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Nouveaux rebondissements dans l’affaire Jacques Roche

Le chanteur "Don Kato" clame son innocence ; Anaïse Chavenet et Edner Jean de Communication Plus affirment que l’artiste avait été investi du rôle de "médiateur" ; Kettly Julien de l’IMED réclame des poursuites judiciaires contre "Don Kato" pour son rôle présumé dans l’enlèvement et l’assassinat du journaliste ; Patrice Dumont du quotidien Le Matin insiste, lui, sur l’importance capitale des révélations des deux meurtriers condamnés

Publié le mardi 4 septembre 2007

L’affaire Jacques Roche a pris mardi un nouveau tournant avec les réactions du chanteur Antonio Cheramy alias "Don Kato" démentant des insinuations qui viseraient sa mise en accusation, le soutien sans équivoque que lui ont apporté Anaïse Chavenet et Edner Jean de la firme Communication Plus et l’intervention de la militante des droits humains, Kettly Julien, exigeant des poursuites judiciaires contre l’artiste.

Dans une interview à Radio Kiskeya, le lead vocal du groupe Brothers Posse a catégoriquement nié avoir, en juillet 2005, soudoyé les ravisseurs du journaliste et poète en vue de prolonger la séquestration jusqu’à son exécution comme le suggéraient certaines déclarations d’Alby Joseph et de Chéry Beaubrun, condamnés jeudi dernier (30 août) à perpétuité.

"Don Kato", qui s’est dit prêt à répondre à toute invitation des autorités judiciaires dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement suivi de l’assassinat de Roche, a indiqué avoir été contacté par Anaïse Chavenet et Edner Jean afin de faire avancer les négociations alors dans l’impasse avec les ravisseurs. Cependant, très nuancé, il précise n’avoir jamais été en contact avec le gang qui avait été à l’origine du rapt alors qu’au Palais de justice de Port-au-Prince, Joseph et Beaubrun avaient déclaré que "Don Kato" avait "apporté un montant de 10.000 dollars", inférieur à la rançon fixée à 50.000. Un "ami", dont le musicien a voulu taire le nom, servait d’intermédiaire et avait recueilli les 10.000 dollars qui avaient pu être collectés à Communication Plus, une firme spécialisée dans le marketing, la production audiovisuelle et la diffusion de livres, et au quotidien Le Matin notamment.

Le chanteur indique avoir également apporté sa contribution financière à cet effort de solidarité qui avait été entrepris pour tenter d’inverser le cours des événements et de faire sortir l’otage du couloir de la mort. Car, dit-il, étant lui-même artiste, il ne saurait rester indifférent au sort qui était réservé au poète.

"Je suis bien content que justice soit rendue à Jacques Roche", a lâché "Don Kato", soutenant avoir appris avec satisfaction le verdict du tribunal criminel de Port-au-Prince.

Pour leur part, les deux responsables de Communication Plus ont reconnu avoir sollicité l’aide du leader de Brothers Posse pour empêcher à tout prix la fin tragique que devait connaître Roche. "Nous étions au journal Le Matin de plus en plus inquiets et angoissés. Face à l’intransigeance des ravisseurs, plus les jours passaient, plus nous craignons le pire pour Jacques", a raconté Mme Chavenet également une des responsables de la publication.

Estimant que le "médiateur" jouissait d’un aura populaire qui pouvait faciliter l’aboutissement des négociations, elle a conclu que pour "Don Kato" ce serait "s’attirer des ennuis en se mettant au service des autres" s’il devait être accusé dans la mort de Jacques Roche.

Quant à Edner Jean, il a expliqué qu’il fallait éviter de "ternir gratuitement la réputation de Don Kato" qui, une fois alerté, avait accepté spontanément de travailler à la libération du confrère. "Dans mon entretien téléphonique avec l’un des ravisseurs à qui je demandais vainement la libération de Jacques après le versement des 10.000 dollars, il m’avait clairement fait savoir que cette pitance ne pouvait servir qu’à assouvir la soif de ses soldats", a témoigné M. Jean. Il a enfin attribué à des problèmes de sécurité conjoncturels la discrétion totale ayant jusqu’ici occulté les efforts qui avaient été déployés en vue de sauver Jacques Roche.

Cependant, le rôle de "Don Kato" dans l’affaire, loin de faire l’unanimité, commence à soulever des polémiques qui rendent compte de positions diamétralement opposées. La militante des droits humains Kettly Julien est la première à demander que "l’action publique soit mise en mouvement contre le chanteur" après que son nom ait été cité par les condamnés Alby Joseph et Chéry Beaubrun, deux des meurtriers de Jacques Roche. Directrice de l’Institut mobile d’éducation démocratique et membre du Collectif des familles (IMED) et membre du Collectif des familles et amis des victimes du kidnapping, Mme Julien souligne que l’artiste, intimement lié au régime du Président René Préval, avait déjà fait l’objet de graves accusations notamment avant la chute d’Aristide.

Toutes les personnes impliquées dans l’assassinat du journaliste doivent être punies par la justice, a conclu la responsable de l’IMED.

Sans faire référence au musicien, le responsable de la section sportive du quotidien Le Matin, Patrice Dumont, a de son côté estimé que les aveux de Joseph et Beaubrun étaient amplement suffisants pour déclencher une offensive judiciaire contre tous ceux qui sont impliqués dans le crime. "C’est un début de soulagement pour moi, pour tous les amis de Jacques Roche et tous ceux qui l’avaient connu", a dit le chroniqueur sportif en relevant qu’une occasion en or s’offrait à la justice haïtienne pour redorer son blason.

Mettant l’accent sur la nécessité de mener une lutte sans merci contre l’impunité, M. Dumont a aussi rappelé qu’au lendemain de l’enlèvement du disparu la cotisation en sa faveur se faisait dans des conditions dramatiques et qu’on pouvait très difficilement satisfaire l’appétit de ses ravisseurs.

Les aveux des deux assassins condamnés à vie ont été confirmés par le commissaire Joseph Fanfan Jeudilien, le représentant du ministère public lors du procès. A côté de ce verdict exemplaire, le juge instructeur Jean Peres Paul, en charge du dossier de l’assassinat du journaliste et poète, devrait rendre bientôt son ordonnance de clôture.

Kidnappé le 10 juillet 2005 en tenue sportive, Jacques Roche, 44 ans, avait été retrouvé sauvagement exécuté quatre jours plus tard, le 14 juillet, dans le quartier populaire de Delmas 4 (nord de Port-au-Prince). spp/RK