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Petite chronique du coup d’Etat de 1991

Identification de certains des facteurs l’ayant amené

Publié le mercredi 5 mai 2004

D’abord, d’aucuns se plaisent à accorder l’entière responsabilité du coup d’Etat au major Michel François, l’ange Raoul Cédras s’étant finalement trouvé face au fait accompli. Cette thèse a été savamment soutenue, surtout au moment où, pour certains secteurs de la communauté internationale, il s’agissait de trouver avec le pdt constitutionnel un compromis qui maintiendrait le général en poste, on disait alors une formule à la chilienne, à la Pinochet donc. Tel était l’objectif du sommet de Governor’s Island, à New York.

Aucune thèse n’a été aussi fausse, selon des informations dont nous disposons en provenance d’acteurs de l’époque dont l’un, au centre des événements, a laissé sa peau au Palais national le 30 septembre 1991. Nous faisons référence au valeureux capitaine Fritz Pierre Louis. Cédras savait. Des mois auparavant, le commandant par intérim a personnellement mis tout son poids dans la balance pour empêcher le transfert vers la province de trois officiers supérieurs, dont le major Michel François qui dirigeait alors le Service de simple police, communément appelé Cafétéria. Les conseillers du pdt lui avaient fait comprendre que cet officier d’infanterie formé aux Etats-Unis, n’était pas du tout à sa place et qu’il pouvait aisément mettre sa compétence militaire à contribution dans n’importe quel plan de destabilisation, . Mais, le pdt avait accepté de revenir sur sa décision, à la requête du commandant en chef par intérim.

Autre fait prouvant que Cédras savait. Deux semaines avant le coup, il avait délibérément refuséd’accéder à la requête du commandant d’alors de la Garde présidentielle, le colonel Néoclès Arné, de réapprovisionner le Palais en munitions essentielles, telles que des anti-tanks. De fait, au moment du coup d’Etat, la garnison du Palais National n’a fait que vider les lieux vu qu’elle ne disposait d’aucun moyen pour repousser les assaillants. Une anecdote, à ce sujet. Ayant remarqué un char aux abords du Grand Quartier Général des FAD’H dans la matinée du lundi 30 septembre, avec le canon braqué sur le Palais National, des membres de la Garde présidentielle sont allés demander à leurs frères d’armes de la police qui se trouvaient à côté du char, le motif de leur présence et de leur posture guerrière. Car, autre fait à prendre en compte, selon les témoignages recueillis auprès des acteurs, cette garnison n’était pas impliquée dans le coup. Pour toute réponse à la question de savoir pourquoi ils étaient en ces lieux, les militaires en faction près du blindé leur ont fait savoir qu’ils en sauraient davantage dans les minutes qui allaient suivre s’ils ont bien le goût du risque. Conséquence/ le Palais s’est rapidement vidé de son personnel militaire. A l’arrivée du chef de l’Etat au Palais en compagnie de l’ambassadeur français Raphael Dufour et des éléments de sa garde rapprochée, il y avait très peu de soldats pour défendre la position, comme on dit dans le jargon miltaire. C’est à la faveur de cette situation que le capitaine Fritz Pierre Louis sera tué dans les couloirs du Palais, quelques minutes après que le chef de l’Etat ait été conduit manu militari au GQG des Fad’h par un petit groupe de militaires chauffés à blanc. La thèse officielle sera le suicide. Mais, on comprend jusqu’ici très mal qu’il eut pu se tirer une balle à la tête du côté de l’oreille gauche, alors qu’il était droitier.

Pour revenir à l’histoire du comportement du général Cédras par rapport au coup d’Etat, il faut rappeler que, de concert avec d’autres membres du haut commandement, il entreprit une tournée dans la majeure partie des garnisons au cours de laquelle, outre les consignes militaires ordinaires à proprement parler, il a été maintes fois question de la décision scandaleuse prise par le pouvoir, selon les militaires, de détourner des fonds accordés par Taiwan pour des projets de réhabilitation de l’armée. Ceci n’a jamais pu être établi de façon claire, une certaine confusion ayant prévalu en ce qui concerne des fonds octroyés en don par le même pays à La Fanmi Selavi, œuvre sociale du prêtre-président. S’agissait-il donc de fonds destinés à cette œuvre ou de fonds destinés à l’armée ? Ce seraient ces fonds qui auraient servi à la construction de la route de Tabarre qui, plus tard, au retour à l’ordre constitutionnel, deviendrait le Boulevard du 15 octobre.

Dans la suite des dispositions prises qui devaient conduire au coup, il faut signaler celle prise, sans notification au ministère de la défense dirigé alors par le premier ministre René Préval de transférer vers le Camp d’application, à Frères, le stock important de munitions entreposées à Fort-Dimanche depuis l’époque de la dictature duvalieriste.

Raoul Cédras savait donc. L’ensemble des mesures ayant précédé le coup d’Etat le prouvent suffisamment.

Mais, il faut remonter encore plus avant dans la chronologie des faits pour mieux comprendre comment s’est produit le coup.

D’aucuns prétendent que le prêtre-président avait soulevé le courroux des militaires dès sa décision spectaculaire, le jour de sa prestation de serment le 7 février, de renvoyer la plupart des membres du Haut-commandement. Il n’en est absolument rien. Les informations recueillies auprès d’acteurs clés laissent croire que la liste des changements à opérer était soumise par le colonel Raoul Cédras en personne, au cours de plusieurs réunions avec des conseillers du président élu, c’est-à-dire avant l’investiture. L’un de ces conseillers devait par la suite remplir par la suite la fonction de secrétaire d’Etat à la sécurité publique au sein de l’un des nombreux gouvernements lavalas. Il était alors clairement entendu, qu’en raison de ses bons et loyaux services à l’occasion de la supervision des élections de 1990, le colonel Cédras serait promu brigadier général et chef d’Etat major général par intérim des FAD’H. Une proposition soutenue alors par de nombreux proches du pdt élu, dont un influent journaliste.