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Haïti-Politique-Editorial

Vote massif de Conille à la Chambre basse : bonne volonté versus pusillanimité

Gare au péril et à l’irréparable !

Publié le dimanche 18 septembre 2011

Le vote massif par les députés du rapport de la commission de ratification en faveur de Garry Conille, soulève plus d’interrogations qu’il n’apporte de réponses aux appréhensions des citoyens.

D’abord, il ne clot pas le débat sur la non-conformité du dossier de M. Conille aux exigences de l’article 157 de la Constitution. Les “experts” et la commission de ratification ont beau défendu la thèse du statut diplomatique du haut fonctionnaire de l’ONU : cela n’a pas convaincu tout le monde.

Il en est de même de l’explication apportée au fait que le candidat à la primature ne détient pas sa carte d’identfication nationale.

Quant à sa propriété sise à “Morne l’Hôpital”, les “mauvaises langues” ont malicieusement ironisé, laissant entendre que le Dr Conille se proposait de construire en un endroit longtemps déclaré “non edificandi”.

Mais , il y a plus, en termes d’interrogations et d’appréhensions.

Un vote aussi massif permet-il d’espérer que les députés se montreront à la hauteur de leurs responsabilités quand l’éventuel premier ministre ratifié Conille viendra leur présenter sa déclaration de politique générale ? Seront-ils d’esprit à analyser le document avec, pour boussole, “les intérêts supérieurs de la nation” ?

Sont-ils également prêts à remplir leur fonction de contrôle de l’Exécutif, même au risque de se voir encore une fois reprocher de vouloir “bloquer” le pays ?

La nation veut certainement savoir si elle peut encore compter, après ce vote unanime, sur l’esprit critique des députés, sur leur discernement. Car, il y a déjà des choses qui se passent qui méritent qu’un parlement digne de ce nom, se montre aujourd’hui hautement vigilant et responsable.

Exemples : les nominations effectuées par le Chef de l’Etat en dehors du prescrit de la Constitution ; sa nette propension à rappeler aux affaires des membres ou des proches de l’ancien régime dictatorial duvaliériste ; son discours musclé en ce qui concerne le rôle de la police dans le rétablissement de l’ordre face à la constestation estudiantine visant la MINUSTAH ; l’absence de dispositions sérieuses en vue de l’organisation des prochaines élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et des Conseils municipaux ; la permanence de la CIRH sans une évaluation critique de sa performance ; l’absence continue de transparence du Fond National de l’Education et sa non-légalité qui finit tout aussi bien par s’imposer ; le retard mis dans la nomination des juges de la Cour de Cassation et dans l’entrée en fonction du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire appelé à cristalliser dans les faits l’indépendance et l’autorité du pouvoir judiciaire ; les risques de “politisation” de la police nationale avec les pressions exercées pour des réintégrations illégales et la présence de civils lourdement armés dans la sécurité de certains hauts dignitaires de l’Etat.

Tous ces faits justifient qu’on doive s’interroger et qu’un parlement responsable refuse de faire preuve de pusillanimité sans pour autant se montrer intraitable. L’heure est “grave” dirait l’autre. Il faut des hommes de caractère et de vision pour éviter que la barque nationale ne s’abime davantage.

On comprend la volonté des parlementaires de ne pas “bloquer” le pays en faisant systématiquement obstruction à l’Exécutif. L’heure est sans doute venue pour eux de lancer plus que des signaux de leur volonté de sortir le pays de l’impasse. Mais, le faire aveuglément risque de plonger le pays encore plus profondément dans la crise et le désespoir. Car, il est plus qu’évident qu’une politique se développe sous nos yeux qui mérite qu’on y prenne garde. Il est encore temps d’éviter l’irréparable...

Marvel DANDIN