d’Evans Paul comme Premier Ministre a été le dernier épisode d’une mascarade qui aurait dû essuyer un refus sans appel des forces de progrès.

Le Président Martelly s’acharne à racler le fond de son creuset de délinquant afin d’en extraire toute la charogne. On l’a vu lors du concert de Chris Brown le 26 juin 2015 et un mois plus tard à l’occasion de sa sortie contre la courageuse femme à Miragoâne le 28 juillet 2015. Cette gifle cinglante a été largement commentée dans les journaux L’Express à Paris, la BBC à Londres et Listin Diario en République Dominicaine [5]. Les temps sont orageux, et la communauté internationale ferraille au sens propre pour promouvoir une poussière d’hommes. Il faut espérer que les démocrates comprendront que seule une vaste opération de sauvetage menée main dans la main permettra de mettre fin à ce carnaval d’idiots et d’idioties qui détruit la fibre même de la nation haïtienne.

[1] Dantès Bellegarde, Écrivains haïtiens, Port-au-Prince, Imprimerie Deschamps, 1950, p. 199.
[2] Leslie Péan, « Haïti en route vers une nouvelle farce électorale », AlterPresse, 15 mars 2015.
[3] Pierre-Richard Cajuste, « Crise politique sur fond de crise économique », Le Nouvelliste, 6 janvier 2006.
[4] Marc-Arthur Fils-Aimé, « La conjoncture haïtienne se complexifie davantage après la signature du dialogue », Institut Culturel Karl Lévêque, 15 avril 2014.
[5] « Renuncian ministros por comentarios del presidente haitiano », Listin Diario, 6 de agosto de 2015.

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