> Editoriaux > La prochaine armée sera nationale ou ne sera pas !

Haïti-Politique-Editorial

La prochaine armée sera nationale ou ne sera pas !

Mais, quelles sont les options nationales actuelles ?

Publié le lundi 21 novembre 2011

Le discours du 18 novembre du président Michel Joseph Martelly prouve que le “Chef”, aussi farouche et intrépide qu’il puisse paraitre, peut bien écouter et comprendre quand on lui parle.

Mais, la grande question est de savoir qui il écoute. Pour bien savoir comment continuer à lui parler. Car, il importe qu’on continue à lui parler. Autant pour son bien propre (et malgré lui) que pour celui de la nation.

Les voix étaient multiples dans la société haïtienne concernant des mises en garde contre une remise en scelle automatique de l’armée, en dehors d’un processus inclusif de débat et de concertation sur son profil et sa constitution. La question a également été soulevée de savoir avec quels moyens la nouvelle entité allait pouvoir fonctionner dans un contexte de marasme économique exacerbé. Mais non ! Il fallait mettre la cavalerie en mouvement : « Sa k pa kontan anbake ! ».

Et, la fanfaronnade allait continuer si ce n’était finalement l’intervention des vrais dirigeants étrangers du pays pour dire non et quatre fois non : pas d’armée maintenant !

Ce triste épisode, illustratif de la perte de notre souveraineté, porte à réfléchir sur ce que peut être une démarche conséquente dans le cadre d’une gouvernance autochtone du pays.

1-D’abord : il faudrait longuement réfléchir avant de se lancer dans des proclamations à l’emporte-pièce. Se garder des annonces tonitruantes et des slogans émotionnels !

2-Il importerait de bien établir les priorités et de vérifier qu’on dispose des moyens de sa politique pour les options adoptées. Par rapport à celles-ci, et autant que faire se peut, c’est une règle élémentaire de réaliser l’inventaire de ce qu’on dispose déjà sur le plan local

3-Il faudrait, par la concertation, s’assurer que les options choisies sont nationales et bénéficient de ce fait du support de la majorité des secteurs du pays.

4-Ce n’est qu’après avoir atteint le consensus national qu’on devrait consulter « l’étranger ». Son apport demeure encore absolument nécessaire dans tous les domaines en Haïti. Mais, en l’absence de consensus national, il est en mesure de rejeter nos options et d’imposer les siennes.

Les grandes leçons à tirer de cette folle course au rétablissement de l’armée devraient servir de marche à suivre pour d’autres décisions dans d’autres domaines.

Mais, il y a bien plus.

Dans cette histoire de l’armée, on oublie trop souvent que l’institution dissoute qu’on se plait à qualifier d’indigène, était en fait, pour une grande part, placée sous le contrôle du Pentagone et de la CIA. Les rapports publiés sur le Front pour l’Avancement et le Progrès d’Haïti (FRAPH) d’Emmanuel Constant et consorts ne tarissent pas d’informations à ce sujet. Comment alors s’imaginer que les Etats-Unis resteraient les bras croisés à nous regarder remettre sur pied une institution qu’ils contrôlaient et qu’ils ont eux-mêmes voulu démanteler quelque peu. Plus d’uns l’ont déjà dit : le président Jean Bertrand Aristide n’aurait jamais pu, à lui seul, dissoudre l’armée.

On peut donc le dire sans crainte de se tromper : la question de l’existence d’une armée en Haïti concerne Washington au premier chef. D’autres puissances sont également concernées à un titre moindre. Pour la République dominicaine, l’intérêt est plus qu’évident.

Le consensus dont on parle est la clé pour éviter les diktats étrangers. La prochaine armée sera nationale ou ne sera pas ! Car, elle doit être le fruit d’une mobilisation nationale inscrite dans un projet global de récupération réelle de notre souveraineté. Seule une mobilisation nationale peut amener l’étranger à accepter qu’Haïti puisse décider de son propre destin.

Il y va donc de l’armée comme de toutes les autres options à aborder parallèlement : elles seront nationales si elles émanent des forces vives du pays, déterminées à les soutenir et prêtes en ce sens à résister aux pressions internationales.

Cela pose cependant, et tout de suite, d’autres questions capitales : quelles sont les politiques économiques, sociales et culturelles en cours qui autorisent à croire qu’on soit engagé dans un processus de reconquête de la souveraineté nationale ? Les personnages politiques placés au timon des affaires de notre pays par l’étranger peuvent-ils enclencher ce processus ?

Dans l’attente d’une réponse à ces interrogations capitales, permettez que les présentes considérations s’arrêtent ici

Marvel DANDIN