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Haiti-Editorial

« L’AFFAIRE BANNANN » : CAVEANT CONSULES !

Publié le lundi 19 octobre 2015

Le système républicain ne peut en aucune façon être confondu avec la monarchie. Dans le premier, le chef de l’Etat est élu au suffrage universel direct et n’est pas habilité à désigner son successeur. Le système monarchique est absolu ou constitutionnel. Dans l’un ou l’autre cas, le monarque peut désigner son successeur.

Le président Martelly clame haut et fort qu’il a personnellement choisi Jovenel Moïse. Il ne s’agit même pas du choix du PHTK. En a-t-il le droit ? Comment en est-on arrivé là, 29 ans après la chute de la dictature ? On s’écarte donc considérablement de l’esprit démocratique de la Constitution de 1987.

En 2010, René Préval avait tout de même la décence, ou la malice, de faire entériner le choix de Jude Célestin par INITE, au grand dam de l’ex-premier ministre Jacques Edouard Alexis.

Le mode de sélection de « Nèg bannann » par Martelly, nonobstant la valeur intrinsèque du personnage, constitue en soi un problème pour lui et pèsera sur sa présidence s’il réussit le tour de force d’accéder au pouvoir. Peut-être que son « irruption » suscite des interrogations même au sein du PHTK où il a été pratiquement parachuté. D’où vient-il, doivent se demander les « Tèt Kale » de la 1ère heure, notamment ceux qui se trouvent encore dans le train de Kawhly.

« Nèg bannann » tente de réaliser l’exploit de n’être venu de nulle part sur le plan politique et de ravir le pouvoir, en seulement quelques semaines, à de vieux renards de la classe politique. Pour un pari audacieux, c’en est un ! Croit-il que la classe politique traditionnelle se laissera avilir de si « belle manière » ? Car, tout n’est pas de gagner des élections. L’essentiel est de pouvoir diriger.

Définitivement, « Nèg bannann »joue gros en se remettant entièrement au savoir-faire de l’artiste-musicien pour qui la chance a souri et qui, de ce fait, se croit désormais « Faiseur de Roi ». Pour être,un « Nèg bannann », Jovenel Moise ne craint certainement pas l’échec et même pire que l’échec dans notre cher « Ayiti Toma Tè Glise ».

Ceux du secteur des affaires, de la communauté internationale et les besogneux locaux de service qui se sont embarqués dans cette folle entreprise d’imposer au pays un candidat tombé de la dernière pluie, ont une idée bien drôle de la « stabilité politique » qu’ils prétendent préconiser. Peut-être que leur objectif primordial est plutôt l’instabilité chronique. C’est faire preuve d’une ignorance flagrante de la sociologie et de la mentalité haïtiennes que de croire en la facilité de l’opération-éclair « Nèg bannann ». Ce « projet » ne se fera pas sans heurts. Il ne pourra pas se réaliser sans effusion de sang, de beaucoup de sang, comme en témoigne d’ailleurs le « massacre du 16 octobre 2015 » à Cité Soleil.

A ce sujet, le CEP se préoccupe-t-il comme il se doit des conditions du déroulement de la campagne électorale et du scrutin du 25 octobre ?

Quelle est son opinion de l’utilisation intensive des médias d’Etat dans la campagne de « Nèg bannann » ? Les autres candidats bénéficieront-ils, au même titre que ce dernier, de couvertures en direct de la TNH ?

Quid de l’intérêt de l’organisme électoral pour une compétition juste et équitable au regard de l’utilisation, plus que manifeste, des ressources et des biens de l’Etat au profit de la campagne de « Nèg bannann » ?

Le massacre du vendredi 16 octobre 2015 à Cité Soleil (plus de 15 morts), interpelle le CEP quant à son devoir de monitoring de l’action impartiale de la force publique dans les conflits à caractère électoral et dans le désarmement ou la neutralisation des groupes armés ? Quid de ses démarches auprès de l’autorité compétente concernant la circulation des armes illégales et les rumeurs selon lesquelles des armes sont distribuées dans tous les camps politiques à la veille des élections ? Le CEP ne risque-t-il pas d’être tenu responsable des éventuelles pertes en vies humaines lors des élections s’il ne manifeste aucune préoccupation sérieuse concernant la sécurité ? Doit-il s’en remettre entièrement au CSPN, sans déterminer un mécanisme quelconque de contrôle et de vérification des mesures adoptées, d’autant qu’en période électorale les tentations sont toujours grandes sur la force publique ? Ne dit-on pas que la Brigade d’Opération et d’Intervention Départementale (BOID) est au service exclusif d’un haut responsable de la PNH lui-même entièrement assujetti à « Tèt Kale » ?

Les organisations de la société civile véritablement engagées dans la défense de la démocratie ont du pain sur la planche. Le pire est devant nous. Peut-être qu’il est déjà inévitable.

Marvel Dandin