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Petite chronique du coup d’Etat de 1991

Le coup a-t-il surpris le gouvernement et la présidence ?

Publié le mercredi 5 mai 2004

Le coup d’Etat a-t-il surpris le gouvernement ? Quelle a été sa stratégie pour le déjouer ?

Les faits valent mieux qu’une tentative de réponse qui donnerait certainement lieu à des polémiques stériles. Ce qui est loin de l’objectif visé qui n’est autre que de mettre à la disposition des chercheurs et du public en général des éléments qui paraissent encore être assez peu connus concernant le coup d’Etat.

Dans une conversation le vendredi 27 septembre 1991, à son retour de New York où il avait accompagné le chef de l’Etat aux Nations Unies, le capitaine Fritz Pierre Louis, chef de la garde rapprochée du pdt, confia à un fonctionnaire qu’un coup se tramait. Selon ses informations, cela avait justifié le détour par Cité Soleil pris par Jean Bertrand Aristide en quittant l’aéroport et l’autorisation qu’il donnera par la suite pour qu’on laisse le people des bidonvilles prendre position sur la pelouse du Palais. Le décor était alors planté pour la menace suprême au moyen de l’apologie du supplice du collier.

Ayant à la mémoire le souvenir de la geste populaire du 7 janvier contre le coup d’Etat de Roger Lafontant, Jean Bertrand Aristide et René Préval doutaient visiblement de la capacité d’un quelconque secteur de réaliser un putsch. Ils allaient en être plus assurés quand, dans la soirée du 27 septembre, le chef de l’Etat mit le commandant en chef par interim de l’existence du complot et celui-ci de lui répondre qu’il n’en est rien et que, si toutefois les informations y relatives s’avéraient d’un certain fondement, il en profiterait pour nettoyer l’institution militaire une fois pour toutes pour la rendre professionnelle et a-politique de façon definitive. Quel discours eut pu mieux contenter nos marassas à cette époque avides de profondes réformes institutionnelles ?

Mais c’était, comme on le verra plus tard, une astucieuse promesse de la part de l’officier, car elle allait créer chez les locataires du palais l’attentisme indispensable à la mise en place du coup. Un attentisme somme toute béat, frisant à la limite l’irresponsabilité. Les seuls actes à retenir des autorités seront 2 appels téléphoniques à la nation, l’un de la ministre de l’information, Marie Laurence Lassègue, l’autre du premier ministre René Préval, de sa planque étant. On rapporte, mais nous n’avons pas pu le vérifier, qu’avant le déclenchement des hostilities, un ministre influent avait proposé de fomenter des troubles au Centre Ville dans la matinée du 28 septembre et que, dans la foulée, on procéderait à l’arrestation des conspirateurs. Mais, le président aurait demandé d’attendre…

Cet attentisme mettra à rude épreuve les qualités guerrières du capitaine Fritz Pierre Louis, prêt au combat contre les putschistes. De la résidence du chef de l’Etat à Tabarre où il se trouvait alors depuis la veille, vers 11 hres 30 a.m. le lundi 30 septembre, il confia au téléphone à un ami qu’il était en train de perdre patience dans l’attente d’un ordre formel de contre attaque du chef de l’Etat. Selon lui, le président ne réalise apparemment pas qu’il s’agit d’un coup d’état. Il a à ses côtés, dit-il, deux homes qui ne sont militaires que de nom, en l’occurrence le major Fourel Célestin et le capitaine Nicolas Sperduto, médecins de leur état. Fritz Pierre Louis s’emporte au telephone. Il affirme disposer d’une centaine d’hommes, militaires et civils, déterminés à affronter le groupe alors insignificant de militaires ayant pris l’initiative du putsch. Car, tout au départ, ces derniers n’étaient pas du tout nombreux. Leur audace allait les récompenser en fin d’après-midi quand, ayant procédé à l’arrestation du président grâce à la débandade de la garde présidentielle et aux tueries réalisées dans la population tout au cours de la journée, le gros de la troupe allait tout simplement se rallier à leur autorité.

Des acteurs de l’époque rapportent que, jusqu’à l’arrivée chez lui de l’ambassadeur de la France, Jean Raphael Dufour, Jean Bertrand Aristide n’était pas encore convaincu de l’implication de Raoul Cédras dans le coup, celui-ci, avec qui il était constamment en contact téléphonique pendant tout le déroulement des événements, lui faisant croire qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat mais plutôt d’une simple mutinerie. Cette thèse, Cédras l’avait déjà soutenue la veille dans une conversation téléphonique avec l’épouse d’un major des Fad’h quien fera part à ses proches. A la question de cette dernière de savoir si ce qui se passait tard dimanche soir au Camp d’Application à Frères était effectivement un coup d’Etat, il répondit que non et que certains officiers proches du chef de l’Etat intoxiquent ce dernier à ce sujet et donc qu’il s’agit d’une mutinerie.

La thèse de la mutinerie tiendra jusque le lundi 30 septembre dans l’après-midi, vers 2 heures, quand, introduit sur Radio Soleil par le colonel Alix Sylva, un sous-officier présenta un cahier de charges en `10 points dont l’un concernait la démission immédiate du premier ministre.

A ce stade, il importe, et nous le suggérons, que les chercheurs investiguent et vérifient certaines données, Car, il parait qu’il y avait un sérieux malentendu sur le fait d’obtenir la tête du premier ministre ou celle du president. L’un ou l’autre ou les 2 à la fois ? Car, on rapporte que, à l’arrivée du président Aristide au GQG, le colonel Sylva s’étonna qu’il ait été fait prisonnier. Il croyait vraisemblablement que l’opération visait le premier ministre. Il a failli payer de sa peau une telle erreur car, quand il tenta de contraindre ses subalternes à adopter l’attitude requise face au chef de l’Etat, ces derniers ouvrir le feu en sa direction. Ayant échappé à l’agression, il sera par la suite poursuivi jusque chez lui avant de devoir prendre le chemin de l’exil. Il semble donc que plus d’uns, y compris l’énigmatique Alvin P. Adams, bourrique chargée, l’ambassadeur américain, se soient bêtement laissés prendre au piège d’une simple mutinerie pour obtenir la tête du premier ministre mais que d’habiles stratèges allaient rapidement transformer en coup d’Etat contre les autorités constitutionnelles.

Des acteurs-clés de l’époque soutiennent que le palais était au courant d’un plan d’exécution physique de René Préval à l’occasion d’une de ses tentatives, nombreuses à cette époque, de calmer le courroux des mutins de plusieurs garnisons, réclamant pour la plupart de meilleures conditions de travail. Selon ces sources, les secteurs traditionnels soutenus par des puissances étrangères dont les Etats-Unis, semblaient encore determines à contraindre Jean Bertrand Aristide à accepter un deal qu’on lui avait proposé dès la proclamation des résultats des élections de 1990, c’est-à-dire le porter à accepter un premier ministre qui viendrait vraisemblablement de l’opposition.

Serait-ce la découverte de ce plan qui aurait motivé l’instruction formelle passée dès vendredi soir, 27 septembre, au premier ministre, également ministre de la défense, pour qu’il se mette à couvert pendant tout le week-end et qu’il ne réponde à aucune solicitation, venant de qui que ce soit, de se présenter dans une quelconque garnison militaire pour résoudre même le plus insignifiant des problèmes ? De fait, dans la soirée du 29 septembre, Cédras cherchera le premier ministre partout au téléphone pour lui demander vraisemblablement de tenter de mettre fin à un début de mutinerie au Camp d’Application.