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Haïti-Éditorial

Les "Politiciens haïtiens" ???

Publié le dimanche 20 mars 2016

Les hommes politiques haïtiens ont toujours raison. Leur point de vue est toujours infaillible. C’est toujours le dialogue de sourds. Aucun d’eux n’a cure d’écouter l’autre. Qui pis est, ils se soupçonnent réciproquement. Ils se haïssent mutuellement. Le moment venu, ils en viennent aux mains. Quand ils ne font pas usage de leurs armes ou de tout autre moyen à leur disposition. L’autre est le rival, l’adversaire, l’ennemi. Il faut l’abattre à tout prix.

Dans les fronts et regroupements les plus tonitruants, la ligne officielle n’est pas forcément la résultante des diverses positions. Dès que l’occasion se présente, la boite de Pandore s’ouvre et révèle rien de substantiel. Factice unité ! Le « front » se disloque comme un château de cartes. Du bluff, du bluff et rien que du bluff. Chacun couvait son petit « agenda ». Véritable cirque où le plus vil des acteurs n’est pas toujours celui qu’on pense.

Les réels intérêts et les problèmes du pays sont laissés de côté. D’ailleurs, les connaissent-ils, vraiment ? La détresse des défavorisés, la dégradation institutionnelle et physique du pays laissent la majorité des « acteurs politiques » indifférents. La « tutelle » sous laquelle le pays disparait au fur et à mesure comme Etat, ne constitue pas, selon eux, un problème majeur. Au contraire, l’action de plus d’uns sert objectivement les intérêts de l’étranger. Les uns essaient de se montrer plus habiles que les autres dans l’art de servir l’étranger et l’oligarchie locale. De ce fait, aucun effort n’est déployé pour obtenir l’accord minimal autour des objectifs susceptibles de favoriser le renversement du paradigme de la dépendance et de la pauvreté absolue.

Aucune vision n’est élaborée en vue de la reconquête de la souveraineté nationale, à travers le respect de la Constitution, le renforcement des institutions, la création des institutions prévues dans la Constitution dont le Conseil électoral permanent et le Conseil constitutionnel, la tenue d’élections crédibles, la gestion rigoureuse des ressources nationales, la protection de l’environnement, etc…

Au contraire. La conquête du pouvoir dans n’importe quelles conditions est l’objectif majeur. On dénonce à tue-tête, mais c’est seulement quand les injustices et les irrégularités électorales favorisent l’autre. On n’y voit aucun problème si on doit en bénéficier soi-même.

La situation de la classe politique haïtienne n’a sans doute pas été fort différente dans le passé. Mais, tout de même, on garde de la gauche le souvenir de partis (PEP, PPLN, PCH de Jacques Roumain, PUCH, UFOPADA, pour ne citer que ceux-là) dont la plupart des membres ambitionnaient, contre toute autre chose, la rédemption des masses et l’amélioration générale de leur sort. Il faut dans la même veine rendre justice à des partis tels que le MOP de Daniel Fignolé, le PAIN de Louis Déjoie, le PDCH de Sylvio Claude. Même les groupes « kamoken » anti-duvaliéristes avaient un crédo et un discours. Nombre de « kamoken » sont tombés sur le champ de bataille !

Aujourd’hui, la classe politique haïtienne se porte mal. Très mal. Que faire ?
Ceux d’entre eux qui seraient de bonne foi doivent se poser cette question. Il faut qu’ils se rendent compte que leur incapacité et leur manque de consistance génèrent la plupart des ignominies dont souffre le pays.

Enfin, que peut-on dire pour ne pas s’attirer des foudres ? Contentons nous, pour le moment, de constater la gravité de la situation et la nécessité de la mobilisation des plus généreuses volontés. Pour sauver ce qui peut encore être sauvé.

Marvel Dandin