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Une rétrospective de l’émancipation, au MUPANAH

Publié le vendredi 8 avril 2005

Le musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH) présente depuis le 12 décembre 2004, une exposition historique intitulée : D’Ayiti à Haïti, la liberté conquise.

Documents historiques, pièces d’archives authentiques et objets d’époque ; vases en céramique, sabots en bronze, objets utilitaires taïnos ou encore casques espagnols témoignent des inombrables épisodes dramatiques de la sinistre ère coloniale et apportent un éclairage, sans concession, sur les évènements fondateurs de la nation haïtienne, les troublantes mutations vécues par notre terre de 1492 aux années 2000.

Un parcours initiatique à vertu pédagogique, surtout à valeur interrogative, sans prétention ni arrogance d’omniscient nous confie la directrice du musée Marie-Lucie Vendryes. Les visiteurs sont, donc, invités à interroger l’histoire ; mais aussi, un peuple sorti de l’univers morbide, concentrationnaire de l’esclavage, lancé sur la voie de l’émancipation sociale, de l’universalité de la condition humaine pour se retrouver deux cents ans -et des souffrances- plus tard, au plus profond de l’abîme ; jugement sans appel de l’histoire contre une tragédie imposée ou voulue, un naufrage national dont se remettra difficilement la conscience collective haïtienne.

Le MUPANAH et ses partenaires -fondations et bibliothèques privées- proposent à titre comparatif des images de la Cité de l’indépendance, toute auréolée de son Palais du centenaire en 1904 et celles poignantes de la même ville des Gonaïves, victime du déluge de la tempête Jeanne, en 2004. Une fête du bicentenaire très singulière, dans une ville au bord de l’anéantissement sinon de l’effacement progressif.

Le musée aura-t-il réussi son pari de provoquer un électrochoc, chez des haïtiens de plus en plus tétanisés et enclins à donner raison aux tenants d’une interprétation magico-religieuse de l’histoire, en proclamant le destin tragique d’Haïti. Paroles de vaincus, avec malheureusement de dangereux effets de contagion.

A l’aune du temps et de notre capacité d’assimilation des changements vertigineux qui refaçonnent le monde, et Haïti avec, nous pourrons mesurer l’impact de cet évènement culturel. "D’Ayiti à Haïti, la liberté conquise" reste ouverte au public, jusqu’au début de l’été. C’est dire que le MUPANAH ne ménage aucun effort pour trouver des échos populaires à une telle manifestation ; courtisant au passage le public scolaire, ces jours-ci quelque peu réticent, en raison de la litanie meurtrière de l’insécurité !

Liliane Pierre-Paul éléments Aller à la galerie de Liliane Pierre-Paul