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Haïti-Diaspora

Un homme d’affaires haïtien, Lionel Chéry, pour le développement industriel et artisanal en Haïti

Par Ady Jean Gardy

Publié le vendredi 29 mai 2009

Lionel Chéry , qui a quitté Haïti sous Baby Doc en décembre 1978 après ses études secondaires au Lycée Jean Jacques Dessalines, se dit aujourd’hui déterminé à offrir en retour au pays ses connaissances et expériences dans le domaine de l’administration des entreprises, en identifiant le secteur artisanal. Dans son bureau de Chicago, l’homme d’affaires Lionel Chéry , président de LCC Technologies Inc., réfléchit constamment sur la manière d’implémenter son projet de créer en Haïti des « Unités de développement industriel et artisanal » afin de sortir des milliers de nos compatriotes de la misère et de consolider les liens fraternels entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora.
Cette idée a germé dans son esprit depuis son passage au Kendall College d’Evanston (Illinois) où il a décroché un Bachelor of Arts en Administration et Gestion, et s’est approfondie durant des études universitaires à Roosevelt University de Chicago où il a reçu sa Maîtrise en Business Administration (MBA), avant de créer sa propre compagnie, la LCC Technologies Inc.

Étendre les ouvertures économiques

Lionel Chéry, qui a été appelé à diriger la Haitian American Community Association de Chicago, le premier à avoir été directement élu à ce poste par sa communauté, veut étendre les ouvertures économiques qu’il a découvertes aux États-Unis, aux Haïtiens de l’arrière-pays qui veulent promouvoir l’artisanat et faciliter le développement industriel dans ce secteur. Il a organisé de nombreux débats sur cette question à Radio Haïti International de Chicago qu’il a aussi fondée et à Radio L’Union de Chicago dont il a été l’un des co-fondateurs. Spécialiste en produits de consommation et entrepreneur, Lionel Chéry souhaite créer en Haïti une Chambre des métiers et de l’artisanat, réunissant tous les artisans haïtiens. Mais, avant tout, il voudrait aider à établir dans chaque ville du pays des « Unités de développement industriel et artisanal » (UDIA) en mobilisant les ressources financières à partir des communautés haïtiennes de l’extérieur. Il conçoit ce vaste projet dans le cadre de la création de petites entreprises financées par le secteur privé d’outre-mer. L’État pourrait offrir des facilités de fonctionnement par le biais des ministères des Haïtiens vivant à l’étranger, de la Culture et du Commerce. Une commission interétatique serait dès lors appelée à coordonner les mises en place de ces unités avec les Haïtiens de l’extérieur et les petits artisans des villes haïtiennes.

Créer du travail en Haïti et à l’étranger

L’ UDIA telle que conçue par son auteur Lionel Chéry envisage le regroupement des artisans d’une même profession et d’une même ville en ateliers, de les encadrer, de leur fournir des équipements, de préparer des cadres pour en assurer la gestion, d’encourager les Haïtiens de l’extérieur à produire les investissements de base, de conduire des audits périodiques pour combattre toute tentative de corruption et évaluer les profits. Il projette des fonds d’investissements de 100% des communautés extérieures. Les artisans de l’intérieur n’auraient à investir que leur temps et leurs métiers. Les produits seraient ensuite écoulés sur place et exportés vers des centres d’accueil international opérés par des Haïtiens de l’étranger. Ce qui créerait du travail des deux côtés pour le pays du dedans et le pays du dehors, nous dit Lionel Chéry . « Imaginez 30 tailleurs de St-Marc fondant un atelier d’artisanat financé par 30 Haïtiens de Chicago (ville fondée par un Haïtien de St-Marc), ces derniers pourraient apporter chacun 2000 dollars, soit un capital initial de 60,000 dollars US. Chaque membre de l’entreprise aura droit à 1/60 du capital et partagera les pertes et profits de l’entreprise proportionnellement. Nous pourrions générer en un an plus de 600,000 dollars avec une bonne gestion et des exportations sur la base de partenariat avec des pays qui ne vivent que de l’artisanat. Imaginez une centaine de ces unités dans nos différentes communes et la possibilité de faire circuler dans le pays plus de 6 millions de dollars de rentrées brutes ! Ce n’est qu’un simple cas de figure, les chiffres pourraient devenir plus astronomiques encore ! », explique Chéry.

Redécouvrir l’artisanat haïtien

Lionel Chéry affirme qu’un tel projet pourra à la fois créer de nouveaux capitaux, renforcer et redynamiser les liens déjà forts entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora, permettre à l’Haïtien de l’extérieur de contribuer au développement de son pays et de sa ville natale, et aider le monde à redécouvrir l’artisanat haïtien . « Nos produits sont d’une qualité impeccable. En maroquinerie par exemple, la matière que nous utilisons et le sérieux dans le travail explique la qualité d’un produit fini très recherché au Japon, en Australie , en Europe et aux USA. Les Haïtiens produisent aussi des poupées décoratives et utilitaires sans commune mesure avec ce qui se fait ailleurs, des sacs multifonctionnels faits avec de beaux pagnes alliés à la diversité des coloris écologiques et non polluants. L’artisanat haïtien se compose également de toute une gamme de produits constitués de parfums locaux faits à partir du vétiver, de l’aloès et de nos ressources aromatiques, des verres soufflets, des coffrets à bijoux, de draps brodés à la main, des fruits , confitures et légumes secs, des pantoufles tissées à la main , des poteries, de la céramique, des sculptures en bois, des nappes colorées, des accessoires décoratifs textiles, des bouteilles culturelles liées à notre identité profonde , les services de tables, la décoration sur les faïences, la calligraphie sur poterie, etc... qui feront les merveilles d’un Salon permanent de l’artisanat en Haïti que nous aiderons à inaugurer ! », s’enflamme Lyonel Chéry.

Ce dernier compte établir des contacts avec la puissante organisation américaine Aid To Artisans (ATA), ce qui permettra de favoriser la création d’opportunités économiques pour les artisans haïtiens et d’aider la croissance économique locale à travers le développement d’entreprises artisanales financées par la diaspora. Lionel Chéry entend honorer l’ensemble des artisans qui, de par leur volonté, leur savoir-faire et leur dextérité, sont parvenus à conserver l’artisanat comme une force culturelle présentant au monde une image plus agréable d’Haïti. Il souhaite négocier, avec les Haïtiens de l’extérieur, la possibilité à l’avenir de la création d’un fonds de garantie bancaire dans le but de garantir à chaque unité l’accès au crédit lui permettant alors de développer ses produits et financer ses projets d’investissement futurs.

Lionel Chéry ne manque pas d’idées : « Il faudrait aussi un jour un Institut supérieur des industries de métiers et d’artisanat en Haïti. La prise de conscience à ce sujet est quasi générale et l’avis est unanime quant à la nécessité de créer un institut de ce genre dont la mission sera de prodiguer une formation de haut niveau dans le domaine des industries de métiers et de l’artisanat ; il pourrait mettre en place des foires nationales de l’artisanat, valoriser à la fois cet art et ses produits. De là on pourrait proposer au Parlement un recueil de lois sur l’organisation des métiers de nature à réorganiser, dans le fond et la forme, l’artisanat. Ceci aidera à préserver l’intérêt à la fois de l’artisan et du consommateur, protéger la qualité, réinstaurer la crédibilité au niveau des relations entre l’artisan et le client, restituer au produit artisanal son éclat et en faire une véritable industrie ».

Lionel Chéry est un Haïtien de Chicago qui croit dans sa communauté et dans son pays. Haïti, dit-il, est désormais notre première priorité. Nous voulons interconnecter nos frères des sections rurales à ceux des grandes villes du monde. Je suis un Haïtien d’origine humble qui a tant reçu de son pays. Cette terre bien-aimée m’a pourvu de 18 années d’éducation gratuite, m’a logé et nourri de ses maigres ressources durant plus de 20 ans et a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Je porte ce pays dans mon cœur et mon âme et ne serai finalement heureux que quand je lui aurai rendu le maximum de tout ce qu’il m’a donné. Je rêve les yeux ouverts d’une Haïti prospère et je sais que je ne suis pas le seul. »