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Haïti-Afrique-Cinéma

Le réalisateur haïtien Arnold Antonin lauréat de deux Prix au FESPACO 2007, au Burkina Faso

Le président a-t-il le Sida ? décroche notamment le Prix du meilleur long métrage de la diaspora africaine au plus grand festival de cinéma d’Afrique


Le film haïtien "Le président a-t-il le Sida ?" du réalisateur Arnold Antonin a raflé deux Prix lors de la 20e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui s’est achevé samedi soir dans la capitale du Burkina Faso, a annoncé le site officiel de la plus prestigieuse manifestation cinématographique du continent noir.

Dans la catégorie intitulée Compétition long métrage de la diaspora africaine, le cinéaste haïtien a remporté le Prix Paul Robeson doté d’une bourse de 2.000.000 de francs CFA et d’un trophée monument. Le Prix lui a été remis par le ministre togolais de la culture, Gabriel M. Dosseh-Anyron.

Arnold Antonin a également obtenu le Prix spécial du comité national burkinabè de lutte contre le Sida et les infections sexuellement transmissibles (IST), d’une valeur de 2.000.000 de francs CFA plus un trophée. Une récompense pour l’actualité et le caractère dramatique du sujet.

Le président a-t-il le Sida ?, dont les premiers rôles masculin et féminin sont interprétés respectivement par l’acteur haïtien évoluant à Hollywood, Jimmy Jean-Louis et la jeune Gessica Généus, est sorti en salle à Port-au-Prince en été 2006. Il jette un regard interrogateur sur la culture dominante des villes haïtiennes à travers l’histoire d’un macho, superstar du Compas, la musique populaire, qui a contracté le virus du VIH en multipliant les conquêtes féminines.

Interrogé dans le cadre de l’émission Cinéma d’aujourd’hui/cinéma sans frontières de Radio France Internationale (RFI), peu avant l’attribution des Prix, Arnold Antonin avait regretté avoir parcouru sur deux jours des milliers de kilomètres pour une seule projection de son œuvre dans le cadre du festival. Il avait aussi modestement reconnu que le cinéma haïtien en est encore à ses débuts.

"Je suis content mais, je ne suis pas trop fier. Car, ce que nous faisons en Haïti est encore dérisoire par rapport aux films que réalisent les africains", a confié le réalisateur qui en a profité pour faire un diagnostic de l’évolution des pratiques et de l’environnement cinématographiques du pays. Il a mis en garde contre des dangers qui menacent l’avenir du 7e art, l’insécurité sociopolitique qui pousse le public à déserter les salles, le piratage sauvage qui ne laisse aucune place à l’exercice des droits d’auteur dans le processus d’exploitation commerciale des films, la diffusion sans autorisation des films par les télévisions locales et la médiocrité qui caractérise beaucoup de productions cinématographiques.

A contrario, M. Antonin a mis en relief deux facteurs pouvant contribuer à l’émergence d’un cinéma haïtien, l’enthousiasme des cinéphiles et le talent naturel d’une masse critique d’acteurs amateurs.

Membre du jury du FESPACO lors de l’une de ses plus récentes éditions, le créateur haïtien relève dans les films sélectionnés cette année des progrès considérables sur le plan technique et artistique tout en exprimant de sérieuses réserves sur le champ thématique exploré qui est resté coincé dans la dichotomie tradition/modernité.

Dans la catégorie Films du monde, Cousines, un long métrage d’un autre cinéaste haïtien, Richard Sénécal, était également en compétition au Fespaco 2007 qui s’était ouvert le 24 février sous la présidence d’honneur du célèbre saxophoniste camerounais Manu Dibango.

Vers le Sud, un film du français Laurent Cantet qui dépeint l’univers du tourisme sexuel et l’insouciance des années 70 en Haïti se trouvait dans la même catégorie que Cousines. Le casting réunissait la célèbre comédienne britannique Charlotte Rampling, l’américaine Karen Young et un jeune acteur haïtien, Ménothy César, dont le talent a déjà été salué l’année dernière à la Mostra de Venise.

Enfin, un rappel qui n’est pas de trop. Le plus connu des cinéastes haïtiens, Raoul Peck, avait déjà reçu une distinction il y a quelques années à Ouagadougou pour "Lumumba ou la mort du prophète", un film documentaire qui revient sur la fulgurante carrière politique et le destin tragique de Patrice Lumumba, le père fondateur du Congo-Kinshasa, assassiné en 1961, sept mois seulement après l’accession à l’indépendance. spp/RK