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Haïti-Vénézuéla-Cuba

Les éléments du nouvel axe trilatéral Haïti-Vénézuéla-Cuba

Les autorités haïtiennes restent floues sur l’éventuelle adhésion du pays à l’ALBA tandis que Chàvez assume

Publié le mardi 13 mars 2007

Un accord trilatéral a été paraphé lundi soir à Port-au-Prince par les Présidents haïtien René Préval, vénézuélien Hugo Chàvez et le vice-président cubain Esteban Lazo donnant ainsi un coup d’accélérateur sans précédent à la coopération entre les trois pays dans une perspective éventuelle d’adhésion d’Haïti à l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), un projet économique antinéolibéral inspiré du "chàvisme" et de la lutte du libérateur Simón Bolívar.

Le chef de l’Etat haïtien a présenté devant le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis et les membres de son gouvernement un résumé en six points des termes de référence de l’accord qui couvre des domaines de coopération comme la santé, l’énergie, le pétrole et les infrastructures :

- La création par le Vénézuéla d’un fonds humanitaire de 21 millions de dollars réservé exclusivement à l’équipement et l’hébergement du personnel médical cubain.

Selon René Préval, Haïti bénéficiera bientôt d’une couverture médicale complète avec l’arrivée des médecins cubains dans les 17 communes dépourvues jusqu’ici d’assistance en la matière. Les coopérants seront remplacés progressivement par les 800 boursiers haïtiens étudiant actuellement la médecine à Cuba. 170 jeunes médecins fraîchement diplômés sont déjà de retour en Haïti.

- L’évaluation par deux équipes techniques vénézuélienne et cubaine des capacités de production énergétique du pays et la construction de six centrales électriques. Une usine de 30 mégawatts sera implantée à Port-au-Prince tandis que deux autres de 15 mégawatts chacune seront installées respectivement au Cap-Haïtien (274 km au nord de Port-au-Prince) et aux Gonaïves (171 km au nord).

Trois usines à mazout seront également construites. La production énergétique nationale devrait augmenter de 100 mégawatts.

- Le décaissement de 57 millions de dollars en vue de l’amélioration des infrastructures aéroportuaires d’Haïti dans une perspective de promotion touristique. Outre des travaux qui seront effectués à Port-au-Prince, l’aéroport du Cap et les aviations des Cayes (sud), de Jacmel (sud-est) et de Jérémie (Grand’Anse, sud-ouest) seront aménagés pour pouvoir accueillir des vols internationaux.

- Le doublement des livraisons pétrolières quotidiennes prévues dans le cadre de l’accord préférentiel Petrocaribe. L’arrivage passera de 7.000 à 14.000 barils par jour.

- La disponibilité d’un montant de trois millions de dollars destiné à l’acquisition de camions à bennes compactrices destinés au ramassage des ordures dans le cadre d’une politique d’assainissement et d’entretien de Port-au-Prince.

Le Président Préval n’a pas assumé qu’Haïti sé’tait engagée dans le processus d’intégration de l’Alternative bolivarienne des Amériques, un projet d’intégration économique régionale qui vise à contrer frontalement l’initiative américaine portant sur l’établissement d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Il s’est borné à dire que des points d’accord ont été trouvés après plusieurs mois de discussions qui se sont déroulées alternativement en Haïti, au Vénézuéla et à Cuba. Cependant, Hugo Chàvez a clairement indiqué que l’accord paraphé constitue "un aspect essentiel du projet d’incorporation d’Haïti à l’ALBA pour que le pays puisse mener à bien ses projets de développement dans des domaines comme la pêche, l’élevage, l’agriculture, le tourisme, l’alphabétisation et l’éducation en général."

"Haïti va chercher à Cuba et au Vénézuéla ce dont elle a besoin parce qu’elle avait aussi aidé ces pays", a fait valoir le Président haïtien en vantant la sincérité et la solidarité qui caractérise les relations avec des "peuples frères" en dehors de tout intérêt particulier. M. Préval a insisté sur cette forme de coopération et celle engagée avec le groupe ABC (Argentine, Brésil, Chili) sans évoquer les rapports d’Haïti avec ses partenaires traditionnels, les Etats-Unis, le Canada et la France.

A l’issue de la conférence de presse conjointe des trois dirigeants, s’est déroulée la cérémonie de signature de l’accord commercial de vente des produits pétroliers provenant du Petrocaribe. Le document contenant l’ensemble des conditionnalités a été paraphé par le directeur de la nouvelle structure haïtienne dénommée bureau de monétisation du Petrocaribe, Michael Lecorps et le représentant de la compagnie pétrolière nationale du Vénézuéla (PDVSA).

Officiellement, aucun secteur de la vie nationale n’a été consulté dans le cadre du processus de négociation ayant abouti au nouveau partenariat tripartite avec Caracas et La Havane. spp/RK