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Radio Idéale FM recommence à émettre

Avec des différences de ton et d’appréciation, l’AJH et SOS Journalistes saluent la décision des autorités judiciaires de lever les scellés apposés la semaine dernière sur les locaux de la station de Port-de-Paix, dans le cadre de l’enquête sur le scandale des narcodollars

Publié le lundi 13 avril 2009

Radio Idéale FM a repris ses émissions lundi après-midi à Port-de-Paix (Nord-Ouest) moins d’une semaine après sa fermeture par le commissaire du gouvernement, Jean Frédéric Bénêche, qui reprochait aux responsables de cette station privée leur refus de « coopérer avec la justice ».

Des scellés avaient été apposés mercredi dernier sur les locaux de la radio suite à des démarches infructueuses du parquet en vue d’obtenir, quelques jours après sa diffusion, la bande sonore d’une interview réalisée en direct avec le présumé narcotrafiquant Alain Désir, incarcéré aux Etats-Unis.

Le secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH), Jacques Desrosier, s’est félicité de la levée des scellés, mais a aussi condamné la décision précipitée qu’avaient prise les autorités judiciaires de Port-de-Paix sans avoir utilisé auparavant les voies administratives régulières. Elles avaient jugé bon de s’adresser à un correspondant au lieu d’écrire à la direction de Radio Idéale FM pour solliciter une copie de l’interview, a regretté Desrosier.

Le dirigeant de l’AJH appelle la justice à respecter les procédures en vigueur si elle souhaite pouvoir compter sur la collaboration des médias en pareil cas.

Pour sa part, le responsable de l’organisation SOS Journalistes, Guyler Delva, a estimé que ses efforts avaient abouti à un dénouement heureux après des entretiens avec le ministre de la justice, Jean Joseph Exumé et le chef du parquet, Jean Frédéric Bénêche.

Soulignant qu’aucune des parties n’avait intérêt à ce que l’affaire dégénère en conflit, M. Delva exhorte Radio Idéale FM à se montrer coopérative afin de permettre à l’appareil judiciaire de faire la lumière sur l’épineux dossier des narcodollars de Lavaud.

Cette décision musclée du parquet de la métropole du Nord-Ouest, contraire aux prescrits de la constitution et aux principes d’un Etat de droit démocratique, avait suscité un début de levée de boucliers. Indignés, les journalistes du département commençaient à boycotter tous les activités judiciaires tandis que Reporters Sans Frontières avait dénoncé une grave violation de la liberté de la presse.

Dans ses déclarations sur les ondes de Radio Idéale FM, Alain Désir, extradé aux Etats-Unis, aurait fait d’importantes révélations, allant jusqu’à identifier nommément des autorités judiciaires qui auraient fait main basse sur des liasses de billets verts découverts chez son oncle, Marc Frédéric, au cours d’une ténébreuse perquisition domiciliaire menée en novembre 2008 à Lavaud, une localité proche de Port-de-Paix.

Près de six mois après, ce scandale, qui a entraîné deux décès suspects –ceux de M. Frédéric et du commissaire de police Jean-Raymond Philippe- n’est toujours pas sorti du brouillard malgré les promesses répétées de hauts responsables gouvernementaux. spp/Radio Kiskeya