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Lettre ouverte au Président provisoire Jocelerme Privert

Quand UNNOH écrit au Président Provisoire : Lettre ouverte au Président provisoire Jocelerme Privert

Lettre ouverte au Président provisoire Jocelerme Privert

Publié le samedi 12 mars 2016

UNION NATIONALE DES NORMALIENS D’HAITI U.N.NO.H
95, Ave Lamatinière (Bois Verna), Port-au-Prince, HAITI.
Tél. : (509)3667-0798 / 3860-9707/3733-3994

Lettre ouverte au Président provisoire Jocelerme Privert

Port-au-Prince, le 07 Mars 2016

Monsieur Jocelerme Privert,
Président provisoire de la République,

Monsieur le Président provisoire,

Cessons de mentir à nous-mêmes, à la population et de soutenir (une ou la ) transition néfaste de la continuité. Osons dire la vérité au peuple et œuvrer en faveur d’une transition salvatrice de la RUPTURE

Le Bureau Exécutif de l’Union Nationale des Normaliens d’Haïti (UNNOH) attire votre attention, dans le cadre d’un travail citoyen de vigilance politique, sur un certain nombre de faits ou de problèmes troublants, brumeux. De tels problèmes, s’ils ne sont pas identifiés, traités et résolus à temps, risquent d’une part de compliquer la situation sociopolitique actuelle et d’autre part d’instaurer, pour le plus grand malheur de notre pays, une transition de la continuité favorisant, comme toujours, le passage du pareil au même, ou même peut-être au pire. Conséquence, une transition où les pratiques de vol, de corruption, d’ingérence du CORE GROUP et de soumission quasi-totale de nos dirigeants aux dictats de la Communauté internationale se poursuivent.. Bref, une transition confortant le statu quo et n’inaugurant ainsi aucune possibilité de rupture permettant de poser les bases pour ce changement en profondeur tant souhaité par une grande majorité de la population haïtienne.

Le premier problème majeur est celui du « fameux » Accord du 6 février 2016, salué avec un enthousiasme et une satisfaction extraordinaires par le CORE GROUP et des acteurs locaux, reconnus pour leur attachement indéfectible au statu quo. Cet accueil favorable soulève bien d’inquiétudes justifiées, tenant compte du rôle conjoint joué par ces deux groupes d’acteurs dans le complot criminel visant au maintien exclusif du contrôle politique et économique du pays pour le pillage de nos richesses et pour le maintien des masses défavorisées dans la plus grande misère. Cet « Accord » piège s’inscrit dans la logique d’une transition de la continuité, une transition ne permettant d’amorcer aucun changement réel ou de marquer aucune forme de rupture. Il se focalise sur les questions électorales et néglige les véritables revendications des masses populaires : travail, éducation, santé, Audit...En effet, il prévoit la tenue « d’élections » dans moins de trois mois, soit le 24 Avril prochain. Ce qui laisserait supposer que la machine électorale fonctionne très bien, tout est bien huilé et que l’on peut, dans ces « conditions idéales », se permettre de proclamer des élections dans une période de temps aussi court et les réaliser effectivement. On dirait qu’il n’y avait pas de crise politique sévère et plus particulièrement de crise électorale occasionnant le grand mouvement de mobilisation populaire ayant abouti le 22 janvier 2016 à une victoire populaire obligeant CORE GROUP, M. Joseph Michel Martelly et consorts à faire momentanément marche arrière. Suivant ce dit accord, on dirait également, qu’il n’y avait pas eu cette demande légitime de la mise sur pied d’une Commission indépendante de vérification, d‘évaluation qui doit faire toute la lumière sur les actes d’irrégularités graves, de fraudes massives, de corruption avérée et autres ayant marqués ce processus électorale pollué, décrié.

Une telle Commission qui, doit permettre de fixer les responsabilités, de prendre des sanctions légales contre tous les coupables et de tracer ainsi des exemples susceptibles de décourager les magouilleurs professionnels et autres, a aussi besoin d’un temps matériel pour l’accomplissement de ce travail si important et fondamental pour le redémarrage normal de la machine électorale. Elle permettra en outre, à partir des faiblesses identifiées et des corrections proposées, de réorienter positivement le travail du prochain conseil électoral. Elle aidera ainsi à mettre en place un système électoral fiable, un Conseil électoral digne de confiance capable de garantir l’organisation d’élections crédibles. Aussi, aidera-t-elle également à nettoyer le Parlement des éléments indésirables ayant réussi de manière détournée - magouille et corruption - à se poster provisoirement et illégitimement au Parlement. Pourtant les artisans de cet Accord brumeux, par cécité et surdité politique ou tout simplement par ignorance de la réalité sociopolitique, et aussi par irrespect pour les acteurs –trices politiques et la population en général, ont unilatéralement décidé d’organiser des élections dans un temps aussi court.

Or, nous savons tous et toutes que la machine électorale fonctionne scandaleusement mal. Elle est pratiquement bloquée depuis le 22 janvier dernier et sa remise en marche de manière correcte, implique un ensemble d’opérations qui nécessitent du temps.
Comment, Monsieur le Président provisoire, accepter, dans de telles conditions, l’idée d’organiser des élections dans une période de moins de trois mois ? N’est-ce pas vouloir mentir à soi-même et à la population puisque tout le monde sait qu’il est matériellement impossible d ‘organiser des élections crédibles dans ce laps de temps tenant compte des problèmes existant ? Est-ce une stratégie politique détournée pour accéder coute que coute au pouvoir tout en sachant d’avance qu’il n’y aura pas effectivement d’élection dans cette courte période de temps mais qu’au terme de ces 90 ou 120 jours, vous allez, avec l’appui du CORE GROUP et alliés, vous présenter devant le peuple pour lui dire que des circonstances indépendantes de votre volonté n’ont pas permis la tenue des élections dans la durée prévue et qu’il vous faudra encore une autre période de 90 à 120 jours ? Et ainsi, on peut aller de période de 3 à 4 mois en période de 3 à 4 mois jusqu’à parvenir à un mandat d’un ou deux ans. A qui et à quoi sert une telle duperie politique ? N’est-ce pas une manière de se moquer du peuple ? Pourquoi ne pas oser dire la vérité au peuple et oser œuvrer en faveur d’une transition de la Rupture et non de la continuité. Ce qui permettrait d’inaugurer un nouveau départ et d’établir ensemble les bases d’un changement réel.

Monsieur le Président provisoire, cela exige de votre part un effort citoyen, de dépassement de soi et d’autonomie politique par rapport au CORE GROUP afin d’arriver d’une part à vous écarter de cet Accord bidon concocté sans la participation d’un certain nombre d’acteurs –clés et d’autre part à vous asseoir avec tous les acteurs politiques et sociaux concernés pour enfin discuter du contenu de la transition, de l’agenda politique du gouvernement de transition et définir à partir de là, la durée réelle de cette transition qui doit nécessairement être une transition de la Rupture et non de la continuité.
Le deuxième problème majeur est le fait de vouloir mettre la charrue avant les bœufs. Cela se traduit à travers cette tentative risquée de la mise en place d’un gouvernement de transition sans d’abord une entente avec tous les acteurs sur le contenu de la transition, l’agenda politique de ce gouvernement de transition. En témoigne également, le fait de s’empresser à monter un nouveau conseil électoral sans d’abord mettre en place la commission indépendante de vérification et d’évaluation qui est, à la fois, une revendication fondamentale de la majorité des organisations politiques et sociales en lutte, et un préalable à la mise sur pied dudit conseil. Comment expliquer de votre part, Monsieur le Président provisoire, cet empressement à monter de toutes pièces un nouveau Conseil électoral sans d’abord penser à mettre en place cette Commission indépendante de vérification et d’évaluation considérée en toute logique comme étant un préalable à sa mise sur pied ? Pouvez-vous vous faire le luxe de l’économie d’une telle commission sans toutefois entrainer notre pays dans une situation encore plus catastrophique dont vous serez le premier responsable ?
Cet empressement n’est-il pas, en grande partie, responsable du renforcement de ce phénomène de division au niveau de plusieurs secteurs qui doivent désigner un ou une délégué-e au Conseil électoral provisoire ?
Ne constitue t-il pas un accroc à la mise en place d’un nouveau Conseil électoral crédible composé de femmes et d’hommes dignes de confiance puisque les choix risquent d’être effectués à la va vite, sans concertation suffisante effective ?
Dans ces conditions, ne courrez-vous pas le risque de monter un conseil électoral contesté à la base avec des gens illégitimes, des brasseurs-euses encore beaucoup plus performants-tes dans la magouille que les équipes de Dorsainvil et D’Opont ?

Monsieur le Président provisoire, vous n’êtes pas sans savoir que certains membres de ces deux équipes ont contribué par leurs pratiques de corruption à transformer l’institution électorale en un espace de brassage où se construit, se crée, au moyen de la magouille, de la corruption, de nouveaux millionnaires. Dans cette perspective, l’important pour plus d’un ce n’est pas de définir à l’avance des critères rigoureux de choix, un ensemble de procédures susceptibles d’éviter l’intrusion au sein du nouveau conseil électoral de brasseurs-euses avides d’argent et d’avantages mais plutôt de favoriser par tous les moyens l’accession au dit conseil d’amis ou de proches capables de continuer le brassage et de leur garantir en retour quelques miettes. Cette idée ou image rend pourtant attrayant cet espace et cela explique pourquoi beaucoup aspirent à l’intégrer aux fins de l’utiliser comme moyen d’enrichissement illicite. Alors que cet espace devrait être un lieu où des citoyens patriotes viendraient donner leur contribution citoyenne positive en vue de l’organisation d’élections libres et crédibles qui permettrait au peuple d’accomplir cet acte de souveraineté constituant dans le fait de pouvoir choisir ses dirigeants.
Si aujourd’hui au niveau de beaucoup de secteurs, il y a un renforcement du phénomène de division, une lutte fratricide acharnée c’est parce que l’idée qui prédomine en ce qui concerne la désignation de délégués au Conseil électoral est celle de se retrouver dans cet espace non pour accomplir une tache patriotique mais s’enrichir de façon illicite et rapide , bénéficier d’un certain nombre d’avantages exceptionnels

Dans ce cas, les résultats du travail de la Commission indépendante permettra de fixer les responsabilités et prendre les mesures que de droit contre les responsables des actes de magouille de corruption au sein du Conseil électoral d’Opont et aidera ainsi à ralentir cette course effrénée vers le conseil électoral et à calmer les tensions provoquées au sein de certains secteurs. La simple possibilité de sanctionner légalement les conseillers-ères révélés-es corrompus-es, à partir des résultats de l’enquête, portera plus d’un à prendre des précautions quant au choix des délégués et au comportement de ces derniers au sein du Conseil électoral. Les nouveaux-elles conseillers-ères sauront qu’ils –elles pourront se retrouver, comme leur prédécesseurs, en prison pour corruption ou fraude. Donc la mise sur pied d’abord de cette commission indépendante s’avère nécessaire si vous voulez arriver à un conseil électoral capable de réaliser de bonnes élections.
Dans cette même dynamique, nous tenons à noter pour vous, contrairement à ce qui se dit, le secteur syndical n’a pas encore désigné de délégué-e au nouveau conseil électoral provisoire. Car, il n’y a pas eu encore de rencontre avec tous les acteurs du secteur, toutes tendances confondues, pour définir les critères de choix, la procédure pour arriver à une telle désignation. Ainsi toutes les listes de noms qui seraient communiquées avant d’effectuer en toute transparence la désignation de ce ou cette délégué-e ne sont nullement valables. A noter également qu’il n’y avait pas eu de re-confirmation par le secteur syndical d’aucun ancien membre du Conseil électoral discrédité d’Opont
Le troisième problème majeur est le fait de n’avoir pas encore pris les dispositions nécessaires à la réalisation de l’audit exigé par un ensemble d’organisations politiques et sociales en lutte contre les pratiques de corruption, de vol et autres érigés en principes au sein de l’administration publique. Jusqu’à présent, nous n’avons entendu que des discours relatifs à la réalisation de cet audit, mais force est de constater que rien de concret n’est encore mis en place pour son démarrage effectif en dépit de plusieurs sit-in organisés devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux administratif en ce sens... A quand, Monsieur le président provisoire, le démarrage de cet audit et pourquoi n’avez vous pas encore pris les mesures nécessaires à son démarrage immédiat ?
Le quatrième problème est celui de votre entourage peuplé de personnages suspects qui font soulever bien d’inquiétude et de doutes en ce qui concerne votre volonté réelle de réaliser cet audit qui risque visiblement de les déranger sérieusement. Leur présence qui s’assimile à une provocation, ne manquera pas d’appeler la pression déterminante du « béton » dont le plus récent exploit remonte au 22 janvier… De toute manière, la pression du « béton » aura raison d’eux.

Le cinquième problème est celui de l’occupation du territoire national par des troupes étrangères et leur participation comme acteur au sein de l’appareil électoral. Si voter représente un acte de souveraineté populaire, comment le peuple peut-il accomplir souverainement cet acte sous les yeux, sous les bottes et le contrôle des occupants ? A noter que le Sénat de la République d’où vous êtes issu a déjà pris deux résolutions relatives au retrait de ces troupes jugées illégales. Maintenant que vous êtes président provisoire de la République, quel suivi comptez-vous donner ? En outre, les élections, étant un acte de souveraineté, elles doivent être organisées uniquement avec l’appui financier du trésor public.
Le sixième problème est celui de la flambée du dollar et de ses conséquences désastreuses, exige l’adoption de mesures urgentes et appropriées susceptibles d’apporter les solutions attendues. La vie chère qui s’accentue de jour en jour avec la montée du dollar et autres accélère la dégradation du niveau de vie déjà précaire des masses défavorisées, des milliers de chômeurs et de travailleurs à salaire dérisoire) se trouvant de plus en plus dans la quasi impossibilité de satisfaire les besoins de base (manger, boire, dormir…). Ne sont pas épargnés les milliers de fonctionnaires, de cadres et autres qui touchent en gourdes et qui sont obligés de dépenser en dollars. Les enseignants-tes qui ont en général un salaire de misère sont terriblement affectés-es par cette situation économique catastrophique. D’où la nécessité de la définition du salaire de base de cinquante milles gourdes, réclamé par l’UNNOH , l’application de la grille salariale et l’octroi de 35% du budget national au secteur de l’éducation.
Le septième problème concerne la définition de critères rigoureux quant au choix des membres du gouvernement de transition. Car tenant compte de la complexité de la situation, la tache de la prochaine équipe gouvernementale ne sera pas facile. D’où la nécessité de prendre en compte les critères suivants : qualification, compétence, honnêteté, courage, sens du devoir, expérience et connaissance du domaine d’intervention… Il faut une équipe de femmes et d’hommes réputés-es non corrompus-es et dignes de confiance. Monsieur le président provisoire est-ce que vos choix tiennent-ils compte de ces critères fondamentaux conditionnant l’efficacité de l’équipe gouvernementale ?
Nous profitons de cette occasion pour attirer votre attention sur le fait que le choix du prochain ministre de l’éducation doit immanquablement obéir aux critères précités en vue d’éviter d’aggraver la situation fragile et explosive du secteur de l’éducation. Pas de place pour les intrigants et les corrompus.

Pour finir, le Bureau Exécutif de l’UNNOH vous invite à ne pas vous enliser dans la surdité politique et à vous mettre de préférence à l’écoute des acteurs politiques, des organisations sociales qui réclament la mise sur pied de cette commission indépendante de vérification et d’évaluation, le démarrage sans délai de l’audit du régime Tèt Kale, la mise à l’écart de l’accord scandaleux du 6 février en vue d’arriver avec la participation de tous les acteurs concernés à un véritable Accord national portant sur le contenu et l’agenda politique d’une transition de la Rupture inaugurant un nouveau départ pour notre pays

Pour le Bureau Exécutif de l’UNNOH :

Mona Bernadel Ebens Cadet
Secrétaire aux Affaires Juridiques Responsable de la Coord. Com. De P-au-P

Josué Merilien
Coordonnateur Génréral