> Spécial > Pour Brignol Lindor, quelle justice, s’interroge la Commission citoyenne (...)

Haïti-Presse-Justice

Pour Brignol Lindor, quelle justice, s’interroge la Commission citoyenne pour l’application de la justice (CCAJ)

Un mémorandum dans lequel plusieurs entités intégrant cette structure dénonce l’impunité persistante entourant le meurtre du journaliste commis depuis bientôt six ans

Publié le dimanche 7 octobre 2007

Le 3 décembre prochain, il y aura six ans que Brignol Lindor a été assassiné dans des circonstances qui impliquent, non seulement les personnes qui ont exécuté le jeune journaliste, mais aussi les auteurs intellectuels de cet assassinat.

Six ans plus tard, le Dossier de Brignol Lindor se ’retrouve’ au fond de tiroirs de la Cour de Cassation car cette instance, semble t-il, n’a pas jugé bon de le transmettre aux fins de droit au Parquet du Tribunal de 1ère instance de Petit-Goâve pour les suites nécessaires. Les personnes envoyées aux assises avec prise de corps par ordonnance du Juge Fritzner Duclair n’ont jamais été inquiétées.

Quel sort réserve-t-on à ce dossier ? Ce dossier maintient dans l’attente depuis six ans, tous les citoyens préoccupés par la persistance du règne de l’impunité. Et cette cause offre à l’Etat, en rendant justice à l’un de ses fils, l’occasion de signifier que ce règne est à sa fin.

Cette préoccupation est vivement ressentie au sein de la Commission Citoyenne pour l’Application de la Justice (CCAJ) pour laquelle ce dossier a fait l’objet d’attention particulière. Dès avril 2004, la CCAJ a documenté le cas Brignol Lindor à travers : des déclarations de témoins oculaires et auditifs ; l’examen des documents de justice et différents rapports disponibles ; les informations diffusées par la presse écrite, parlée et télévisée. Ceci pour produire un rapport remis officiellement aux autorités compétentes et permettant d’établir que toutes les personnes désignées comme les auteurs présumés de l’assassinat de Brignol Lindor n’étaient pas comprises dans les poursuites engagées. Encore plus grave, des auteurs matériels et intellectuels, dûment identifiés, ont été soigneusement écartés par le juge instructeur.

Si donc, le procès Brignol Lindor devait suivre les derniers errements de la procédure, tels qu’ils résultent de l’arrêt de la Cour de Cassation, il s’ensuivrait que la Justice serait une nouvelle fois bafouée et le règne de l’impunité renforcé car se manifesterait la coupable intention de ne pas remonter jusqu’aux véritables auteurs de cette ignominie. Qui y a intérêt ?

La Commission Citoyenne pour l’Application de la Justice appuie toute initiative de la société civile visant à faire avancer le dossier mais elle condamne toute tentative procédant d’une confusion des genres mettant en question l’indépendance de la justice et risquant sous prétexte de recherche d’efficacité de la conduire à des décisions hâtives au bénéfice de ceux qui ont commandité le crime.

Consciente qu’il faut que soit enrayée la dérive vers une justice sélective, la Commission Citoyenne pour l’Application de la Justice s’élève avec force pour qu’enfin soient corrigées, alors qu’il en est encore temps, toutes les faiblesses d’une procédure bâclée, comme celle de l’attaque du 5 décembre contre la Faculté des Sciences humaines, parodie de justice s’il en est.

Sinon ce serait un nouvel et flagrant échec de l’effort initié pour la réforme de notre justice.

Port-au-Prince, le 4 octobre 2007

Pour la CCAJ

Jean-Claude Bajeux, coordonnateur

Source : Coordination citoyenne pour l’application de la justice (CCAJ)

N.B Des membres de l’organisation pro-Lavalas "Dòmi Nan Bwa" avaient ouvertement revendiqué la liquidation du directeur de l’information de Radio Echos 2000, Brignol Lindor, sauvagement assassiné le 3 décembre 2001 à Petit-Goâve.