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Haïti-France-Fête nationale
Didier Le Bret fait le point sur la coopération franco-haïtienne post-séisme
mardi 20 juillet 2010,
Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur le Sénateur, cher Louis, Monsieur le conseiller à l’assemblée des Français de l’Etranger, cher Jacques, Mes chers compatriotes, Mesdames et Messieurs,
Et si vous me le permettez, mes chers amis, Je voudrais vous dire tout d’abord le plaisir que nous avons, mes collaborateurs et moi-même, à vous accueillir ici en ce jour de fête nationale. M. Louis Duvernois, Sénateur représentant les Français établis hors de France, nous fait l’honneur et l’amitié de passer avec nous ce moment particulier. Il nous dira quelques mots tout à l’heure.
Lorsque j’ai pris mes fonctions en octobre dernier, je savais que la mission allait être difficile. Mais au fond de nous-mêmes, pour Haïti, nous caressions tous le secret espoir que le pire était peut-être derrière nous, que l’histoire tragique de ce pays meurtri allait enfin connaître une pause.
Décembre 2009, cela paraît un siècle, l’embellie était palpable, l’envie d’y croire aussi. Le sort était-il sur le point de desserrer sa griffe ? Les Haïtiens étaient fiers de la pluie de décorations qui venait de s’abattre sur la tête couronnée de leurs écrivains. Nous l’étions également. Le sourire radieux, communicatif, de Dany Laferrière, prix Médicis 2009, a fait le tour du monde.
Les lettres furent à l’honneur, et sans mauvais jeu de mots, les chiffres aussi étaient prometteurs. Un PIB en croissance constante depuis trois ans. Une baisse marquée de la criminalité, et notamment des kidnappings. Investir en Haïti commençait à avoir un sens. On ne s’y sentait pas encore tout à fait en sécurité, mais déjà en confiance.
Et puis, il y eut le 12 janvier, 35 secondes où tout a basculé.
Il n’est pas besoin de rappeler ici l’ampleur du désastre, la force de cette onde souterraine, qui a tout balayé sur son passage. Il n’est pas besoin de le rappeler, car nous l’avons vécu ensemble. Ce drame fait aujourd’hui partie de notre quotidien, il nous est presque familier. Impossible d’y échapper. Il est en nous. Définitivement. Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre, En ce jour de fête nationale de mon pays, je souhaite en toute simplicité et avec beaucoup de respect, vous adresser les vœux les plus fraternels du peuple de France, de son gouvernement et de son Président. Je souhaite également vous dire, et je cite ici votre grand poète, l’immense Frankétienne, que ce « petit morceau de France » qu’est Haïti est plus que jamais présent à nos cœurs. Car le 12 Janvier, il s’est passé quelque chose de profond, de durable, dans l’esprit et dans le cœur de mes compatriotes. Nous avons redécouvert que dans l’hémisphère nord, non loin des Antilles françaises, nous avions de lointains et fidéles cousins parlant français, pétris de culture française, connaissant mieux notre pays que nous ne connaissions le leur. Leurs mots nous ont profondément émus.
Six mois après le drame qui a endeuillé votre pays, l’émotion demeure intacte. Il ne se passe pas un jour sans qu’une initiative ne soit prise en faveur d’Haïti : les écoles de France, les régions, les associations, les entreprises françaises, partout, on souhaite aider, se mobiliser. La solidarité des Français a déjà permis de récolter près de 70 millions d’euros, auxquels s’ ajoutent 7 millions d’euros mobilisés par nos collectivités territoriales. Et les médias français sont à l’unisson avec ce mouvement d’empathie nationale. Ils rendent compte régulièrement de la situation, des besoins. L’oubli ne s’est pas installé.
Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre, C’est ce même message de solidarité que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a souhaité transmettre personnellement au peuple haïtien, le 17 février dernier. Cette visite, la première d’un Chef d’Etat français depuis 1804, a permis de poser les jalons d’une nouvelle relation entre nos deux pays autour de trois grands axes.
Le premier, à tous aujourd’hui, je veux parler du renforcement de l’Etat. Il n’y aura pas de reconstruction durable sans l’Etat. Les règles du jeu, du « vivre-ensemble », doivent être redéfinies : de la Constitution du pays en passant par les normes les plus élémentaires de construction. Et qui d’autre pourra le faire, si ce n’est l’Etat, la puissance publique ? C’est dans cet esprit que le Président Sarkozy a privilégié l’appui direct au budget de l’Etat haïtien : donner des moyens au gouvernement, c’est lui permettre d’être au centre du jeu, pour définir, impulser et mettre en œuvre ses propres politiques. 40 millions d’euros ont été débloqués à cet effet.
Le second axe de notre coopération a trait aux femmes et aux hommes eux-mêmes. Le Président Sarkozy a souhaité redynamiser les échanges, à tous les niveaux : entre nos jeunes, avec l’accueil en France de 700 étudiants et l’envoi en Haïti de 150 volontaires ; entre hauts responsables de l’exécutif et du judiciaire avec la formation complémentaire en France d’une première promotion de magistrats ; entre entrepreneurs aussi avec l’ouverture cette année d’une mission économique et la multiplication de visites de terrain. Face aux dynamismes de nos échanges et pour tenir compte de la nouvelle réalité du pays, le site « conseil aux voyageurs » a d’ailleurs été profondément remanié. C’était une demande constante de votre part et nous la partagions.
Le troisième axe, c’est tout simplement le changement d’échelle de notre coopération. Dans un contexte de forte contrainte budgétaire, l’effort consenti par la France à la reconstruction d’Haïti est sans précédent : 326 millions d’euros sur deux ans. Cela comprend bien sûr notre part aux engagements de l’Union européenne, l’annulation de la dette haïtienne, notre aide d’urgence, mais cela comprend également les moyens directement mis en œuvre dans le cadre de la reconstruction. Trois exemples, qui sont loin d’être exhaustifs : la reconstruction en cours de l’hôpital universitaire d’Etat ; la cession de 260 véhicules de police, de gendarmerie d’ambulances et de voitures de pompier, dont 110 ont déjà été livrés ; la réhabilitation physique par les militaires français du génie d’une quarantaine de sites publics de Port-au-Prince (des écoles, des espaces administratifs…).
Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre, Cette impulsion donnée au plus haut niveau par nos Chefs d’Etat, et voulue par nos peuples, a irrigué tout le champ de la coopération entre nos deux pays. J’ai eu ainsi depuis septembre dernier le privilège d’accueillir pas moins de six membres du gouvernement français : le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, en visite conjointe avec son homologue brésilien ; le Secrétaire d’Etat à la coopération Alain Joyandet, venu au lendemain du séisme ; le Haut Commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch, qui a installé les premiers volontaires français ; Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux représentants de fédérations sportives ; enfin, encore tout récemment, Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication, très engagé aux côtés des artistes haïtiens et qui travaille main dans la main avec la ministre de la Culture et le Gouverneur de la BRH pour restaurer le ciné-théâtre « Le Triomphe ». Je ne serai pas plus long. Je vous souhaite de passer un agréable moment dans cette nouvelle résidence de France. Soyez ici chez vous au Manoir des Orangers ! Prenez également le temps de découvrir ou de redécouvrir les toiles de grands artistes haïtiens, qui m’ont fait l’honneur et l’amitié d’accepter de me prêter leurs œuvres. Un grand merci à la galerie Monnin, à l’origine de cette petite exposition. Un dernier mot enfin pour vous dire que ce matin sur les champs Elysées, Haïti a été présente avec une des unités de la Sécurité Civile qui a participé aux opérations de sauvetage au lendemain du séisme. Vous le Pacifiquement et pour notre plus grand bonheur… Vive Haïti ! Vive la France !
Didier Le Bret
Port-au-Prince, le 14 juillet 2010