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Petite chronique du coup d’Etat de 1991

Les contentieux entre Aristide-Préval et Raoul Cédras ?

Publié le mercredi 5 mai 2004

Au cours d’un precedent survol de certains faits ayant precede le coup d’Etat, on a démontré que le general Cédras était bien au courant de l’entreprise et même qu’il y a pris une part active. On en était arrive au stade où il fallait tenter d’identifier les principaux griefs de l’officier par rapport à un régime envers qui il aurait pourtant dû avoir la plus haute reconnaissance pour sa nomination au poste de commandant en chef, même par interim.

A ce sujet, il importe d’entrée de jeu de préciser que, contrairement à ce que plus d’uns pensent, aucun contentieux n’a jamais existé entre Aristide-Préval et Raoul Cédras au sujet du coup de balai opéré au sein du haut commandement militaire par l’élu du 16 décembre lors de son discours d’investiture.

D’aucuns prétendent en effet à tort que le prêtre-président avait soulevé le courroux des militaires dès sa décision spectaculaire, le jour de sa prestation de serment le 7 février, de renvoyer la plupart des membres du Haut-commandement, d’ailleurs présents au Palais en tenue de gala. Il n’en est absolument rien. Les informations recueillies auprès d’acteurs clés laissent croire que la liste des changements à opérer était soumise par le colonel Raoul Cédras en personne, au cours de plusieurs réunions avec des conseillers du président élu, c’est-à-dire avant l’investiture. L’un de ces conseillers devait par la suite remplir par la suite la fonction de secrétaire d’Etat à la sécurité publique au sein de l’un des nombreux gouvernements lavalas. Il était alors clairement entendu, qu’en raison de ses bons et loyaux services à l’occasion de la supervision des élections de 1990, le colonel Cédras serait promu brigadier général et chef d’Etat major général par intérim des FAD’H. Une proposition soutenue alors par de nombreux proches du pdt élu, dont un influent journaliste.

En écartant ce groupe d’officiers, Jean Bertrand Aristide n’avait fait qu’offrir à Cédras la possibilité d’homogénéiser le commandement militaire, les postes-clés devant être désormais occupés, exclusivement, par les members de la promotion duvalieriste de 1973 de l’Académie militaire à laquelle appartenait justement le commandant en chef par interim. A partir de ce moment, il avait véritablement les coudées franches pour diriger et/ou pour mener des actions destabilisatrices contre tout pouvoir civil.

Le coup de balai du 7 février 1991, en éliminant les contradictions et les rivalités de promotion et/ou de generation au sein du haut commandement militaire, a-t-il été une mesure intelligente ? N’était-il pas déjà révélateur d’un mateurisme de mauvais aloi qui allait par la suite présider à l’adoption de nombreuses autres measures maladroites et catastrophiques dans d’autres domaines ?

S’il faut parler de griefs du général contre le pouvoir du 16 décembre, il faut signaler, par ordre d’importance, un ensemble de faits. Des dispositions prises au niveau du ministère de la défense ont été particulièrement mal accueillies par le haut commandement. Dans le cadre des réformes envisagées, ledit ministère a entrepris avec audace de casser une très forte tradition, celle faisant de l’armée une entité indépendante de toutes les autres. Désormais, l’armée devait représenter tout simplement un service déconcentré du ministère de la défense. A ce titre, l’armée devait désormais, de façon réglementaire fournir au ministère de la défense des informations qui, curieusement, n ’ont jamais existé au niveau du ministère en question. Quelles sont ces informations ? L’effectif réel de l’armée, le ministère de la défense ne l’a jamais su, / la grille des salaires au sein de celle-ci/ l’inventaire des biens meubles et immeubles de l’armée/ la liste détaillée des équipements militaires, armes et munitions. La mesure encore plus humiliante, du point de vue du haut commandement, était celle qui l’enjoignait à soumettre désormais son projet de budget au ministère de la défense qui l’incorporerait dans le sien propre et deviendrait du même coup le grand patron de l’institution militaire en gérant les finances de celle-ci. Il s’agissait alors d’une réforme scandaleuse du point de vue des militaires habitués à gérer eux-mêmes leur budget et n’ayant traditionnellement des comptes à rendre qu’à des cercles restreints du pouvoir politique. Il ne fallait pas que cela passe !

Autre contentieux. Le dossier des réintégrations massives d’officiers chassés de l’armée ou l’ayant déserté, pour diverses raisons. Cédras a dû à contre-cœur entériné des mesures en ce sens du chef de l’Etat, acceptant ainsi de cotoyer des officiers qu’il avait personnellement poursuivi en cour martiale à titre d’accusateur. C’est le cas du capitaine Fritz Pierre Louis et de plusieurs de ses camarades. Le commandant en chef avait vainement fait prévaloir que certains des officiers en question avaient fait l’objet de condamnation par contumace et que leur réintégration devait représenter un dangereux précédent.