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Haïti-Editorial

LA « CHOSE » DU 25 OCTOBRE…

De nouveaux "Dartiguenave" en vue

Publié le dimanche 11 octobre 2015

Le premier tour de la présidentielle, le second tour et les reprises des législatives et les municipales se tiennent irrémédiablement le 25 octobre, selon le CEP.
L’appui international à ces « élections est sans équivoque : le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, est venu nous le rappeler solennellement.

Pourtant, tout porte à croire qu’il n’y aura pas d’élections à proprement parler le 25 octobre. L’impréparation du CEP est patente. Il est aussi tout à fait évident que les problèmes enregistrés lors du scrutin du 9 août sont loin, mais très loin, d’avoir été résolus, et que, le moins qu’on puisse dire, tout est possible en Haïti le 25 octobre, sauf des élections dignes de ce nom.

La « chose » qui se passera le 25 octobre débouchera pourtant sur le choix d’un nouveau président de la République et des élus pour les autres niveaux. Il y aura certes des contestations. Leur magnitude sera proportionnelle à l’identité et à l’appartenance des « heureux élus ». Mais, encore une fois, les observateurs internationaux seront là pour reconnaitre que « le scrutin a été globalement satisfaisant, les irrégularités enregistrées ne remettant pas en question la majorité des suffrages exprimés ».

Et ce sera un nouvel épisode de la « démocratie sur mesure » applicable et appliquée à cet « Etat failli de petits nègres nuisibles de la Caraïbe ». C’est malheureusement ainsi que nous sommes perçus aux Nations-Unies, à Washington, à Paris, à Bruxelles, à Ottawa. Ils ne nous le disent pas tout haut, mais le croient et se le disent : nous ne sommes pas prêts pour la démocratie. Une diplomate occidentale qui n’arrivait pas à se retenir nous a même déclaré un jour : « plutôt de mauvaises élections que pas d’élections du tout ».

Les « tuteurs » sont donc prêts à accepter ce qui va se passer le 25 octobre. Mieux, ils ne vont pas rester les bras croisés, comme ils ne l’ont pas été lors des scrutins de 2006, 2010 et 2011. Les ouvrages de l’architecte Ginette Chérubin et du diplomate brésilien Ricardo Senteifus ne laissent aucun doute sur le rôle joué par la communauté internationale lors des scrutins de 2010 et 2011. L’actuel président du CEP, Pierre-Louis Opont, directeur général de l’organisme électoral d’alors, a récemment révélé que les résultats publiés ne sont pas ceux qu’il avait communiqués aux autorités. C’est dire que, contrairement à ce que prétendent certains, le « Blan » et ses alliés locaux sont bel et bien de service.

Pourquoi les partis et les candidats croient-ils, apparemment, qu’il en sera autrement cette fois-ci ? Pourquoi illusionnent-ils la population sur la possibilité pour elle de choisir librement ses dirigeants, surtout après la gigantesque farce du 9 août 2015 ?

Ce sont les questions de l’heure. Les partis et les candidats devraient tenir compte de la réalité de la main mise de la communauté internationale et d’une frange importante de l’oligarchie locale sur le processus électoral en privilégiant la plus grande unité possible des forces démocratiques autour des problèmes essentiels tels que : la reconquête de la souveraineté nationale, le rapatriement du processus électoral, la constitution du Conseil électoral permanent, l’institutionnalisation des partis politiques, la « dé-gouvernementalisation » de l’administration publique, le renforcement et la professionnalisation du pouvoir judiciaire et de la police. A ces problématiques, devraient s’ajouter naturellement celles relatives à la relance de la production nationale, à la redéfinition des relations avec la République Dominicaine, à la création d’une nouvelle force publique, à l’intégration de la diaspora et à la réforme de l’enseignement à tous les niveaux.

Nos « politiques » n’ont pas compris qu’il fallait aboutir au plus large consensus possible autour de ces questions et, sur cette base, construire une plateforme politique aux larges ramifications capable de déjouer les plans les plus macabres de ceux, haïtiens et étrangers, qui ne croient pas en notre capacité de prendre en main notre destin. Ils ont préféré, encore une fois, se présenter en bandes dispersées dans des élections qui ne le sont que de nom et dont l’issue ne dépend guère des « campagnes tonitruantes » des uns et des autres, encore moins de leurs « photos hollywoodiennes ». Seul un secteur politique fort, uni, massif aurait pu déjouer les scénarios déjà arrêtés pour la propulsion sur la scène politique de nouveaux « Dartiguenave ».

Les « ambitions personnelles » ont encore une fois pris le dessus à l’occasion d’élections dont l’issue ne sera vraisemblablement pas déterminée par le vote populaire. La classe politique et la population doivent se préparer à en payer le prix.

Marvel Dandin