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Pour éviter davantage de confusions et pour une étude sereine des facteurs du coup d’Etat de 1991
lundi 2 octobre 2006,
La réaction apparemment articulée de Jude Simon à un article de Radio KISKEYA relatif au coup d’Etat du 30 septembre 1991 mérite les précisions suivantes :
1) Contrairement à ce que déclare Jude Simon, l’article sur le coup d’Etat du 30 septembre publié sur le site de KISKEYA est signé « jmd », initiales référant à Jean Marvel Dandin. L’auteur de l’article n’est donc pas anonyme. Sachez désormais vérifier les initiales au bas des articles.
2) Radio KISKEYA n’est pas qu’une simple Agence de nouvelles. Elle ne produit pas que des dépêches.
3) De façon volontaire, l’auteur de l’article, qui a vécu 2 mois et demi à l’ambassade de France avec les principaux membres du gouvernement renversé et des officiers en difficulté, n’a pas voulu identifier nommément ses informateurs qui, pour la plupart, occupent aujourd’hui encore de hautes fonctions.
4) En évoquant le décret du 10 juillet 1987 faisant de l’armée un service central techniquement déconcentré du Ministère de la défense, Jude Simon qui revendique une « haute capacité d’analyse », semble vouloir nous dire qu’il existe en Haïti une correspondance directe entre les lois et les réalités. Du fait que l’armée avait un tel statut dans les textes, dans la réalité, elle était véritablement un service déconcentré du Ministère en question. Ce serait alors la seule institution en Haïti à s’être conformée aux lois la régissant. Par conséquent, selon Jude Simon, il n’y aurait naturellement aucun raidissement à faire montre de la part de l’armée quand l’autorité civile avait voulu lui rappeler son statut.
On sait bien que l’armée, vassalisé par le régime duvaliériste, a repris ses droits par rapport au pouvoir civil à partir de 1986. Notre « grand analyste » serait-il le seul à ne pas s’en être rendu compte ?
5) La fusion des Ministères de la défense et de l’intérieur dont fait état notre « grand analyste » implique-t-elle que la nouvelle entité ait cessé de remplir les fonctions respectives des deux anciennes ? Les prérogatives de l’ancien Ministère de la défense sur l’armée n’étaient-elles pas reconnues au nouveau Ministère de la Défense et de l’Intérieur ?
6) Phrase curieuse du « grand analyste qui dit n’être pas militaire » : « Qu’est-ce que cela ajouterait à la question si le Ministère de la Défense avait ou non l’inventaire des armes et munitions en possession de l’institution militaire. De toute façon c’était l’armée qui les gardait. ». Conséquence, cher analyste : ce n’était pas nécessaire que ces données existent au Ministère de l’Intérieur et de la Défense !!! On voit bien que vous n’êtes pas militaire.
7) Quand on évoque le différend entre le Ministère de la défense et l’armée concernant la demande de communiquer la grille des salaires, cela ne signifie pas que ces données n’existaient pas. Le « grand analyste » ironise en disant que Radio KISKEYA croit avoir fait une trouvaille extraordinaire à ce sujet. Il réfère en ce sens à l’existence de ces données au Ministère des Finances, précisant que « le Ministère de la défense n’aurait qu’à s’adresser à celui des finances pour les avoir ». On voit bien comment Jude Simon voudrait, à l’instar des militaires, que le pouvoir civil fonctionne par rapport à l’institution militaire.Le grand analyste nie au Ministère de tutelle de solliciter ces données directement de l’organisme déconcentré. Le Ministère de la défense devait donc se contenter de s’adresser au Ministère des finances et de ne pas s’adresser à l’armée. Donc par de rapport organique.
Même quand le Ministère de la défense pouvait se renseigner auprès du Ministère des Finances, il était aussi de son devoir de les solliciter de l’armée, juste pour comparer ou vérifier l’utilisation des chèques des déserteurs et des membres décédés de l’institution. Il y avait égalment au sein de l’armée des « morts » et des « chèques zombis ».
8) Le « grand analyste » surprend d’autres de sa trempe quand il essaie de faire accroire que, comme la plus parfaite des institutions, l’armée ne gérait pas de fonds et que tout passait par le Ministère des finances : que peut-il nous dire des manipulations et malversations qui se faisaient à partir des fonds alloués pour l’entretien des installations militaires, l’approvisionnement de biens et d’équipements nécessaires au fonctionnement, les fonds destinés aux mess, les fonds générés par la délivrance de permis de port d’armes ? Un chef de l’armée, dont nous ne révélons volontairement pas le nom, n’a-t-il pas été révoqué parce qu’il avait intimé l’ordre au responsable militaire concerné de lui remettre les fonds produits par les permis de port d’armes ??
Le « grand analyste » nous parle de rapports mensuels qui étaient acheminés à la Cour supérieure des comptes concernant les dépenses de chaque organisation de l’armée. Il admet donc de ce fait que ces rapports n’étaient pas transmis dans le même temps au Ministère de la défense. Trouve-t-il normal un fonctionnement pareil ? C’est donc la Cour Supérieure des Comptes qui « gérait » l’armée ??
9) Au sujet de l’homogénéisation du commandement de l’armée par l’entrée en scène de la promotion de 1973, une des données fournies par l’article. Notre « grand analyste » a-t-il noté que, dans l’article, nous parlons bien de « commandement » et non de « Haut commandement » de l’armée ? Sa haute capacité d’analyse lui permet-elle de comprendre qu’il s’agit de deux concepts différents ? Apparemment, il n’établit aucune distinction entre les deux puisqu’il donne l’exemple de la présence à la tête de l’institution des généraux Abraham et Jean Pierre. Ils y étaient effectivement, mais tous les départements militaires étaient alors placés sous le commandement d’officiers de la promotion de 1973 après décision prise en ce sens par le chef d’Etat major général qui n’était autre que le nouvel homme fort de l’armée, le général de brigade Raoul Cédras qui deviendra commandant en chef par intérim en juillet 1991.
10) On peut noter que, défendant sans le dire le général Cédras en référence à la tournée des garnisons, notre « grand analyste » qui n’y voit pas les signes avant-coureurs du coup d’Etat omet curieusement de commenter l’information relative à la vaine démarche menée à la même époque par le chef de la Garde présidentielle auprès de M. Cédras pour réapprovisionner le Palais en munitions. Fait qui sera déterminant dans la « débâcle » du 30 septembre. Le Palais ne disposait pas d’anti-tanks et donc ne pouvait repousser l’unique char qui le menaçait.
11) Concernant la réintégration des « officiers politiques », dont Fritz Pierre Louis : nous devons souligner à l’attention de notre « grand analyste » que, à l’époque, l’auteur de l’article avait le privilège de suivre de très près l’évolution du processus en raison des liens particuliers qu’il avait avec l’un des concernés. Le dossier a été traité personnellement par M. Cédras et non par le général Abraham. Sur le plan juridique, il a fait l’objet de recommandations spécifiques du juriste Carl Auguste au président de la République. .Après maintes tergiversations du général, par instruction écrite, le chef de l’Etat a invoqué son titre de chef suprême des Forces armées d’Haïti pour « ordonner » la réintégration immédiate des officiers concernés au sein de l’armée. Notre « grand analyste » doit se donner la peine de chercher le document dont l’auteur de l’article affirme avoir eu le privilège d’en consulter une copie.
12) Concernant le colonel Sylva : celui-ci est bel et bien vivant. Il peut toujours réagir aux faits le concernant rapportés dans l’article. Cependant, il importe de souligner qu’à son sujet, notre « grand analyste » commet encore une omission de taille : pourquoi ne fait-il aucune référence à l’évocation dans l’article d’une communication sur radio Soleil, dans l’après-midi du 30 septembre, au cours de laquelle M. Sylva, niant qu’un coup d’Etat fut en cours contre le président constitutionnel, introduisit un sous-officier qui, lui, a parlé de mutinerie et présenté 10 points de revendications de la base de l’armée comprenant, de façon explicite, la démission du premier ministre et ministre de la défense, René Préval. S’agit-il d’une simple omission de la part de notre « grand analyste » ?
13) Concernant le « schéma » d’un coup d’Etat en deux étapes, à savoir l’éventuelle élimination du premier ministre ou, à défaut, la destitution du chef de l’Etat, l’article n’a fait que fournir des pistes de recherche, sur la base des informations fournies par les acteurs-clés. Que « notre grand analyste » trouve ce schéma ridicule, c’est à lui qu’il importe de fournir des explications sur le fait que, aucun membre du Haut commandement n’a eu l’opportunité de parler au premier ministre et ministre de la défense pendant tout le déroulement des événements. Il devra également expliquer la nature du différend entre le colonel Sylva et ses pairs qui l’amena à prendre le chemin de l’exil.
14) Que notre « grand analyste » inscrive l’article de KISKEYA sur le 30 septembre 1991 dans le cadre de la « propagande lavalassienne », voilà qui fait douter de sa « haute capacité d’analyse ». Car, l’une des révélations de l’article c’est que les autorités lavalas ont fait montre d’amateurisme et de légèreté dans la gestion de la situation ayant abouti à la mort de plusieurs milliers de personnes. Qu’il n’ait pas pu réaliser que les faits ont été rapportés sans complaisance envers lavalas amène à la conclusion qu’il se prend bien pour ce qu’il n’est pas. On ne s’improvise pas « grand analyste » un beau matin !
En conclusion, nous faisons grâce aux lecteurs d’autres considérations autour de la démarche de « Jude Simon qui prétend n’être pas un militaire ». Nous nous contentons seulement de mettre en garde les lecteurs contre la subtilité de certaines prises de position dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles sont, en apparence, si savamment bien charpentées, qu’elles peuvent induire en erreur plus d’uns.[jmd/RK]
Réflexions au sujet de la version de Radio Kiskeya sur le 30 septembre 1991 Jude Simon 1er octobre 2006
Le 30 septembre 1991, les Forces Armées renvoyaient le président Aristide. Quinze ans après nous n’en savons pas plus sur ce que certains appellent un coup d’Etat, d’autres un cuartelazo. Cette tranche de notre histoire nationale reste encore confuse. Les versions qui nous en sont livrées ne sont jamais, malheureusement, de première main. La passion, le parti-pris, l’intérêt personnel, politique ou économique n’ont pas permis à ceux qui ont disserté sur le sujet d’avoir le recul nécessaire pour faire une analyse objective sur les causes de ces événements, la responsabilité et le rôle de chacun des acteurs. Radio Kiskeya vient de fournir sa version de ces événements.
Radio Kiskeya a publié une note de cinq pages sur le sujet, ce qui est inhabituel et peu commun pour une agence de nouvelles. Nous n’arrivons pas à savoir s’il s’agit d’une dépêche d’agence, d’un éditorial ou d’un article. L’auteur anonyme nous livre une version obtenue de plusieurs sources dont il garde secrète l’identité. Bizarrement, le seul témoin identifié, le capitaine Fritz Pierre Louis, est celui qui ne peut ni corroborer ni infirmer les dires de Kiskeya, ni être confronté à d’autres témoins puisqu’il est mort. Certes il reviendra aux acteurs des événements du 30 septembre de prendre la responsabilité de leur version des faits. Pour notre part, nous signalerons seulement les contradictions et inexactitudes relevées dans le texte de Kiskeya.
Etablissant les causes du coup d’Etat, Radio Kiskeya nous dit que des "dispositions prises au niveau du ministère de la Défense ont été particulièrement mal accueillies par le haut commandement". De quoi s’agissait-il ? Selon Radio Kiskeya, l’armée ne serait plus qu’un service déconcentré de la Défense. Il n’y avait là rien de nouveau qui pourrait provoquer l’ire de l’armée. Le décret du 10 juillet 1987 prescrivant les règlements généraux des FAd’H et publié le 13 juillet de la même année au Moniteur, fixe dans son article 1-1 le statut de cette institution :
"Les Forces Armées d’Haïti sont un service central techniquement déconcentré du ministère de la Défense."
Les militaires en se soulevant contre cette éventuelle disposition du ministère de la Défense de 1991 ferait un coup pour rien, l’armée étant déjà un service déconcentré depuis 1987. De plus, peut-on rappeler à Radio Kiskeya qu’en 1991 le ministère de la Défense n’existait même plus puisque le président Aristide l’avait "fondu" avec celui de l’Intérieur, créant le ministère de l’Intérieur et de la Défense nationale. Ce qui laisse supposer la publication d’une nouvelle loi organique. Sans loi organique un ministère n’est pas opérationnel. Alors comment comptait-on faire d’un corps de la force publique un service déconcentré d’une entité qui pratiquement n’existait pas ? Radio Kiskeya ne semble pas avoir une idée juste de ce qu’est un service déconcentré.
Radio Kiskeya ajoute que l’armée devait "fournir à son ministère de tutelle certaines informations qui curieusement n’ont jamais existé au niveu du ministère en question" . Croyant faire une trouvaille extraordinaire, Radio Kiskeya cite ces informations secrètes qui sont : l’effectif réel de l’armée, la grille des salaires, l’inventaire des biens meubles et immeubles, la liste détaillée des équipements militaires, armes et munitions. C’est à éclater de rire ! En accouchant de telles inepties, l’auteur de la note de Kiskeya prouve qu’il a une ignorance profonde de l’administration publique. Admettons que l’armée aurait refusé de fournir ces données, le ministère de la Défense n’aurait qu’à s’adresser à celui des Finances pour les avoir. Les officiers de l’armée étaient payés mensuellement par chèques émis par le ministère des Finances. Ce dernier nécessairement devait bien avoir une liste complète pour payer tout le monde. L’armée ne manipulant aucun compte de l’Etat, chaque organisation militaire devait faire une ordonnance avec les noms et grades de tous les enrôles. Ces bordereaux étaient acheminés au Quartier Général qui, après contrôle, les transmettait au ministère des Finances. Ce dernier émettait un chèque global pour chaque organisation militaire pour payer la troupe. Le ministère des Finances, donc le gouvernement, savait exactement l’effectif de l’armée, officiers et enrôlés et la grille des salaires. Comment la grille des salaires pourrait être une information confidentielle puisque les chèques des officiers étaient payés par les caissiers de la Banque nationale. Pour ce qu’il s’agit des biens, chaque organisation militaire avait son compte de biens, meubles et immeubles à la Cour supérieure des comptes. Les nouveaux biens achetés étaient automatiquement ajoutés et ceux qui ne pouvaient plus servir étaient déduits après expertise. Pour ce qu’il s’agit des armes, l’armée n’en faisait pas elle-même l’acquisition. Elle les recevait du gouvernement. Qu’est ce que cela ajouterait à la question si le ministère de la Défense avait ou non l’inventaire des armes et munitions en possession de l’institution militaire. De toute façon c’était l’armée qui les gardait.
Radio Kiskeya a fait une autre trouvaille : le ministère de la Défense allait prendre une mesure encore "plus humiliante pour le commandement militaire en incorporant le budget de l’armée au sien propre et serait le grand patron de l’institution militaire dont il gèrerait les finances." Quelles finances ? Le budget de l’armée de Cent Dix millions de gourdes (110.000.000 gdes) n’était que de fonctionnement. Il comprenait la paie du personnel, le service de mess et l’entretien des postes. Comparons ce budget à celui de la Police nationale à qui on vient d’allouer pour 2006-2007, un montant de 1.875.000.000 de gourdes soit 25 fois celui des FAd’H. L’armée n’avait aucune finance à gérer puisque le budget que lui allouait la République se trouvait dans des comptes auxquels seul le ministère des finances avait accès. Chaque organisation militaire recevait une allocation mensuelle pour l’entretien des edifices dont elle avait la charge, pour le fonctionnement administratif, pour l’entretien du matériel roulant, pour l’achat de combustible, etc. Supposons que le ministre de la Défense de 1991 avait vraiment l’intention de manoeuvrer pour autoriser lui-même les dépenses de chaque organisation de l’armée. Quand l’hôpital militaire, par exemple, voudrait acheter des medicaments ou du coton pour panser les blessures, il devrait s’adresser au ministre de la Défense ? Cette situation serait plus humiliante pour le ministre de la Défense que pour l’armée. Voilà le genre d’aberration que Radio Kiskeya veut naïvement nous faire avaler.
Pour nous conforter dans l’dée de son ignorance de l’administration publique, Radio Kiskeya affirme fièrement que l’armée "traditionnellement ne rend compte "qu’à des cercles restreints du pouvoir politique." De quels pouvoirs politiques parle-t-on ? Les dépenses de chaque organisation de l’armée faisaient l’objet de rapports mensuels qui étaient acheminés à la Cour supérieure des Comptes. Ce contrôle a posteriori est régulier et prévu dans les lois administratives.
En plus de ces considérations concernant l’administration publique, d’autres points du texte de Kiskeya ont retenu notre attention.
Selon Radio Kiskeya, "en écartant ce groupe d’officiers (ceux qui ont été renvoyés le 7 février) Aristide n’avait plutôt fait qu’offrir à Cédras la possibilité d’hégémoniser le commandement militaire." Ceci n’est pas exact car, après le renvoi des officiers, le général Abraham était le commandant en chef et le général Jean Pierre, son assistant. Ces deux officiers n’étaient pas de la promotion de Cédras.
On se demande pourquoi Radio Kiskeya trouve insolite que le commandement de l’armée avait entrepris une "tournée d’inspection des garnisons". N’est-il pas du devoir de tout fonctionnaire civil ou militaire de prendre contact avec les hommes qui dépendent de lui et d’inspecter les biens dont la Nation lui a confié la responsabilité ? Quel autre motif auraient pu avoir ces visites ? Préparer le coup d’Etat en donnant des "consignes militaires" à la troupe ? Allons donc ! Radio Kiskeya pense que le commandement militaire était si naïf qu’il ne soupçonnait pas que Aristide, dans chaque organisation militaire, avait des hommes à lui, des fidèles prêts à rapporter au Chef de l’Etat les propos séditieux répandus parmi la troupe. C’est de l’enfantillage. Radio Kiskeya doit trouver autre chose pour nous convaincre.
Comme Radio Kiskeya nous n’avons aucune idée de ce que le gouvernement d’Aristide a fait de l’argent de Taïwan octroyé à l’armée. Cependant il est intéressant d’apprendre de Radio Kiskeya qu’une somme donnée à une oeuvre de bienfaisance, la Fami Selavi, a été utilisée pour construire le "boulevard du 15 octobre ". En administration cela aussi est un détournement de fonds. Sur la même lancée, Radio Kiskeya devait nous renseigner sur l’utilisation des 16 millions donnés par le gouvernement chinois pour la route de Carrefour.
On se demande pourquoi Cédras, selon Radio Kiskeya, serait gêné de "cotoyer des officiers qu’il avait personnellement poursuivi (sic) en cour militaire à titre d’accusateur". Radio Kiskeya ignore-t-elle que le ministère public dans la justice civile et l’accusateur dans la justice millitaire n’ont pas d’état d’âme ? Il ne s’agit pas d’affaires ou de causes personnelles. L’accusateur s’efforce de faire accepter par la Cour les charges retenues contre l’accusé par l’autorité de convocation. L’accusateur n’a rien contre l’accusé. Il joue le rôle qui lui a été assigné, rôle qu’il abandonne à la fin du jugement. Cet argument de Kiskeya, pour expliquer l’opposition de Cédras à la réintégration d’officiers dans les rangs, est ridicule.
Fritz Pierre Louis a été jugé pour désertion et renvoyé de l’armée. Si Cédras s’était effectivement opposé à sa réintégration, il avait bien raison. Le décret du 10 juillet 1987 cité plus haut, fixe les conditions de réintégration des oficiers renvoyés de l’armée : "Aucun officier révoqué ne pourra réintégrer les FAd’H sauf si la révision d’un jugement permet d’établir que la décision de l’instance légale ayant entraîné son renvoi était entachée d’erreur". (Article 4-34).
La réintégration de Fritz Pierre Louis et de "plusieurs de ses camarades" était donc illégale. Mais comme nous le savions déjà, Aristide ne s’embarrassait ni lois ni de règlements, il voulait toujours imposer sa volonté.
Dans le Dictionnaire biographique des personnalités politiques de Daniel Supplice, nous avons, à la date du 5 juin 1991, trouvé à l’unité du palais national, la trace d’un officier qui avait été réintégré en même temps que Fritz Pierre Louis. Ce qui met à mal une autre assertion de Radio Kiskeya affirmant que Cédras "a dû entériner à contre-coeur des mesures du Chef de l’Etat". C’est plutôt Abraham qui avait procédé à la réintégration des officiers lavalas puisqu’il n’a laissé l’armée que le 2 juillet 1991.
Radio Kiskeya devait nous réserver le clou de son histoire pour la fin. Le 30 septembre n’était autre qu’un plan imaginé par les puissances étrangères, particulièrement l’ambassade américaine dans le but de remplacer...le Premier ministre Préval. Soudain le 30 septembre ne visait plus Aristide mais son subalterne. De quel plan s’agissait-il ? On devait organiser une mutinerie au Camp d’Application et le commandant en Chef devait demander au Premier ministre d’aller solutionner le problème. Et là, devait se perpétrer l’acte supême. On s’imagine la scène. Le Premier ministre atteint, agonisant, tournerait ses yeux mourants vers le commandant en chef et à la manière de César lui reprocherait : "Tu quoque, fili ! ". Radio Kiskeya nous fait savoir que le crime n’a pas eu lieu car, les militaires, "habiles stratèges" allaient "rapidement transformer la mutinerie en coup d’état". Radio Kiskeya précise que les puissances étrangères n’étaient pas seules dans l’affaire, il y avait aussi les "secteurs traditionnels", " les puissances d’argent" et aussi l’opposition d’où devait sortir le nouveau Premier ministre. Les clichés habituels, quoi !
En écrivant cette version vraiment tirée par les cheveux Radio Kiskeya doute de la capacité d’analyse de ses lecteurs et auditeurs. Le meilleur moyen trouvé par la toute-puissance américaine était une mutinerie. Réellement c’est pitoyable. De plus Radio Kiskeya croit vraiment que le commandant en chef de l’armée pouvait demander au Premier ministre de se rendre à un poste militaire. Qui dépendait de qui ?
Radio Kiskeya continue dans son délire en relatant l’étonnement du colonel Sylva de voir arriver au Quartier Général Aristide et non Préval. Faut-il rappeler que Sylva était l’assistant du Commandant en Chef. Cependant, numéro 2 de l’armée, Sylva ignorait le plan du commandement mais s’attendait à voir exécuter celui de l’ambassade américaine. Que veut insinuer Radio Kiskeya ? Sylva était-il au service des américains ou de son pays ?
Le récit de Kiskeya continue, relatant que, Sylva, fâché, "tenta de contraindre ses subalternes à adopter l’attitude requise face au Chef de l’Etat." Alors, le film continue : les subalternes "ouvrir (sic) le feu en sa direction". Puis c’est la fuite sous le feu des soldats, puis l’exil. Rappelons que dans la liste des militaires qui rencontrèrent à l’aéroport international la délégation de l’OEA arrivée après le départ d’Aristide pour le Vénézuéla, Sylva figure en deuxième position. Alors Radio Kiskeya peut-elle nous expliquer comment Sylva réfugié en terre étrangère se trouvait en même temps en Haïti. Il avait peut être le don d’ubiquité.
Radio Kiskeya semble vouloir nous faire croire qu’une rupture surgit entre les deux "marassas". En effet, Préval, prévenu du plan contre lui, "se mit à couvert pendant tout le week-end" et ne devait répondre "à aucune sollicitation venant de qui que ce soit ". Même pas d’Aristide ? Ce n’est un portrait très flatteur que Radio Kiskeya fait de Préval. Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la Défense, il se terre, se cache, fuyant ses responsabilités, laissant se développer une situation dangereuse pour le pays alors qu’il est responsable de la sécurité de la population. Il abandonne aussi son président à son sort. Décidément, Radio kiskeya en fait !
Pour terminer nous voulons faire deux remarques. La première concerne le capitaine Fritz Pierre Louis. Radio Kiskeya qui voulait le camper comme un héros, termine par donner une image peu professionnelle de cet officier. En effet, "chef de la garde rapprochée du président, il confia à un fonctionnaire qu’un coup se tramait". Quelle irresponsabilité de parler aussi légèrement d’un sujet de sécurité nationale à un fonctionnaire qui pourrait bien faire partie de ceux qui fomentaient le complot. Encore plus, se trouvant à Tabarre avec le président, Fritz Pierre Louis confia au téléphone...à un ami que le chef de l’Etat ne pouvait prendre une décision. Encore pire, violant les règles élémentaires de la sécurité, il révéla aussi à cet ami, l’effectif de cent hommes, civils et militaires, dont il disposait pour défendre le chef de l’Etat. De grâce, laissez dormir en paix ce citoyen.
Notons en passant la présence de civils armés à Tabarre. La mise en place des chimères avait-elle déjà commencé ? Radio Kiskeya oublia de nous dire ce qu’il advint de ces cent hommes prêts à défendre Aristide, quand le chef de l’Etat se trouva seul au Palais national après avoir été tiré de son repaire sécurisé de Tabarre par l’ambassadeur Dufour qui le livra poings et mains liés aux militaires puschistes.
La deuxième remarque concerne la raison qui porterait Cédras à se soulever contre Aristide. Radio Kiskeya n’en dit rien, ne rapportant que les racontars de proches d’Aristide. Le général, chef de l’armée, bénéficiant de la confiance du prêtre-président, se réveille un jour et prend Aristide en grippe. Radio Kiskeya rapporte la grande ascendance que le commandant en chef semblait avoir sur Aristide. Pourquoi, un officier ayant tant de pouvoir déciderait-il de tenter un coup avec "un petit groupe de militaires" contre Aristide et Préval avec lesquels il n’avait "aucun contentieux" ? Aucune explication logique ne nous est fournie par Kiskeya qui ne semble pas non plus s’y intéresser. Nous avons lu la version de Kiskeya, il serait intéressant d’avoir d’autres opinions. Ceux qui ont fréquenté Cédras, civils et militaires, nous ont rapporté sa pondération et son intransigeance quant au respect des normes, des lois et des règlements. Pourquoi deciderait-il de s’attaquer à un pouvoir sorti d’ élections qu’il a aidé à réaliser ? Aristide et Préval ont-ils, eux, respecté les lois, les règlements de l’armée ? Ont-ils piétiné les prérogatives de l’institution militaire consacrées par la Constitution ? Il nous manque vraiment des éléments importants pour expliquer le 30 septembre.
Le coup du 30 septembre est le bouc émissaire idéal pour tous ceux qui veulent occulter leur laxisme ou expliquer leurs résultats peu probants ou cacher leur incompétence ou leur paresse. Le président de la chambre des députés, industriel diplômé de son son état, dans une interview, n’hésite pas à dire que "le coup d’Etat du 30 septembre 1991 contre Aristide a tué les espoirs d’un changement social dans le pays". En le déclarant il a oublié que le chef de Lespwa, son parti, avait passé cinq ans au pouvoir après le 30 septembre. Alors qu’est ce qui lui a empêché de faire revivre les espoirs de ce changement social ? Un journaliste de " Le Nouvelliste" dans un reportage sur la ville de Jérémie nous dit que c’est à partir du coup d’Etat du 30 septembre que cette localité a commencé à vendre du bois et du charbon. Comme conséquence, à l’époque des pluies, la rue Destinville Martineau se tranforme en rivière. Commentant l’article avec un Jérémien d’un certain âge, ce dernier a éclaté de rire. Il me raconta que, bambin à l’école primaire à Jérémie, les classes étaient suspendues car les élèves habitant le bas de la ville ne pouvaient assister aux cours quand la ravine Madan Codo transformait la rue Destinville Martineau en rivière. Le journaliste est de mauvaise foi ou s’est informé auprès de Jérémiens d’adoption, récemment installés dans la ville.
Radio Kiskeya dit vouloir fournir des "pistes de recherche" pour une étude plus approfondie sur les événements du 30 septembre. En vérité, si nos chercheurs devaient se fier à ce genre d’informations, c’est une drôle histoire d’Haïti que nos descendants devront apprendre. Il serait plus rentable de lire le livre de Déjean Bélizaire, l’un des acteurs de ces événemets qui nous fournit son témoignage et des documents importants.
N. B. Que Radio Kiskeya ne s’avise pas de m’affubler du titre de militaire. Je ne le suis pas. Je ne suis qu’un chercheur curieux et fouineur qui n’accepte pas de gober n’importe quoi. Et je suis surtout un citoyen fatigué de la propagande et de la désinformation lavalas.