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Haïti-Elections

S’achemine-t-on vraiment vers des élections le 28 novembre ?

Gare aux « impédimentas » de toute nature !

Publié le vendredi 19 novembre 2010

Corrigé à 4 hres 55 p.m.

Elections Jour “J moins 9” : Il semble qu’on s’achemine vers la tenue des élections le 28 novembre. Il semble… Car, tout peut encore arriver… Tout peut toujours arriver en « Haïti-Thomas ». A la dernière minute. Ou le jour même. Ou après, par la magie de la tabulation, ou de la « fabulation ».

On voudrait bien être moins sceptiques. Mais, il y a des signes inquiétants. Des faits, des informations et des rumeurs très peu rassurants.

- D’abord, les déclarations de l’ancien premier ministre Jacques Edouard Alexis et de la sénatrice Edmonde Supplice Beauzile sur la distribution d’armes par le pouvoir n’ont jamais été démenties. Aucune investigation d’un quelconque Parquet de la République, encore moins du Gouvernement. Des déclarations qui ont même été quelque peu corroborées par le chef de la MINUSTAH, Edmond Mulet, sur les ondes de Radio Métropole. Il s’est tout de même habilement repris quand il s’est agi pour lui d’être plus précis.

- La campagne électorale est déjà émaillée de plusieurs incidents, dont certains graves. En divers endroits, des appréhensions sont exprimées quant à la possibilité de violences le jour du scrutin, avant ou après.

- Le moment choisi pour la mobilisation anti-MINUSTAH (Mission de l’ONU) en relation avec le choléra au Cap-Haïtien, à Hinche, à Port-au-Prince, constitue un autre signe troublant au regard de l’échéance électorale. Avec la propagation alarmante du choléra, faut-il y voir vraiment le signe de l’exaspération de la population face à une mission internationale qui, au lieu de nous sortir du gouffre, nous y plonge encore plus profondément au moyen d’une bonne dose d’« excrétas agrémentés de vibrion cholerae sud-asiatique, pour ne pas dire tout simplement népalais ». Faut-il accréditer, peut-être avec la facilité de l’empressement, la thèse de la manipulation des masses par le pouvoir qui ne croirait plus en sa capacité de remporter « totalement » les élections ? Y a-t-il également lieu de croire, comme on le prétend, en l’action funeste d’affidés de certains dinosaures de INITE ou des secteurs mafieux liés à la drogue et au crime ?

- Autres signes inquiétants : la difficile élaboration des listes électorales et les problèmes y relatifs entre le Conseil Electoral Provisoire (CEP) et l’Office National d’Identification (ONI), les graves difficultés enregistrées dans le processus de distribution des Cartes d’Identification Nationale (CIN). Le jour des élections, chacun saura-t-il où voter ? Les électeurs savent-ils où se situent les Centres et Bureaux de vote ? Les Bureaux Electoraux Départementaux (BED) et les Bureaux Electoraux Communaux (BEC) ne vont-ils pas les déplacer à la dernière minute : difficultés techniques programmées ?

- Enfin, la pire des inquiétudes demeure le choléra, avec son cortège de morts, de personnes infectées et la psychose qu’il répand.

Entre-temps et malgré tout, la campagne électorale suit son cours. Pour la présidence, sur les 19 prétendants, les plus remarqués sur le terrain sont pratiquement au nombre de sept : Mirlande Manigat (RDNP), Jean Henry Céant (Renmen Ayiti), Jude Célestin (INITE), Charles Henri Baker (Respè), Michel Martelly (Repons peyizan), Jacques Edouard Alexis (MPH), Yves Cristalin (LAVNI), Leslie Voltaire (Ansanm Nou Fò).

Les candidats ne se sont pas ménagés pour « se vendre » : photos, « billboards », spots publicitaires, débats à la radio et à la télévision ; rassemblements publics, rallyes à travers le pays. Il a fallu beaucoup d’argent. Pour certains, il s’est agi d’une véritable fortune, d’origine assurément douteuse. Pour d’autres, c’est l’audace dans la gêne, l’orgueil d’être irrémédiablement sur la liste et dans la course, avec l’espoir d’être éventuellement « appelé » demain.

Les sondages ne sont pas passés inaperçus, cette fois-ci. D’ailleurs, on est en droit de croire qu’ils ont en quelque sorte influencé et les débats et les intentions de vote. Mais, c’est le 28 novembre qu’on vérifiera véritablement les sondages. Car, s’il y a eu manipulation, le verdict des urnes, dans le cas d’élections régulières, sera fatal pour telle firme, tel candidat, telle candidate ou telle association d’entrepreneurs. Autrement, si les sondages se vérifient, l’on entrera en Haïti dans l’ère fantastique de l’utilisation des grands instruments d’évaluation de comportements et de phénomènes sociaux.

Un grand « absent-présent » dans ces élections qui joue certainement son avenir politique : Jean-Bertrand Aristide.

Jusqu’à preuve du contraire, l’exilé de Prétoria semble avoir choisi de ne supporter aucun candidat. Pourtant, l’arène ne manque pas de lavalassiens, candidats et supporters qui, se réclamant tous de lui, tentent de reconquérir le pouvoir à la faveur des élections.

L’attitude du « Docteur » devrait être appréciée de son-ex-alter ego, René Préval, grand artisan de la pulvérisation du secteur Lavalas. Car, tout appui direct ou indirect d’Aristide à l’un ou à l’autre quelconque des candidats aurait pour conséquence immédiate de reconstituer en quelque sorte « son camp ». Un « camp » qui serait alors placé, même provisoirement, sous le leadership ou le contrôle d’un allié. Mais, justement, l’ancien président ne semble pas croire en l’utilité d’un allié à ce carrefour critique de l’histoire nationale. Du moins, jusqu’à la minute où nous écrivons ces lignes. Il mise sans doute sur l’échec des élections qui justifierait son opinion à savoir qu’il s’agira d’une sélection.

Personne n’entrevoit cependant pourquoi, au cas où les élections seraient vraiment frauduleuses, c’est forcément Jean Bertrand Aristide qui en tirerait des bénéfices politiques. Seuls ceux qui, sur le terrain, ont pris le risque de se lancer dans cette course avec un CEP tel que celui présidé par Gaillot Dorsainvil et un Gouvernement tel que celui dirigé par Préval/Bellerive appuyé par une large frange de la communauté internationale, paraissent être les mieux placés pour, en cas d’élections frauduleuses, se propulser comme leaders incontestables de l’opposition démocratique.

Le « laboratoire » d’Aristide [pour utiliser un terme cher à lui] devrait donc bien mesurer les différents paramètres et voir quel jeu correspond le mieux à la stratégie du « retour », si toutefois ce projet de retour existe. Plus d’uns en doutent, estimant que l’ancien président préfèrerait jouer au trouble-fête, car « hors de lui, point de salut » : aucun nouveau leader de Lavalas et de l’opposition démocratique ne devrait poindre à l’horizon.

Au même titre que Jean Bertrand Aristide, [si sa position est bien celle exprimée en maintes occasions par le Dr Maryse Narcisse], d’autres alliés objectifs de René Préval et de INITE dans le projet de démantèlement définitif de Lavalas sont ces candidats du secteur qui, sans discernement, se dirigent droit vers l’échec. Le venin de l’ambition leur obstrue la vue à un point tel que désister ou s’allier en faveur de l’un quelconque d’entre eux leur parait être l’idée la plus saugrenue.

Pour la super favorite des sondages du BRIDES, Mme Mirlande Hyppolite Manigat (Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes, RDNP), du chemin reste sans doute à parcourir cette semaine. Peut-être qu’elle devrait encore rassurer les plus irréductibles ennemis de la mafia politico-financière et administrative en place sur sa capacité à l’affronter et à créer les conditions d’émergence d’un nouveau système. Car, « n’aura pas raison de ce monstrueux appareil qui vient avec des gants ».

Enfin, deux derniers et importants facteurs du succès aux élections demeurent, pour tous : la capacité de contrôler le scrutin au niveau des Centres et Bureaux de vote, le 28 novembre et, par la suite, le Centre de Tabulation désigné par certains sous le vocable assez évocateur de « Centre de Fabulation ».

Marvel DANDIN