> Editoriaux > Le nouveau cirque des « entrepreneurs politiques »

Haiti-Editorial

Le nouveau cirque des « entrepreneurs politiques »

Publié le vendredi 13 octobre 2017

Le pouvoir « Tèt Kale » ne rate jamais l’occasion de se définir par opposition totale aux acteurs politiques traditionnels. Tout son effort a consisté et consiste encore à démontrer qu’avant « Tèt Kale » il n’y avait que gabegie, corruption et incompétence. A longueur de journée, le chef de l’Etat et ses thuriféraires tirent à boulets rouges sur les politiciens traditionnels responsables, selon eux, de toutes les calamités auxquelles le pays fait actuellement face. La dynamique du pouvoir consiste donc à n’assumer aucune responsabilité dans les problèmes actuels et à se projeter plutôt comme l’alternative salvatrice par excellence à nos calamités.

Il en résulte que l’opposition est perçue par le pouvoir comme un ensemble d’organisations et de partis hostiles au changement et au progrès. C’est la raison « officielle » pour laquelle ils ont été jusqu’ici tenus à l’écart de l’administration.

Jovenel Moise n’est sans doute pas prêt d’oublier ce que cette opposition lui a fait subir pendant la période de la guerre contre les élections « grenn soulye ». Même après la proclamation de sa victoire par le CEP-Berlanger, cette même opposition a crié à l’usurpation.

Voilà qu’il appelle aujourd’hui cette opposition au Palais National, « officiellement » autour de la Loi sur l’institutionnalisation et le financement des partis politiques. C’est sans doute pas parce qu’il les respecte aujourd’hui. Il ne saurait vouloir tout d’un coup les réhabiliter. Il semble beaucoup plus qu’il cherche à les utiliser.

L’invitation qui a été lancée aux partis politiques coïncide bizarrement avec la cote d’impopularité grandissante du chef de l’Etat, en raison de son budget « criminel » et du peu de résultats de sa « Caravane ».

C’est dans ce contexte que des partis politiques accourent au Palais National pour « dialoguer » avec le chef de l’Etat. Sans poser aucun préalable comme condition à la participation aux discussions. Ils y sont allés comme des moutons de panurge. Peut-être que, pour certains d’entre eux, la pression sociale et politique va irrémédiablement conduire à un « profitable » remaniement ministériel. La perspective reluisante d’un partage de gâteau …

Il y a pourtant des questions qui auraient dû être soulevées par les « convives » s’ils étaient tant soit peu respectueux des principes et du peuple haïtien.

1-Pourquoi le chef de l’Etat n’a-t-il pas tenu compte des critiques contre le budget, même par le pouvoir judiciaire ?

2-Comment le chef de l’Etat peut-il estimer légal de modifier par un simple mémorandum un budget voté par le Parlement et publié dans le Journal officiel de la République ?

3-Quid de la lutte contre la corruption dont il prétend être le champion quand aucun des dilapidateurs des fonds PetroCaribe n’est inquiété ; quand, dans le dossier des kits scolaires seulement un ministre a été écarté ; quand, en ce qui concerne la « caravane » dit du changement, aucune transparence n’existe concernant l’utilisation des fonds engagés.

Des questions pourraient être également posées concernant la mise sous la tutelle du Palais national de l’UCREF et de l’ULCC.

4-Qu’en est-il du dispositif de répression que le pouvoir est en train de mettre en place avec : la constitution d’une armée qui s’apparente beaucoup plus à une milice ; la présence sur le terrain d’individus armés se réclamant des FAD’H ; la réapparition des « attachés » au niveau des Délégations départementales.

La re-politisation de la PNH est en ce sens inquiétante, telle qu’elle se profile dans la gestion par celle-ci des manifestations de l’opposition quand elles sont pacifiques. La passivité de la PNH face à des raids sur les manifestants d’individus circulant à bord de véhicules non-immatriculés est encore plus déconcertante. Cela nous renvoie à la triste époque des « cagoulards » et des « DKW » tant souhaitée par un des alliés sûrs du pouvoir, le Maire des Cayes, Jean Gabriel Fortuné. A noter le silence du pouvoir, qui se dit en faveur de la démocratie, par rapport aux déclarations incendiaires de Fortuné.

Voilà donc des points, et beaucoup d’autres, qui devraient être clarifiés avant tout début de dialogue avec le pouvoir, par des dirigeants politiques responsables.

Ce qui se passe actuellement au Palais National a tout l’air d’un cirque où l’on fait miroiter des avantages à des « besogneux politiques » invités plutôt à « casser » la mobilisation populaire anti-gouvernementale. Cela a marché avec les syndicats de transport et les « OP abolochos » des Cossy David et Rosemond Jean. Pourquoi ne pas tenter la même formule avec les « entrepreneurs politiques » s’est-on dit, goguenard, au Palais National ?

Marvel Dandin
13 octobre 2017