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Haïti-Elections

« La nécessaire quête de crédibilité »

La catastrophe peut encore être évitée

Publié le lundi 30 novembre 2009

Les dirigeants du pays, d’une époque à l’autre, méritent bien de n’être pas considérés comme de vrais responsables, dans la mesure où ils n’arrivent jamais à prévoir et à prévenir des situations catastrophiques qui finissent toujours par se produire, en dépit des signes avant-coureurs.

Il est plus qu’évident que le Conseil Electoral Provisoire (CEP) a entamé le processus électoral avec un sérieux déficit de légitimité. Si la formation de l’institution électorale avait déjà soulevé la controverse, ses premières mesures, en particulier la publication du calendrier électoral sans concertation avec les partis politiques et l’exclusion maintenant de la course électorale de 16 partis, n’ont fait que renforcer la suspicion vis-à-vis d’elle.

Si aucune démarche n’est rapidement entreprise en vue de rendre le CEP crédible, on voit mal comment l’institution va pouvoir imposer ses décisions dans le contexte naturellement conflictuel des élections et dans un pays où, généralement, personne n’accepte de perdre, même dans les conditions les plus normales.

La crédibilité de l’organisme électoral constitue une exigence majeure du sérieux et de la crédibilité d’un scrutin.

Cette crédibilité, dans le contexte actuel, devrait surtout concerner l’indépendance de l’organisme électoral par rapport, notamment, à la présidence.

L’impression générale quant à présent, est que la présidence dirige le CEP. Perception ou réalité ?

A défaut de répondre de façon catégorique à une telle question, on peut tout de même rappeler qu’en politique, la perception compte autant, pour ne pas dire davantage, que la réalité. Comment le CEP peut-il s’y prendre pour, en un temps record, projeter une autre image, celle d’une institution souveraine, déterminée à tenir la balance égale entre toutes les parties ?

C’est la préoccupation de tous les secteurs. Mais, ce devrait être aussi la préoccupation de l’Exécutif et de son chef, en particulier. La préoccupation aussi de la communauté internationale supposément intéressée à la stabilisation du pays.

La Présidence, fortement impliquée dans le projet INITE, aurait des signaux à envoyer pour que tout un chacun sache qu’elle n’entend véritablement pas torpiller à son profit, le processus électoral. Plus que des signaux, des dispositions concrètes devraient être prises en urgence en vue de renseigner l’opinion sur l’ampleur de son implication dans le projet INITE, la provenance des ressources financières que cette plate forme aurait déjà à sa disposition et les modalités des rapports entre la Présidence et le Conseil Electoral Provisoire.

Il ne serait pas de bon ton d’appeler délibérément la communauté internationale à s’immiscer dans les affaires internes du pays. Mais, malheureusement, on le sait : sa présence sur le terrain et dans les avenues les plus intimes du pouvoir n’est pas une vue de l’esprit. N’est-ce pas elle qui transporte les bulletins ? N’est-elle pas impliquée, au Centre de Tabulation, dans l’organisation du dépouillement des procès-verbaux des bureaux de vote ?

Si la stabilisation est vraiment son objectif, on comprend mal qu’elle finance les élections, encadre le CEP et reste dans le même temps impassible face à la dangereuse tournure que risquent de prendre les événements. En ce sens, la communauté internationale n’a-t-elle pas, au même titre que les instances nationales concernées, l’obligation de convaincre de sa crédibilité ? Sinon, est-elle prête à faire face à d’éventuelles accusations de complicité dans l’organisation d’élections frauduleuses et officielles ?

Il convient enfin de souligner que la responsabilité par rapport au redressement de la barque électorale, ne saurait uniquement incomber au CEP, à la Présidence et à la Communauté internationale.

En quête de crédibilité également, les partis, groupements et regroupements politiques ont l’impérieuse obligation d’éviter de s’enfoncer sans discernement dans un processus dont l’issue désastreuse peut être entrevue à l’avance. Ils doivent exiger la réunion de conditions propres à la tenue d’un scrutin fiable. Sinon, ils se feront complices, par leur participation, de ceux qui préparent ce qui s’apparente déjà à une véritable mascarade.

La responsabilité d’éviter la catastrophe qui s’annonce incombe aussi à toutes les autres forces organisées du pays.

Au nom de la responsabilité et de la nécessité d’empêcher que le pays s’enfonce dans d’interminables crises, il faut donc un grand sursaut de tous les secteurs de la vie nationale et des amis « dits » d’Haïti, pour sauver ce qui peut encore l’être…

Marvel DANDIN