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Haïti-Editorial

Rien n’est gagné pour Martelly et ses supporters nationaux et internationaux

Publié le mercredi 25 novembre 2015

La réussite complète de l’Opération « Bannann » dépend de la division des partis et des organisations du secteur démocratique.

Unis, ils peuvent tenir en échec la coalition Martelly-Moise-CEP-CORE Group-Secteur du monde des affaires.

Unis, ils seront victorieux dans des élections, quelles qu’elles soient !

Unis, ils auront raison de Tèt Kale dans la mobilisation et l’insurrection civile et citoyenne dans le cas de nouvelles élections frauduleuses.

L’opération « Bannann » compte énormément sur la division des partis, des organisations et des leaders.

Quelle justification de cette unité ?

Les vrais démocrates et les patriotes authentiques ne sauraient ignorer le danger de la continuité de Tèt Kale par Jovenel Moise interposé. La voie serait ouverte à ce secteur politique pour encore au moins 25 ans.

Qui se dit démocrate, progressiste et patriote et qui voudrait assister passivement à cette mainmise sur le pouvoir de Tèt Kale et consorts ?

Aucun des partis présents sur la scène politique ne peut prétendre pouvoir assurer seul la gouvernance du pays. Or, tous les partis ont intérêt à ce qu’il existe un minimum de conditions de fonctionnement de la démocratie représentative. Ces conditions n’existent pas pour le moment et les quelques rares garanties qui restaient nous sont progressivement enlevées. Quelles sont les conditions minimales de fonctionnement démocratique autour desquelles les partis devraient discuter et s’entendre ? Ce sont :

- La mise sur pied d’un organisme électoral fort et indépendant assorti de la création d’un système électoral devant permettre le rapatriement des élections comme acte de souveraineté nationale ;

- La reconquête de la souveraineté nationale par le départ de la mission onusienne et la redéfinition des rapports avec tous les partenaires étrangers dans le sens d’une prise en charge beaucoup plus agissante des problématiques par des nationaux ;

- Le renforcement de l’organisation et de l’indépendance de la justice ;

- La professionnalisation de la police passant par sa dépolitisation et son épuration ;

- La lutte contre la corruption et le gaspillage afin de mobiliser le maximum de ressources locales pour exécuter des projets prioritaires ;

- Le renforcement des pouvoirs locaux dans le sens de l’atterrissage du projet de décentralisation contenu dans la Constitution.

- Le règlement définitif de la controverse relative à la Constitution amendée de sorte que soit une fois pour toute déterminée la question relative à la Constitution sous l’égide de laquelle vit le pays.

Il est clair que l’unité ne saurait être un slogan vide. Les partis et les leaders doivent s’asseoir pour « négocier » les questions politiques relatives à la constitution du front démocratique et populaire aujourd’hui indispensable.Partager le pouvoir ou les postes ? Pourquoi pas, une fois définis les objectifs communs à atteindre. Mais, les partis doivent avoir la maturité et la capacité de comprendre la nécessité de cette unité négociée autour d’objectifs politiques précis. Comme l’ont fait les Dominicains lors du litige électoral entre Joaquin Balaguer et Francisco Pena Gomez. C’est d’ailleurs de là qu’est partie la stabilité politique dont jouissent aujourd’hui nos voisins.

Alors qui veut sortir de l’infantilisme politique ?

Qui veut comprendre que c’est la division du secteur démocratique qui supporte l’audace des ennemis de la démocratie ?

Unis, les partis et les organisations du secteur démocratiques peuvent gagner des élections.

Unis, ils peuvent faire échec à des élections frauduleuses en bloquant la gouvernance du pays.

Désunis, ils sont définitivement « bannann ».

L’unité est la clé de la poursuite et du maintien de la mobilisation populaire contre le vol des suffrages. Cette mobilisation qui doit se poursuivre n’est pas en contradiction avec d’autres options, comme se rendre encore une fois sur le terrain électoral. « Yo kòmanse vòlè, kontrenn yo kontinye vòlè ». Il faut ce bloc unitaire qui leur démontre l’impossibilité de gouverner en accédant au pouvoir par des élections frauduleuses.

Assurément, les ennemis de la démocratie ne vont pas s’asseoir à laisser cette unité se réaliser. Ils vont tout faire pour mettre les bâtons dans les roues de ceux qui y aspirent. Gare à ceux d’entre eux qui, par faiblesse, par cécité ou par ignorance, feront leur jeu !

Le temps n’est donc pas aux manœuvres mesquines de tirer le drap vers soi, d’assurer son leadership personnel ou l’hégémonie de son clan.

Marvel Dandin