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Derniers mots à "Jude Simon" et à son "admirateur" Gérard Etienne

Publié le vendredi 6 octobre 2006

On voit bien de « quel bon air vif et piquant » se nourrissent certains « intellectuels » du pays au fait que l’un d’entre eux, Gérard Etienne, manifeste une rare complaisance par rapport au texte de “Jude Simon” qu’il qualifie de « magnifique » par le simple fait qu’il relève beaucoup plus de la polémique que du documentaire.

A regarder de près, le texte en question n’apporte rien de neuf sur le coup d’Etat de 1991, sinon qu’il ne fait que remettre en question des faits et versions que, en toute honnêteté, l’auteur de l’article de KISKEYA a cru bon de mettre à la disposition des historiens et des chercheurs. Quelle est donc la version de “Jude Simon” de ce qui s’est réellement passé les 29 et 30 septembre 1991 ? Quelle est sa contribution à la connaissance des faits ? Cette contribution se réduit-elle à dénoncer la « propagande lavalassienne » ou à présenter Raoul Cédras comme « l’un des plus honnêtes et brillants intellectuels de l’histoire nationale » ?

Là réside la question. Il faut des faits et rien que des faits. Les opinions viendront après. Le « témoignage tordu » auquel vous vous référez ne comporte aucun jugement, encore moins des « erreurs d’évaluation », comme vous le prétendez. Exercez davantage votre « haute intellectualité », Messieurs, et vous vous en rendrez compte par vous-mêmes.

Quant à la réplique de “Jude Simon” à la mise au point de KISKEYA, elle ne donnera pas lieu à davantage de polémique, maintenant que la mauvaise foi justifiant sa démarche est prouvée par son dernier argumentaire. Quand la mauvaise foi s’y mêle, la meilleure logique s’avère tout à fait inefficace.

Si quelqu’un rapporte que Jean Bertrand Aristide a « ordonné » la réintégration d’officiers révoqués, est-ce, de sa part, une prise de position en faveur d’Aristide ? Prend-il position contre les prescrits de la Constitution sur le statut du chef de l’Etat par rapport à l’armée ? Mauvaise foi, Messieurs !

Quand un journaliste choisit d’identifier certaines personnes et décide de ne pas en faire autant pour d’autres, son seul motif doit être de vouloir mettre à nues les premières et de protéger les secondes ? Simplisme et mauvaise foi, Messieurs !

Quand, à court d’arguments après la mise au point de KISKEYA, ne pouvant point réfuter les différents points contenus dans ladite mise au point, “Jude Simon” laisse de côté la question du coup d’Etat pour s’en prendre maintenant au média par des critiques portant sur des articles de notre rédaction relatives à d’autres questions, la volonté de nous « coincer » devient plus qu’évidente. Dans ces conditions, notre bonne volonté d’argumenter et de débattre sereinement ne nous mettra pas à l’abri d’une telle mauvaise foi.

Vous pourrez alors toujours trouver la coquille qu’il vous faut. Car, on ne prétend pas être parfait. L’exemple de J.E.B. que vous avez donné est en ce sens édifiant. Néanmoins, qu’est-ce qui vous autorise à croire, sinon vos préjugés, que l’omission a été délibérée ? Seriez-vous prêts à proclamer que toute omission, généralement quelconque, est volontaire et fautive ? Nous voilà donc en présence de nouvelles théories sur la communication et la psychologie, « pour les besoins d’une cause ».

Concernant l’omission suspecte, selon vous, du nom de Jean-Claude Jean-Baptiste, dans un article relatif à l’affaire Sylvio Claude, on est en droit de croire qu’il n’y a pas longtemps que vous nous suivez. L’intéressé lui-même éclaterait de rire à vous entendre dire que KISKEYA le ménage. Car, il n’est pas prêt d’oublier tout le travail journalistique qu’on a déjà fait le concernant, comme délégué du Sud, en relation avec l’assassinat de Sylvio Claude. Il n’oubliera pas aussi, de si tôt, toutes les protestations contre sa nomination au poste de Directeur Général de la Police diffusées par cette station.

En bons intellectuels, consultez les archives, Messieurs !

Sur ce, permettez qu’on prenne définitivement congé de vous. Nous concédons ne rien pouvoir contre tant de suffisance, d’arrogance et de mauvaise foi. Le mieux, pour nous, est de poursuivre humblement notre quête de vérité et de contribuer aux vrais débats d’idées pour l’avancement du pays. Ce n’est malheureusement pas à cela que nous convient vos élucubrations.

Soyez donc, Messieurs, fiers de l’étendue de vos connaissances et continuez à vous admirer mutuellement.[jmd/RK]

Pour votre édification, suivent les textes respectifs de Gérard Etienne et de “Jude Simon”.

Pour une compréhension de l’ensemble du dossier, référez-vous à notre article de samedi sur le coup d’Etat du 30 septembre 1991, puis à celui intitulé « Remarques à “Jude Simon” qui dit n’être pas un militaire, mais qui en a bien l’air » à la rubrique Edito de notre site internet www.radiokiskeya.com

Note du Dr Gérard Etienne à “Jude Simon”.

Ouf !Quel bon air vif et piquant respiré à pleine poitrine ce magnifique texte de “Jude Simon” contredisant ainsi toutes les désinformations d’Aristide et de son mouvement terroriste.Je le confesse sans réserve:je pensais que j’étais le seul à pouvoir contrer, dans une vingtaine d’articles publiés dans HAITI-OBSERVATEUR et dans un livre L’INJUSTICE, LA DÉSINFORMATION ET LE MÉPRIS DE LA LOI tout un monde de fripouilles qui auront utilisé les mensonges et la désinformation comme outils de démembrement d’une de nos fondamentales institutions, .Je devrai, dès aujourd’hui, neutraliser mes pulsions de journaliste d’enquête.Car voici “Jude Simon”. C’est vrai qu’il dispose des mêmes données représentées dans mon enquête pour la rédaction de mon rapport à l’UNION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES ET DE LA PRESSE FRANÇAISE A PARIS, rapport publié dans Haïti-Observateur, Washington Post,et à CNN. Mais ce qui fait la force, je devrais dire la densité du texte de Simon,c’est sa pondération.A aucun moment l’homme ne s’adresse pas à un ennemi mais tout simplement à quelqu’un qui aura produit un texte dont les données renvoient aux clichés lavalassiens entendus depuis la dissolution des FAR’H.En termes précis Simon relève toutes les failles d’un témoignage tordu, toutes les faiblesses d’un discours anti-journalistique ( il s’agit d’un médium populaire ) qui ne peut ni émouvoir ni persuader par ce que j’appelais dans mes classes de journalisme le subjectivisme. Bien sûr auteur du démolisseur de l’Armée est trop lâche pour admettre ses erreurs d’évaluation subjective d’une institution qu’il ne connaît pas. Sauf qu’à sa place je remercierais humblement “Jude Simon” pour avoir placé un évènement sur d’autres angles que ceux du salissage de l’un des plus brillants ( sur le plan intellectuel ) et des plus honnêtes de notre histoire nationale,le général Raoul Cédras.
Dr Gérard Etienne.

Note à Radio Kiskeya
“Jude Simon”

4 octobre 2006
J’avais pris note de votre texte concernant mes réflexions sur votre version des événements du 30 septembre. Si je n’y ai pas répondu tout de suite c’est que je devais assister un ami et l’aider à racler des fonds de tiroirs pour payer une rançon afin de récupérer sa fille mineure enlevée par des hommes armés. Un quotidien précaire, incertain et angoissant ne nous permet pas toujours d’être maîtres de notre temps, et parfois de notre vie.

Même s’il a été transmis de façon cavalière, je vous remercie pour le renseignement concernant les initiales au bas de vos articles. Ne connaissant ni les rédacteurs, ni les cadres de votre agence, votre indication ne me sera pas d’une grande utilité et les auteurs de vos articles resteront toujours pour moi des anonymes. Je ne vais pas m’amuser à coller des noms à des initiales. Je préfère essayer de répondre à vos interrogations, vos doutes et vos questions.

J’ai pris acte de votre décision de ne pas révéler l’identité de vos informateurs qui "occupent aujourd’hui encore de hautes fonctions". C’est votre choix et votre droit. Mais je m’interroge encore sur le motif avancé. Il me semble que vous révelez les noms de ceux sur lesquels vous voulez taper et omettez l’identité de ceux que vous voulez protéger pour une raison ou une autre. En effet, dans une courte dépêche de votre agence je lisais la semaine dernière que vous mettiez sur le dos de vagues "inconnus armés" la mort aux Cayes du Pasteur Sylvio Claude, leader du PDCH. Comment avez-vous pu oublier que la responsabilité de cet acte a été attribuée au Délégué du Sud de 1991 qui, dit-on, dirigeait personnellement les opérations. Certains possèdent encore les photos de ce drame. Vous pouvez me demander pourquoi on ne porte pas plainte contre lui. Vous devez savoir autant que moi que la justice est à deux vitesses en Haïti. On condamne certains sans indice réel, sur simple dénonciation ou selon la clameur publique. D’autres sont relâches malgré des certitudes probantes. Vous pouvez encore répliquer que vous n’avez pas de preuves concernant la participation de ce délégué à cet assassinat. Ce serait de la mauvaise foi. Dans votre version sur le 30 septembre vous tenez pour vrai tout ce que vos informateurs vous ont révélé, vous ne mettez jamais en doute le moindre détail fourni. Cela ne vous empêche pas de publier leurs dires en absence de preuves. Pourquoi faudrait-il des preuves pour certaines choses et certaines personnes et pas pour d’autres ? Dans un autre article de Kiskeya signé spp, son auteur semi-anonyme s’acharne sans aucun scrupule sur le cadavre de Luckner Cambronne. ( N’allez pas dire que je défends Cambronne, je ne le connais pas ). L’auteur de l’article rappelle, entre autres choses, le commerce du sang qu’il avait organisé. Il arrive à dénicher un associé français de Cambronne. Curieusement, le nom de J.E.B., son principal associé haïtien dans ce commerce macabre n’a pas été mentionné. ( A votre tour, apprenez à déchiffrer les initiales ). Avez-vous choisi de ne pas le citer parce qu’ il a traîné sa bosse à travers les deux régimes d’Aristide et ceux de Préval ? Ou le cotoyez-vous dans les réunions d’un certain cercle ?

Je questionne le sens de cette phrase : " “Jude Simon” qui dit n’être pas un militaire mais qui en a bien l’air ". Cela vous étonne qu’un citoyen haïtien puisse parler de l’armée, de son histoire ou de son administration ? Faites preuve d’une plus grande ouverture d’esprit. L’armée est une institution nationale. Tout un chacun a le droit de s’y intéresser et de l’étudier comme d’autres ont une passion pour l’histoire de la Banque nationale, de la Presse ou du Parlement. Un médecin très connu pourrait sur la question militaire nationale faire la leçon à vous, à moi et à beaucoup de militaires. On ne peut empêcher aux citoyens de s’intéresser aux sujets de leur choix ou qui ont une importance pour leur vie. Un jour, un ami m’ invita chez lui. Il entoura mon arrivée dans sa demeure de mille précautions. Dans sa maison désertée par le personnel, il me montra des vidéos, il me fit entendre des extraits de discours de leaders politiques et de bulletins de nouvelles de médias, il me fit lire des coupures de journaux, il me fit feuilleter un album gonflé de photographies. Le thème central de cette impressionnante collection était le Père Lebrun, le supplice du collier. Mon ami a collecté durant des années tout ce qu’il a pu trouver sur le sujet. Ce jour-là, j’ai entendu la voix de journalistes réputés banalisant cette abomination, j’ai vu un homme, devenu célèbre par la suite, immoler par le feu un certain Gro Shiller, j’ai entendu un gouvernant recommander l’usage du père Lebrun et un prêtre qui voulait en faire un évêque. Il ne faut pas s’empresser d’accuser mon ami d’obsession morbide ou d’être un " lebruniseur ". Apès avoir tout vu, tout entendu, je me suis tourné vers lui pour lui demander ce qui l’avait poussé à monter sa collection. Le visage ravagé, baigné de larmes, caché en partie par la pénombre de l’après-midi finissant, il me répondit dans un souffle : "Mon père, un commerçant paisible, a subi le supplice du père Lebrun. Je ne sais toujours pas pourquoi et je ne sais qui me rendra justice ".

Comme dans toute administration, il y avait peut être des malversations dans l’armée. C’est vous qui l’affirmez. Je n’en sais rien. Vous semblez douter du même coup de l’efficacité des services du ministère des Finances. Je me souviens du désespoir d’un ami, commandant d’une unité militaire, attendant le chèque pour payer les hommes sous ses ordres. Il se plaignait de la rigueur et de la minutie de M. Vertus qui était, à un certain moment, chargé à ce ministère de la vérification des ordonnances. Elles étaient passées au crible. Vu la complexité de l’administration et le chemin parcouru par un bordereau de décaissement, il faudrait une grande complicité entre l ’officier ordonnateur, les services au quartier général et les instances des Finances pour réaliser un tirage indu de fonds. Ce ne serait pas une malversation mais un réseau. Pour ce qu’il s’agit de l’argent alloué pour l’entretien, pour les biens et équipements ou pour le mess, il se peut bien que certains commandants aient retenu une partie pour leur poche. Dans tout groupe social, dans toute organisation il y a et il y aura toujours des malhonnêtes. Il revient à l’Etat d’appliquer les contrôles prévus ou de les mettre en place. A vous lire, on se demande si vous pensez réellement qu’une organisation militaire était en mesure de faire l’acquisition de biens, comme acheter un véhicule par exemple ? Vous vous fourvoyez. L’armée n’avait ni le budget, ni les avantages de la Police nationale qui a reçu en une seule année fiscale 2.372 véhicules. Vous semblez croire que les allocations allouées aux organisations militaires étaient des sommes faramineuses. Vous devez pouvoir encore trouver un budget ventilé de l’armée. Vous seriez certainement très déçu de constater l’indigence dans laquelle évoluait l’institution militaire. Cent dix millions de gourdes (Gdes 110.000.000) à l’année pour payer 7.000 hommes, pour leur donner à manger, pour faire fonctionner l’hôpital militaire, des cliniques dans chaque organisation de la capitale et en province, un garde-côtes, un service de communication, une aviation, une académie pour les officiers, un camp d’entrainement pour les enrôlés, un service de génie, un service de transports, toutes les prisons du pays, un corps des pompiers, une école secondaire, des fanfares, etc. Ces données je les ai trouvées dans un article publié par le Dr. Gérard Etienne, éminent linguiste haïtien et auteur de nombreux livres traduits en plusieurs langues. Vous voyez, quand on s’intéresse à une institution ou quand on veut ecrire sur un sujet, on peut et on doit trouver les renseignements s’y référant. Le ministère de la Défense de 1991 voulait contrôler les fonds de l’armée, dites-vous. C’est dommage qu’il ne l’avait pas fait car le gouvernement se serait rendu compte de la nécessité d’augmenter substantiellement le budget de l’institution militaire. Pour ma part je ne rabaisserai jamais la tâche d’un ministre à rechercher quelques "chèques zombis" qui pourraient exister ou quelques " morts". J’ai une plus haute idée de la fonction.

C’est toujours difficile de voir ses paroles travesties. Traitant du rapport entre l’armée et le ministère de la Défense, je n’ai jamais dit que des données avaient été refusées audit ministère. Comment pourrais-je le savoir ? Relisez le texte. La phrase commence par "Admettons". Ce qui est une hypothèse et non une affirmation. C’était simplement pour faire ressortir le caractère secret que votre texte attribuait à des données qui en réalité se promenaient dans plusieurs administrations de l’Etat.

Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille continuer à discuter des procédures administratives de l’armée. J’ai mes données et vous avez les vôtres. Nous risquons de tourner en rond au long d’échanges stériles. Nos passes d’armes ne feraient qu’amuser certains et ne seraient d’aucun profit ni pour vous, ni pour moi, ni pour ceux qui sont intéressés à faire avancer les débâts dans notre pays. Permettez-moi seulement de vous rappeler que la Cour supérieure des Comptes est l’organe chargé par la Constitution du "contrôle administratif et juridictionnel des recettes et dépenses de l’Etat". Je ne crois pas que l’armée ait décidé elle-même de rendre compte de sa gestion à la Cour des Comptes. C’était la procédure établie depuis très très longtemps. Je ne suis pas responsable de cela, vous non plus. De plus, le fait par cet organe de recevoir les rapports sur les dépenses de l’armée, n’en faisait pas l’entité " gérant" l’institution militaire. Votre extrapolation est hâtive. Pour ce qu’il s’agit de mon opinion concernant le dysfonctionnemet d’un ministère à cause de l’absence de loi organique, je la maintiens. Comment, d’après vous pourrait-on arriver à faire l’articulation de deux ministères fusionnés sans une nouvelle loi organique ? Si c’est le cas, vous avez raison en disant qu’en Haïti il n’y a pas de "correspondance directe entre les lois et les réalités", et c’est dommage.

Vous me reprochez de ne pas parler de la réquisition du colonel Arné. Je ne puis rien vous répondre à ce sujet. Je n’en sais rien. Tout au début de mon texte du 1er octobre, j’ai mis cette phrase : " Il reviendra aux acteurs des événements du 30 septembre de prendre la responsabilité de leur version des faits". Je ne puis parler à leur place. Vous affirmez que la non-réception de ces armes et munitions explique la défection de la garde présidentielle lors des événements du 30 septembre. D’après vous, les unités du palais ne pouvaient rien faire contre un "seul char" et un petit groupe de militaires. Je crois que vous ne savez pas de quoi vous parlez. Si je ne me trompe, il y avait un bataillon au palais. Un bataillon, c’est 600 hommes et plus. Selon vous, 600 hommes armés de fusils automatiques, de grenades, de mitrailleuses 50 et de mortiers ne pouvaient faire face à "un petit groupe de militaires " et à un véhicule blindé (l’armée n’avait pas de char). Vous avez cependant laissé comprendre que les cent hommes du capitaine Fritz Pierre Louis étaient prêts à repousser les assaillants.

Je ne sais pas si le cas des "officiers politiques" (je ne connais pas le sens de cette appellation) avait été traité directement par Cédras. C’est possible. Mais je doute de votre conclusion. Si l’information est venue de l’un des concernés avec lesquels vous aviez des "liens particuliers" , je vous dis sans ambages que ce "concerné" ne comprenait pas grand-chose au mécanisme de fonctionnement d’un commandement militaire. Même si le dossier avait été remis à Cédras pour étude, il revenait au chef de l’armée, le général Abraham, de prendre la décision finale. Comment imaginer qu’un chef d’Etat-major aurait pu empêcher au commandant de l’armée de réintégrer des officiers. A moins que vous vouliez insinuer que le général Abraham, jouant à cache-cache avec le président, lui faisait croire qu’il n’était pour rien dans l’affaire.

Pour ce qu’il s’agit du colonel Sylva, comme vous l’avez précisé, il est vivant et pourra expliquer sa conduite. Je ne puis le faire à sa place.

J’ai été stupéfait de lire sous votre plume la phrase suivante : "... par instruction écrite, le chef de l’Etat a invoqué son titre de chef suprême des Forces armées d’Haïti pour ordonner la réintégration immédiate des officiers concernés". Aristide et vous, vous vous êtes trompés d’époque. La constitution de 1987 fait du président le chef nominal des forces armées (article143) . Ce statut de chef de l’armée, conféré au président à partir de Sténio Vincent et transformé en chef suprême et effectif sous Duvalier père et fils, a été modifié par notre charte de 1987. On sent de la satisfaction chez vous quand vous insistez que le président a écrit pour "ordonner la réintégration immédiate des officiers concernés". Qu’est ce qui lui en donnait le droit ? La constitution lui a enlevé cette prérogative en précisant qu’il ne les (forces armées) commande jamais en personne. (article 143). Cela veut dire que l’octroi de grades, les nominations, les désignations de postes, les renvois, les transferts, les réintégrations, en résumé l’administration interne de l’armée ne dépend plus du président depuis la publication de la constitution de 1987. En ordonnant la réintégration de ces officiers, Aristide ne faisait que violer une charte qu’il avait juré de respecter et de faire respecter. Pour ne laisser aucun doute sur la question, les constituants ont renchéri avec l’article 264.1 : "Les forces armées sont commandées effectivement par un officier général.." Les grades, les transferts, les nominations, les renvois, les réintégrations relèvent donc uniquement du chef de l’armée. Selon la constitution, la seule intervention du président dans l’institution militaire se limite à la nomination du commandant en chef. Ne m’accusez surtout pas d’avoir rédigé le Titre XI de la constitution de 1987 traitant de la force publique. Il faut questionner les constituants qui ont voulu faire de l’institution militaire un corps autonome pour la protéger de la politique. Ils n’ont même pas prévu un ministère de tutelle pour les Forces Armées comme c’est pour le cas de la Police qui dépend de la Justice. Vérifiez votre Constitution. Dans ce dossier, le président violait en même temps les règlements des FAd’H. Fritz Pierre Louis et d’autres avaient été jugés par cour martiale et renvoyés. Le président Aristide n’avait aucun droit de les faire réintégrer sans respecter la procédure prévue par la loi. Faut-il encore vous rappeler cet article du décret du 10 juillet 1987 :
"Aucun officier révoqué ne pourra réintégrer les FAd’H sauf si la révision d’un jugement permet d’établir que la décision de l’instance légale ayant entraîné son renvoi était entachée d’erreur."

Vous conviendrez avec moi que le président de la République n’est pas au-dessus des lois. Vous ne direz pas comme le Père Adrien que Aristide était au-dessus de la Constitution puisqu’il avait été choisi par le peuple ?

Involontairement peut être, vous avez enfin donné une piste de recherche à nos chercheurs qui devront, entre autres choses, déterminer la part de responsabilité des gouvernants dans les conflits ouverts ou latents qui les ont opposés à l’armée et qui ont pu être des facteurs non négligeables amenant aux événements du 30 septembre. Notez le conditionnel employé. Je n’affirme rien.

En parlant de désinformation et de propagande lavalas, je ne visais pas Radio Kiskeya ou ses membres. Je pensais que vous auriez saisi la nuance. Je me référais aux informations se trouvant dans votre texte. Beaucoup de ceux qui parlent du 30 septembre répètent et ressassent ce qu’ils tiennent des cercles lavalassiens, même si aujourd’hui beaucoup d’entre eux et de leurs informateurs ont déserté le camp lavalas. Peu de livres ont été écrits sur le sujet, mais tous ne font que reprendre les mêmes racontars farfelus des proches d’Aristide, tout en étant dans l’impossibilité de produire le moindre document.

Votre paragraphe final m’a particulièrement étonné. Vous ecrivez : " Nous nous contentons de mettre en garde les lecteurs contre la subtilité de certaines prises de position dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles sont, en apparence, si savamment bien charpentées qu’elles peuvent induire en erreur plus d’uns (sic) ". C’est énorme ! Vous n’avez à mettre personne en garde. Après le parti unique, vous voulez nous imposer la pensée unique. Laissez aux citoyens la liberté de juger par eux-mêmes. On aurait presque l’impression qu’on n’a pas le droit de discuter de vos propos. Avez-vous l’intention de confisquer la parole ? Le syndrome du prêtre en chair vous menace. Vos lecteurs et auditeurs ont le droit de penser par eux-mêmes et de penser librement. Ne mettez pas en doute leur intelligence et leur maturité.

P.S. Je vous prie de corriger une erreur qui s’est glissée dans mon texte du 1er octobre. Le budget de la Police nationale est de 2.785.174.852 gourdes et non de 1.875.000.000 gourdes comme mentionné. C’est quand même 25 fois le budget de 110.000.000 gourdes de l’armée.