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DEUXIEME RAPPORT PRELIMINAIRE DE LA COMMISSION D’ENQUETE ADMINISTRATIVE SUR LA GESTION DU REGIME LAVALAS DE FEVRIER 2001 A FEVRIER 2004

Le volet présenté ci-dessous est le premier dossier d’une série de 13 rendus publics jeudi à Port-au-Prince par la Commission d’Enquête Administrative (CEA) créée en 2004 à l’initiative du gouvernement de transition. Dans ce chapitre, la CEA, présidée par Madame Sylvie Bajeux, soumet à l’appréciation des autorités judiciaires des informations documentées sur l’émission par le secrétariat privé d’Aristide de 4 chèques totalisant US$ 292.000 à l’ordre de l’archevêque coadjuteur de Port-au-Prince Mgr Serge Miot ; l’exposé des faits est suivi d’auditions réalisées en français et en créole

Publié le vendredi 13 janvier 2006

CHAPITRE 6 Dossier Archevêché de Port-au-Prince
6.1. Volet 1 : Les faits

o Le jeudi 1er juillet 2004, le journal Le Matin faisait paraître un article inti­tulé “Aristide et les comptes de la Nation” accompagné de la reproduction de certains chèques, dont un à l’ordre d’un prélat. Depuis lors, l’opinion pu­bli­que s’interroge sur le pourquoi de ce versement fait au plus haut responsable de l’Eglise catholique d’Haïti.

o Les travaux de vérification de la CEA ont permis effectivement de retrouver ce chèque, ainsi que trois autres au nom de Mgr. Serge Miot totalisant US$ 292,000.
o Par ordre d’émission on retrouve :
§ le chèque no 15, du Secrétariat Privé Président J.B Aristide, juillet 2001, montant : US$120,000
§ le chèque no 73, du Secrétariat Privé Président J.B Aristide, mars 2002, montant : US$80,000
§ le chèque no 224, du Ministère de l’Economie et des Finances, janvier 2003, montant : US$40,000
§ le chèque no372, du Ministère de l’Economie et des Finances, août 2003, montant : US$52,000.

o Sur demande de la CEA, l’Archevèque a présenté un relevé de son compte privé à la PromoBank pour la période 2001-2004, sur lequel figuraient les dépôts correspondant aux chèques provenant du Trésor Public.

o Par ailleurs, la fréquence des retraits de montants importants en cash sur ce compte a soulevé un questionnement sur un procédé susceptible d’avoir des conséquences graves, tant au niveau comptable qu’au niveau de la sécurité des personnes chargées d’effectuer ces retraits réguliers.

6.2. Volet 2 : Auditions
o Deux auditions ont pu être réalisées. La première avec Mgr Miot accompagné du Révérend Père Larosilière, et une seconde avec Jabrun Miot.
o Selon Mgr. Miot, les fonds déposés à son compte personnel proviennent de deux sources distinctes et sont destinés à des projets différents :
§ les « Œuvres de Mgr » soutenues principalement par les dons du Secrétariat Privé et du Ministères des Finances ;
§ les « Constructions pour l’Archévêché de Port-au-Prince » subven­tion­nées par la Conférence Episcopale Italienne.

o Avec beaucoup de spontanéité, Mgr. Serge Miot reconnaît avoir béné­fi­cié des largesses de la Présidence sans, toutefois, avoir lui-même entrepris au­cune dé­marche visant à obtenir les fonds qui devaient lui être versés. Avec la même franchise, il admet n’avoir pas su exercer le contrôle qui s’imposait pour les dé­caissements effectués sur demande de ses proches et sur l’utilisation par ces derniers des fonds qui lui avaient été confiés. Tant au niveau des requêtes au­près des plus hautes instances de l’Etat, qu’au niveau de l’exécution des travaux du projet SAPHA, ce sont d’autres personnes, de près ou de loin affiliées à l’Eglise, qui se sont chargées de tout. Mgr Miot confesse qu’il était parfois préoccupé par cette situation.

o L’Archevêque de Port-au-Prince a remis à la CEA copie du projet SA­PHA dont le devis estimatif s’élève à US$223,984.30.
o L’audition de M. Jabrun Miot permet de constater que les appréhensions de Monseigneur étaient, en grande partie, justifiées :
§ SAPHA qui a absorbé près de US$300,000 du Trésor Public ne semble avoir bénéficié qu’aux exécutants du projet. En fait une seule maison abritant 4 familles aurait été construite.
§ Les explications sont loin d’être convaincantes, - problèmes d’ac­qui­sition de terrains - effondrement des constructions - hold-ups à répétition dont sont victimes les personnes chargées d’aller retirer les montants en « cash » à la Promobank.
§ Aucune pièce justificative des coûts et dépenses des constructions n’a pu être obtenue.
o A date, deux auditions complémentaires programmées au cours du mois de novembre n’ont pu avoir lieu.
§ Refus de réception de la lettre de convocation de la CEA adressée à M. Raymond Charles, entrepreneur bénévole du projet SAPHA ;
§ demande de surseoir à l’audition de M. Rodney Cazi.
6.2.1. Audition de Monseigneur Serge Miot
- Rencontre de la Commission d’Enquêtes Administratives (CEA) et de Monseigneur Serge Miot (Archevêché de Port-au-Prince) - 28 juillet 2005 - 10 :28 AM /
- Accompagnant Monseigneur Serge Miot (SM :Le Révérend Père Larosilière (PL)

CEA Excusez-nous de vous avoir fait attendre, nous vous avons demandé de venir à la CEA parce que vous avez reçu des chèques émanant du Trésor Public. Nous vous avons demandé de nous envoyer vos états de comptes ; ce que vous avez fait immédiatement, et nous vous en remercions. Monseigneur Miot, nous avons relevé 4 chèques émis à votre ordre. L’un de 120,000 US$, un autre de 80,000, un troisième de 40,000 et un quatrième de 52,000, les quatre totalisant 292,000 dollars amé­ri­cains. Nous avons essayé de comprendre les transactions qui se faisaient sur le compte. Nous avons relevé des retraits émis par chèque à l’ordre de tierces personnes et un lot plus important de retraits en espèces. Il y en a un de 40,000 US$, un de 37,000 et 7 retraits de 20,000 US$. Etant donné qu’il s’agit des fonds du Trésor Public, notre mandat nous commande d’essayer d’ob­te­nir le maximum d’informations et d’avoir le maximum d’éclair­cis­sements. Si vous avez des documentations à nous envoyer, nous sommes à votre disposition pour recevoir toute justifi­ca­tion que vous pourriez avoir. Nous avons relevé aussi qu’à un certain moment, il y a eu un Dépôt à Terme assez important de 200,000 US$ qui a roulé de juillet à novembre. Mais les intérêts de novembre n’ont pas été passés et cette transaction a rapporté 850US$ le mois. Quelle est l’origine de ce dépôt à terme ? Il y a des références de transfert. S’agit-il d’un transfert d’un compte de la Promobank à ce compte là ? S’agit-il d’un transfert d’une autre banque ? Nous avons exposé à peu près ce que nous avons vu. Il y a aussi des achats de chèques sur l’étranger. La Commission serait heureuse d’avoir des informations.

SM Ce compte sert pour recevoir des transferts d’organismes étrangers parce que c’est plus facile pour les orga­ni­sa­tions d’église d’adresser des chèques aux personnes plutôt qu’aux institutions. Même pour la nonciature, pour l’université, les chèques sont adressés au titulaire. Si vous avez fait une lecture comptable attentive, vous allez voir que ce chèque ne venait pas chez nous.

CEA Non, nous avons dit que le chèque de 200,000 est un transfert. La référence c’est une simple mention : « transfert numéro... » Nous ne savons pas de quoi il s’agit. Nous n’avons pas été à la banque nous-même et avons préféré nous adresser à vous.

SM Ce chiffre est un transfert pour la construction de buil­ding. Nous sommes en train de construire 2 grands buil­dings. C’est la conférence épiscopale italienne qui nous aide. On avait présenté des projets de l’ordre de US$1.4 million pour chaque bâtiment. Il y avait une erreur de la Nonciature : Elle devait m’adresser le chèque mais elle l’a fait à l’ordre de l’Université. Quand l’Université a reçu ce chèque, tout de suite j’ai demandé de faire un transfert sur le compte de l’archevêché. Si ce DAT rapporte, c’est pour le compte de la construction. Pour les 4 autres chèques, j’avais été recommandé par 2 anciens séminaristes qui étaient amis du président Aristide. Ils disaient qu’ils voulaient m’aider en tant que fondateur et président d’une œuvre : SAPHA, Solidarité avec les Pauvres d’Haïti fondée en 90. J’étais alors prêtre au grand séminaire de Cazeau. Aristide était prêtre aussi, il enseignait au grand séminaire et était au courant de cette œuvre. Quand ces messieurs se sont présentés, ils ont dit vouloir m’aider. Alors quand on a fait le chèque de 120,000, ils ont mis « les œuvres de l’archevêché », c’étaient plutôt les oeuvres de Mgr. Miot. C’est pourquoi il a été déposé sur mon compte personnel. On faisait des constructions à bon marché pour les veuves. Nous avons construit 32 maisons de 2-3 pièces pour les gens de Cazeau. Voulant m’aider, il m’a présenté un projet pour construire des maisons meilleures. « Il » c’est l’un de ces messieurs. Ils n’ont pas tout construit. Ca me faisait peur car en tant qu’évêque je ne pouvais aller sur le terrain et contrôler le travail. Je faisais donc confiance et donnais ces chèques à ces ingénieurs. Il y a mon frère qui accompagnait. C’est dans cet esprit que je recevais ces chèques. Même si on a mis « pour les oeu­vres de l’archevêché », ce n’était pas pour l’arche­vêché mais pour les œuvres de Mgr. Miot. On n’a pas fait un chèque au nom de la SAPHA, on l’a fait en mon nom.

CEA Mais la SAPHA n’a pas de compte ?

SM La SAPHA a un compte. Quand je suis devenu évêque, les choses ont changé. Nous avons 600 enfants qui sont parrainés. Nous avons laissé cette partie à l’ancienne équipe. Moi je gérais les constructions.

CEA Ces constructions étaient en quelle année ?

SM En 2000. Mais on les a commencées quand on a trouvé des fonds. J’avais fait des photos mais je n’ai pu retrouver l’enveloppe ce matin. Il y a une construction qui avait des problèmes avec le terrain. Il y a eu éboulement et une maison est tombée et ça a donné des problèmes. On a du arrêter. C’est seulement la base qui est là avec une citerne. C’est la zone de Nazon aussi qui est devenue une zone difficile. Les personnes qui étaient dans ces maisons ont dû déloger. C’est l’œuvre de la SAPHA qui est une œuvre personnelle.

CEA Les 2 séminaristes, vous avez leurs noms ?

SM Charles Raymond qui se dit ingénieur et mon frère Jabrun Miot. Il y a un autre qui était secrétaire c’est pour cela qu’il y a eu un chèque a l’ordre de cash.

CEA Le chèque de 120,000 est un chèque à l’ordre de Mgr. Miot. On n’a pas spécifié pour quel motif.

SM J’ai signé un papier apporté par le Ministre. C’était écrit : « pour les oeuvres de... » (examine le document). Ça ne se voit pas. Il y a un papier que j’ai signé, apporté par le Ministre des Finances. C’était au verso qu’il y avait cette mention. Malheureusement je n’ai pas la copie du verso. S’il y a un autre nom c’est Rodney Cazi. Il n’est pas séminariste mais servait d’intermédiaire. Malheureu­se­ment je n’ai pas fait ça de façon scientifique et profes­sion­nelle. Il y avait pression pour payer ceci. Je n’ai pas noté le nom sur la souche, je n’ai pas fait de copies. Parfois la banque m’a appelé pour me demander si c’était moi qui avais fait le chèque. Et m’a conseillé de ne pas faire de sommes pareilles à l’ordre de « Cash ». Comme c’est un compte personnel, c’est moi qui signe... Même Madame Jeannot qui était là m’a donné le même conseil, mais le chèque était déjà fait.

CEA Qui est Mme Jeannot ?

SM Elle est la directrice de la Promobank.

CEA Aviez vous un contrat avec ces messieurs ?

SM Non. Ils voulaient m’aider. Il n’y avait pas de contrat. Les choses ne se faisaient pas de façon professionnelle et scientifique. J’ai beaucoup de choses. Même le rythme avec lequel j’émettais chèques. Je leur demandais s’ils étaient sûrs que l’argent était bien dépensé. Je n’ai pas fait de calcul. Ça se faisait comme ça.

CEA Et pour Les 80,000 US$ ?

SM Tous les 4 sont allés dans le même sens. Rien n’est rentré dans le compte de l’archevêché ou aucune autre insti­tu­tion. Je n’ai pas voulu impliquer la comptabilité de l’Ar­chevêché. Vous allez voir quand même « les œuvres de l’archevêché » mais ce n’était pas les œuvres de l’arche­vê­ché.

CEA Dans le cadre de ce projet pour la construction globale, ce sont les mêmes ingénieurs. ?

SM Non. C’étaient des maisons standardisées.

CEA C’étaient d’anciens séminaristes mais ils
n’avaient pas d’assis­tance d’ingénieurs spécialisés ?

SM Non. (...montre un document). Ça c’est des maisons en bois, mais on a voulu construire en dur.

CEA Pour le transfert de 200,000 c’était qui le donneur d’ordre ? Le transfert vers votre compte ?

SM C’est l’Université Notre Dame. C’est pourquoi que je vous dis qu’il y a une erreur de la part de la nonciature. Le chèque était pour moi, ils ont envoyé le chèque à l’université. Quand j’ai fait la remarque, ils avaient malheureusement dépensé le montant. Ils ont donc fait le transfert pour la différence. J’ai du attendre une année avant de pouvoir récupérer. C’était une belle affaire pour eux ; ils étaient contents car ils ne l’avaient pas demandé et n’espéraient pas cet argent. Ces 2 bâtiments sont pres­que achevés.

CEA Le compte 108-667 est donc le compte de l’Université Notre Dame. Originellement d’où viennent les fonds ?

SM De la conférence épiscopale italienne. D’un comité qui s’appelle « Comité d’Intervention aux Œuvres du Tiers-monde ». C’est avec cette institution que nous avons un contrat.

CEA Nous pouvons avoir l’adresse ?

SM Je peux vous envoyer une copie du contrat.

CEA Nous allions vous demander la correspondance entre vous et cette institution.

SM Même avec l’Université, j’ai du faire force pour avoir cet argent. Sa k antre pa soti. Je vous ferai avoir une copie du contrat.

CEA Les 2 buildings dont vous parlez, c’est 1.4 US ?

SM Oui, vous pouvez visiter.

CEA Monseigneur, vous êtes de quel ordre ?

SM Diocésain. Je suis de Jérémie. J’étais venu comme profes­seur afin d’aider au séminaire. C’est là que j’ai été promu.

CEA Vous avez eu une correspondance avec le Ministre des Finan­ces pour avoir ces fonds ?

SM Il est venu parce que ces messieurs sont allés pour faire pression. Il m’a dit qu’il suffit de signer un papier. Le Ministre des Finances m’a fait signé un papier. Il disait qu’il avait reçu l’ordre du Président de me donner cet argent. C’était fait à l’ordre du Secrétariat Privé de la Pré­sidence.

CEA Donc, vous avez reçu cet argent sans l’avoir demandé préalablement ?

SM Je ne voulais pas engager l’archevêché. Il y a une personne qui a dit qu’elle allait demander au président de nous aider. Je n’allais pas engager l’institution comme ça. La seule aide qu’on a trouvé c’était une démarche faite par le comité au gouverneur de la banque qui nous a donné 500,000 gourdes c’est la seule aide que nous ayons reçu de l’État. On a fait des levées de fonds, pas grand-chose. On l’avait confié à Mme Simon, c’est elle qui en a profité (Mme Paul Emile Simon) pour la construction de l’archevêché. Les contrats n’étaient pas bons.

CEA Comment a-t-elle pu recevoir plus d’argent que vous ? Vous avez une tradition de collecte de fonds ?

SM On reçoit ce qu’on nous donne. Nous ne sommes pas chanceux.

CEA Vous avez dit avoir reçu de l’État 500,000 gourdes pour la cons­truction, et les 120,000 dollars ?

SM C’est pour l’œuvre, pas pour la construction. Nous avons d’autres projets que nous devons adresser à l’état afin d’avoir une aide. La place de l’ancienne cathédrale, le site lui-même. On a clôturé et il faut édifier quelque chose de bien, qui fasse honneur. Nous voulons quelque chose de moderne qui rende service à la communauté.

CEA Le chèque de 120,000 dollars a été donné par Gustave Faubert. Et les autres, 80,000... ?

SM Je les recevais à l’archevêché d’un messager du Ministère. Il y a toujours un avis de réception qu’il faut donner. Si je ne suis pas là on ne laisse pas.

CEA Ce que nous constatons c’est que ces chèques ont été émis par le Secrétariat. Comment se fait -il que ce soit remis par le Ministre ?

SM Ce compte n’est pas géré par le Ministère ?

CEA Non. Ce sont 2 entités différentes.

SM Mais c’était toujours un messager du Ministère. Je croyais que c’était le Ministère qui gérait ce compte. Il voulait aussi favoriser ces messieurs qui voulaient avoir quelque chose.

CEA En fait vous ne savez pas. Le chiffre qu’on vous a donné, il se peut qu’il y ait d’autres chèques qui ont été émis ? Pourquoi ces fluc­tua­tions-là ? Raymond Charles avait un plan. Nous avons un Miot, Jabrun Miot qui sont des anciens séminaristes. Il y a Rodney Cazi qui n’est pas un ancien séminariste et qui servait de secrétaire à ces messieurs.

SM Ce gouvernement avait des anciens prêtres qui avaient des entrées au Ministère.

CEA Vous n’avez rien reçu de la coopération cubaine pour la construc­tion ?

SM Non.

CEA Il n’y a pas eu de contrat écrit ?

SM Non, on le faisait sur une base de confiance.

CEA Pour notre information, je ne parle pas de ces chèques, en général émis à votre ordre, qui vous ont été apportés. Quelle est la position officielle de l’église, de la tête de l’épiscopat en ce qui concerne les valeurs que certains prêtres auraient reçues ? Ont-ils le droit de recevoir de l’argent ?

SM S’ils ont des œuvres, ils font leurs propres démarches. Si l’institution exige l’approbation de l’évêque, ils demandent. L’institution donne mais l’évêque ignore tout. Il y a des prêtres qui ont des projets qui dépassent le budget de l’église.

CEA Par exemple Timkatek ?

SM Le père Simon nous informe. Il donne un rapport. Il y en a qui ont un bon esprit d’entente. Mais il y en a d’autres... Il y a un esprit d’indiscipline dans la nouvelle génération qui n’est pas contournable.

CEA Où en est ce projet de construction de maisons ?

SM Tout est presque bloqué. Nous avons réalisé une maison. J’ai vu une photo pas bien claire. Il y a 4 familles qui y habitent. Il y a un autre endroit ou il devait y avoir des constructions mais il y a eu éboulement et les voisins s’y sont opposés. Notre projet c’était de faire une cité SAPHA à Gressier. C’est dans ce sens que j’ai voulu engager ces gens-là. On n’a même eu un terrain de l’état mais le terrain n’était pas à l’état et le propriétaire m’a insulté. Nous voulions avoir une cité où les gens y vivent bien. Nous voulions leur apprendre à vivre ensemble, à travailler ensemble. C’est toujours un rêve pour moi d’avoir cette cité, ce village. Ce qui nous a bloqué aussi c’est qu’un allemand propriétaire de terrain à Léogane voulait nous donner un terrain dans les racoins. Nous sommes toujours à la recherche. Notre autre rêve est de construire un grand building et profiter de l’anniversaire de Port-au-Prince pour le faire.

CEA Est-ce trop de vous demander la balance actuelle du compte ?

SM Ce compte là, n’a pas un sou. Ces comptes sont bloqués. Nous venions de recevoir de l’argent pour les sinistrés de Fonds-Verettes mais on n’a pu donner de l’argent. La banque continue à recevoir de l’argent. L’UCREF a bloqué le compte et nous a dit qu’on n’avait pas le droit de charger le compte s’il était gelé. La balance était de 38,000.

CEA Peut-on avoir les coordonnées de ces messieurs ? Raymond Charles, Jabrun Miot et Rodney Cazi ?

SM Je n’ai pas les coordonnées de Raymond Charles. Je peux vous trouver Jabrun Miot.

CEA On peut avoir vos coordonnées ?

SM Mon téléphone est le 510-0453 513-.... (je ne me rappelle pas) . J’ai un cellulaire que je n’ouvre pas. Les journalistes me poursuivent.

PL Mon cellulaire est le 554-9417 je suis le Père Larosilière. Je suis à Sainte Anne et suis directeur des OPM, Œuvres Pontificales Missionnaires. Je suis responsable de la mission.

CEA Nous sommes un peu étonnés d’entendre Mgr dire, par sa position, sa personnalité, chef de l’Eglise catholique, qu’il avait des inter­mé­diai­res pour faire les contacts.

SM Je ne voulais pas. J’ai même dit à cette dame, Mme Lauture qui était dans le comité de construction, que si on m’envoyait de l’argent, je le retournerais. Je n’ai jamais rien demandé. Le comité s’est débrouillé et le seul argent qui a été donné c’est les 500,000 gourdes de la banque, sur demande du comité.

CEA Vous n’acceptez pas pour l’archevêché mais vous acceptez pour SAPHA ?

SM Oui, c’est pour les pauvres. Le président savait m’aider, je n’avais pas d’autres moyens. Derrière ces œuvres il y avait Mgr Miot.

CEA J’aurais pensé le contraire. L’archevêché, c’est une institution.

SM Quand les gens passent ils disent que l’argent d’Aristide est là. Il me fallait faire la démarcation. Quand je vais faire une demande, je passe par le Ministère. Je donne un dossier. Ce n’est pas une faveur. Pour cette affaire de site, quelques jours avant, le 25 février, j’étais en route pour le Ministère. C’est un patrimoine.

CEA Merci Monseigneur, merci mon père d’avoir répondu à notre invitation.

6.2.2. Audition de M. Jabrun Miot
- Rencontre de la Commission d’Enquêtes Administratives (CEA) et de M. Jabrun Miot (Archevêche de Port-au-Prince) - 11 août 2005 - 11 :39 am / CEA (rue du quai)

CEA Bonjour Monsieur Miot. Merci d’avoir répondu à notre invitation. Qu’est ce que vous êtes pour Monseigneur Miot ?

JM Son frère.

CEA Vous travaillez avec lui ?

JM Non. Je suis disponible comme commissionnaire. Mwen ekzekite tout sa li gen pou fè. Mwen se yon kolaboratè, yon komisyonè.

CEA Ou te nan seminè ? Ki ane ?

JM Wi. 82-84. Mwen pa t gen kapasite konsentrasyon, mwen pa t ka rete. Mwen pa t alèz.

CEA MonseigneurMiot gen yon projè Cazeau ?

JM Wi, SAPHA

CEA Ki sa li ye ?

JM Lò misye te Cazeau, tout la sent jounen moun ap prezante. Yo gen pwoblèm. Li vin fè yon projè pou ede malerèz. Si moun nan pou kont li, tankou yon vèv, si mesye yo tou pa gen madam, li te komanse bay yo yon ti èd. Peye lekòl... Ofi e amezi li fè yon ti bagay pou yo. Gen sant sante tou. Bagay la komanse grandi. Kounye a li vin fè yon seri de ti apatman pou moun yo ka domi. Li reamenaje kay yo. Yon ti kote pou yo loje alèz. Li vin elaji nan kad lekòl, manje...

CEA Ou konn resevwa chèk pou Monseigneur Serge Miot ?

JM Wi. Men kijan sa ye : si pa ekzanp tèl sekretè rele m, li ban m otorizasyon pou m ale chache l pou li, men se jis ale pran l pou li. Se nan sans sa a mwen se yon komisyonè. Si gen yon papye ki pou bay nenpòt ki kote tou, si l ap pati...

CEA Ki bò ou konn al pran chèk yo ?

JM Gen yon lè, se nan Ministè Finans. Yon sèl fwa m al pran chèk. Mwen te gen yon ti memo.

CEA Chèk sa se te ki montan li te ye ?

JM Mwen pa sonje. Swa mwen kwè... 52,000 dolla US. Devises US

CEA Ou konnen kisa kòb sa yo te fè ?

JM Wi. Te gen yon proje nan SAPHA. Raymond Alfred te enjenyè, se tankou li mete l a disposisyon legliz. L ap rann sèvis. Etan done pwojè a se te konstwi, rekonstwi, li di olye nou pran gwo enjenyè pou fè travay la, li kapab ekzekite l alèz. Li mete l a disposisyon legliz pou li rann sèvis. Lè pou l ekzekite, fòk li gen fon yo. Etan done lò kòb yo vini se de kòb ki gen demann, etan done se mwen ki pou fasilite pou rann bagay yo pi fasil, li konn mande si bagay yo poko pare. Anpil fwa, se mwen ki fè transfè a. Mwen pran l, mwen pot ale. Men ròl katalyzè a se pa mwen. Se sèlman chèk la mwen pote ale.

CEA Eske ou te abite menm kote ak monseyè ?

JM Non. Misye nan acheveche. Kote mwen ye a se mezon legliz, ansyen lokal radyo soley. Mwen fè pati integrant legliz. Mwen pa gen madanm, mwen pa gen pitit. Mwen te nan seminè, mwen pa marye. Mwen rete nan yon lokal kote toutan, pè a p antre soti. Yo rele m “Pè Jabrun”. Nan zòn kote mwen ye a, mwen obllije pran konpòtman yon pè...

CEA Raymond Alfred se yon enjenyè li ye ?

JM Wi.

CEA Et Cazi ?

JM Imajine w epòk sa a, te gen yon gwo pwoblèm labank. Depi w al labank, menm kote ou pran kòb la, menm kote li pèdi. Yo pran w lakay ou, yo pran w nan la ri... Premye montan m al chanje, mwen te konfye l yon ti eleman ki gen zanmi l labank. Misye poko soti devan labank lan, yo pran lajan an. 20,000 dola. Promobank Pétion-Ville. Te gen yon lòt eleman ki te sekirite, mwen te ba l chanje yon kòb pou mwen paske mwen konnen li te ka fè l. Li voye rele m, li di yo pran kòb la. Te gen yon sekirite mwen konnen li te ka fè l vre, mwen di l akonpaye nèg yo. Mwen wè transaksyon an te enposib. Lò m wè jan bagay yo ye -paske don an fèt pa vèsman, ou pa ka pran tout yon sèl kou se pa entèval- mwen pale ak Cazi ki di m li te ka fè l san pwoblèm. Konsa vre, te gen yon tranch lajan ki pou bay, mwen di mwen t ap kontakte l. Vreman vre, okazyon an prezante, mwen rele l, li pran kèk polisye avè l, kòb la rive san pwoblèm.

CEA Ki kote kòb sa a ale ?

JM L al jwenn direkteman Raymond Alfred. Se li menm ki enjenyè ekzekitan.

CEA Lajan sa a ki kote li soti ?

JM Se Monseyè ki sanse bay kòb la. Lò chèk la soti, li soti sou non Monseyè.

CEA Kiyès ki fè chèk la onon Monseyè ?

JM Yo te rele m nan finans pou m vinn pran chèk la. Lè mwen rive, chèk la fèt pa minis la. Mwen rive, mwen chita, mwen prezante l.

CEA W ap pale de plizyè chèk ?

JM Wi. Lò 52,000 dola ale nan bank, ou pa ka fè l yon kou, ou oblije fè l pa ti tranch, non sèlman pou ou ka kontwole volè men pou bank la tou. Se yon kòb, annik li soti, li ale bay pou pwojè a. Men li pa ka fèt yon sèl kou moblije fè teknik. Se pou li te ka chanje fasilman, pou nou pa gen pwoblèm ak volè. Se pou mwen pa gen pwoblèm nou mete non Cazi. Menm moun ki nan sikwi a pa okouran anyen.

CEA Tout chèk yo se sou non Cazi yo fèt alò. Chèk Monseyè emèt se sou non Cazi ?

JM Wi paske misye gen yon kapasite. Menm chèk ki fèt sou non m, se li mwen bay yo.

CEA Monseigneur devait nous donner la copie d’un contrat avec la Conférence Episcopale Italienne. Il ne vous a rien donné ?

JM Mwen pa wè l maten an.

CEA Apa de chèk sa a w al pran nan Ministè Finans, lòt chèk Monseyè a resevwa, eske ou konnen ki moun ki pote yo ?

JM Non. Mwen se yon senp komisyonè. Si gen yon pwojè, yon kòb ki tonbe, li bezwen pou li sot lan menm. Eleman an di si gen yon travay, l ap ekzekite l pi alèz lò kòb la nan men l. Monseyè a, lò gen yon kòb konsa, li pa ta vle kenbe l. Anrezime, se mwen ki sanse gen fasilite pou mwen fè transfè yo.

CEA Monseyè a di li pa t fè demach nan gouvènman. Se moun ki te avè l yo, ansyen seminaris ak frè li ki te fè demach kot Prezidan an pou li te ka resevwa kòb sa a. Se ou ki te chèf demach ?

JM Mwen te akonpaye Alfred yon fwa, nou 2 seminaris. Nou te prezante Prezidan ve nou, men sa nou te vle òganize. An rezime, li pa t pase pa aksyon pa m nan. Li pa t reponn nou pozitivman.

CEA Ki relasyon nou ak Prezidan an ki fè nou ka jwenn randevou nan men Prezidan an ?

JM Se yon deman li te ye, se pa yon asosiyasyon ki gen relasyon ak Prezidan an.

CEA Nenpòt ki moun pa ka rive kote prezidan an ?

JM Odinèman si gen yon komisyon ki pou bay se toujou mwen menm ki pou remèt li. Se akòz non mwen, mwen te la mwen menm.

CEA Kisa ou te fè pou te jwenn randevou a ?

JM Randevou a se te yon randevou ki te solisite pa Monseyè. Se pou sa li te mande ke m ale tou. Apre yon mwa, yo te reponn nou. Mwen te sanse asosye kòm ansyen seminaris.

CEA Kisa nou te mande Prezidan an ?

JM Mwen kwè te gen yon dokiman. Te gen plizyè pawòl ki te pale. Men mwen pa te gen monopòl...

CEA Si nou konprann byen, ou nye oswa ou pa sonje ou te fè deman pou Monseyé ? Pou Prezidan ka ede Monseyè a ?

JM Mwen pa kwè se mwen ki pou ta mande yon èd pou li. Mwen ka kore l nan aksyon. Mwen ka kolabore avè l, men se pa Prezidan an pou m ta di sa. Mwen pa t gen opsyon pou mwen te mande kwakseswa. Se akonpaye mwen t ap akonpaye. Nan bouch pa m, nan kapasite m, mwen pa t gen anyen ditou pou m te mande misye.

CEA Jan Monseyè a pale, li ensiste pou l di li pa t fè deman pèsonèlman. Se nou menm seminaris k al kote Prezidan, nou di l nou pral regle yon bagay pou li kote Prezidan, epi nou ale. Monseyè di ke li pa ta janm mande kòb. Se pou tèt sa nou rele w.

JM Men mwen t ap akonpaye. Mwen pa t mande anyen mwen menm.

CEA “Conférence Épiscopale Italienne”, sa pa di w anyen ? Ou pa t gen rapò pèsonel avè yo ? Ou konn Madan Paul Emile Simon ?

JM Non. La conférence est l’ensemble des évêques réunis ak diosèz. Menm jan gen konferans episkopal ayisyen, gen konferans episkopal italyen.

CEA Kilè w ap wè Monseyè ?

JM Se pa zòn mwen. Se yon zòn ki gen tèt chaje bò acheveche a. Kòm kounye a gen yon ti konfyians, si nou gen komisyon...

CEA Monseyè te gen yon dokiman pou l te voye pou nou. Ou konn fè acha chèk sou letranje pou li nan Promobank, si l bezwen voye yon chèk lòt bò dlo ?

JM Non. Mwen konn al fè depo lè li resevwa chèk. Men se sèl nan Promobank, paske biwo konferans lan se bò Promobank li ye, yo abitye ak Promobank.

CEA Mwen t ap mande w si l konn resevwa kòb lòt kote ?

JM Mwen p ap okouran.

CEA Minis Finans lan ou pa t konnen li ?

JM Wi. Mwen te ale devan l. Se li menm ki te resevwa m nan Ministè. Mwen tèlman abitye wè l nan televizyon, se konsi mwen te konnen l.

CEA Monseyè a di se Gustave Faubert, se Minis lan menm ki te pote premye chèk la bali. Ou okouran ?

JM Non. Mwen pa konnen. Mwen te al pran yonn. Mwen pa konnen pou lòt chèk yo.

CEA Ou pa konn si se Cazi... ?

JM Cazi se yon senp entèmedyè, li pa t konn anyen ditou. Sa li fè se chanje lajan epi pote l vini.

CEA Nou eskize nou paske nou te fè w tann paske ou te la alè. Nou byen kontan nou ti fè yon ti pale avè w.