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Haïti-Politique

Il est temps de poser les vrais problèmes : sus aux mythes et aux mensonges politiques !

Une réflexion sur la conjoncture politique actuelle

Publié le lundi 11 août 2008

L’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement le pays invite à une réflexion profonde sur un certain état d’esprit et des modalités de fonctionnement se situant aux antipodes des méthodes modernes de gestion et de gouvernance.

La première réalité qui choque l’intelligence concerne le fait que, malgré plus d’un an de collaboration entre des représentants de partis politiques et le chef d’Etat, ils se retrouvent un beau matin face à face, pour ne pas dire dos à dos, se renvoyant les accusations concernant le bilan de leur œuvre commune.

Cela traduit le fait que, sans aucun doute, le gouvernement dit pluriel n’a jamais constitué un lieu non seulement de réelle collaboration, mais de débat constructif, ou même de complicité active autour de l’objectif sacro-saint d’améliorer le sort des haïtiens.

S’il en était ainsi, jamais nous ne serions revenus, comme c’est bien le cas aujourd’hui, à la case-départ, i.e. aux sempiternelles diatribes contre les partis politiques présentés comme les principaux responsables de l’échec. Ce faisant, on tente de faire accroire que, sitôt qu’ils seraient écartés, d’une part, ceux qui les remplaceraient n’auraient aucune motivation politique, ; d’autre part, leur départ ouvrirait l’ère du progrès et du succès.

Les divers gouvernements qui se sont succédés en Haïti et qui n’ont pas été de coalition, de consensus ou pluriel, ne nous ont pas convaincu de leur efficacité par le fait qu’ils ne comptaient pas de représentants directs de partis politiques.

Il est temps de poser les vrais problèmes.

Les gouvernements n’ayant réuni que des technocrates, ne nous ont pas convaincu davantage. Le fait que les ministres de ces gouvernements n’étaient pas, du moins officiellement, inféodés à des partis politiques, n’a pas assuré le décollage tant souhaité. Et nous sommes restés la lanterne rouge du continent.

Il est temps de poser les vrais problèmes.

Aujourd’hui, on semble promettre le succès avec un gouvernement composé prioritairement de représentants de la société civile. Une telle option, telle qu’elle est présentée, suscite de pertinentes interrogations : dès qu’une personnalité n’est pas officiellement connue pour son appartenance à un quelconque parti, cela suffit-il pour qu’on croit qu’elle n’est pas politiquement motivée, qu’elle n’agit pas en faveur de tel ou tel secteur politique ? Le fait qu’un ministre d’un gouvernement n’appartienne à un quelconque parti politique constitue-il, à lui seul, la garantie que le ministre concerné sera compétent et performant, qu’il ne sera pas corrompu et que, jamais, en période électorale, il ne tentera d’utiliser les ressources de l’Etat à sa disposition pour soutenir un quelconque parti ou candidat…

Il est temps de poser les vrais problèmes.

Telle que toute analyse sérieuse peut permettre de le comprendre, l’échec du gouvernement pluriel parait être beaucoup plus celui du chef de ce gouvernement et du chef de l’Etat. Car, il est plus qu’évident qu’il s’est posé un grave problème d’organisation, de coordination et d’action cohérente de ce gouvernement. Cela ne déresponsabilise pas pour autant les partis politiques. Ils auraient pu, dans le cadre de la dynamique de participation évoquée plus haut, susciter le débat autour du fonctionnement de l’équipe gouvernementale et proposer des modalités d’une action plus cohérente. Mais, nous le répétons, et vous conviendrez de la justesse d’un tel argument, il s’agissait beaucoup plus de la responsabilité des chefs d’orchestre d’impulser la dynamique et de s’assurer que tout convergeait effectivement vers la réalisation des objectifs définis.

Faut-il que, pour accomplir pleinement leur mission, le chef de l’Etat et le nouveau premier ministre, doivent exclure les partis politiques ? Faudrait-il d’ores et déjà croire que le chef de l’Etat fera mieux, en tant que chef d’orchestre, avec des représentants de la société civile, plutôt qu’avec des représentants de partis politiques ?

Ces questions en amènent d’autres, tout aussi pertinentes : ceux qui ont exprimé la crainte apparemment justifiée que les partis politiques utilisent leur position au moment des élections, donnent-ils la garantie, qu’en les écartant, ils ne feront pas autant pour leur propres partis ou leurs propres candidats ? Serait-on finalement arrivé au temps où, O grand dieu, nos autorités ne seraient plus motivées par des intérêts partisans et qu’elles planeraient, comme des anges, au-dessus des nuages nauséabonds de la politique ?

En posant les vrais problèmes aujourd’hui, il importe aussi de cesser de prendre prétexte de la faiblesse réelle des partis politiques pour ne pas créer les conditions matérielles et institutionnelles à leur consolidation et à leur institutionnalisation. Ainsi que cela se passe ailleurs, c’est à l’Etat qu’il revient, non de les écarter ou de les discréditer, mais de favoriser leur implantation et leur expansion. Et, ne vous y méprenez point : dans ces pays, comme le nôtre, où l’Etat n’agit pas en faveur des partis politiques, rien n’est également entrepris en faveur d’autres structures organisées, telles que les syndicats, les associations socio-professionnelles, les associations de paysans, les coopératives, etc… Ce sont toutes les entités pouvant garantir le fonctionnement d’une vraie démocratie qui sont négligées, pas seulement les partis politiques.

Alors, posons les vrais problèmes, si vraiment, la démocratie est notre boussole, si vraiment, le sauvetage d’Haïti est le véritable objectif. [jmd/RK]