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Adieux émouvants de plusieurs centaines de personnes à Sonia Pierre

La pasionaria de la cause des dominicains d’ascendance haïtienne rejetés par leur patrie a été inhumée mercredi au milieu d’un concert d’hommages dans sa ville de Villa Altagracia dont elle est devenue à titre posthume la « fille méritante »

Publié le mercredi 7 décembre 2011

Les funérailles de Sonia Pierre, héroïne de la lutte pour l’émancipation des dominicains d’ascendance haïtienne, ont été chantées sur fond d’émotion et de sentiments de reconnaissance mercredi après-midi dans la province dominicaine de Villa Altagracia où, en plein deuil municipal, plusieurs centaines de personnes, en majorité des dominico-haïtiennes, s’étaient rassemblées pour un ultime hommage.

Selon l’envoyé spécial de Radio Kiskeya, la ministre à la condition féminine, Yanick Mézile, était attendue, mais, en définitive, seul le chef de cabinet du ministre des haïtiens vivant à l’étranger, Daniel Supplice, représentait le gouvernement Martelly/Conille. Les deux autres officiels haïtiens présents à la cérémonie funèbre étaient les Sénateurs Wencesclass Lambert, président de la commission des affaires étrangères du Grand Corps, et Jean-Baptiste Bien-Aimé, ancien consul d’Haïti en république voisine.

Une délégation de la société civile haïtienne comprenant des dirigeants d’organisations des droits humains, d’organisations féministes et des représentants de la presse s’était rendue à Santo Domingo. Les dirigeants du Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR), du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), de Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA) et de ENFOFANM ont rendu un vibrant hommage à Sonia Pierre pour son humanisme, son dévouement exceptionnel à la cause des haïtiano-dominicains et des migrants haïtiens ainsi que son leadership d’inspiration féministe.

Côté dominicain, le ministre conseiller de l’ambassade dominicaine à Port-au-Prince, Julio César Jerez Whisky, a assisté aux funérailles à titre de représentant de l’ambassadeur Rubén Silié, selon le quotidien Listìn Diario. On notait aussi la présence du Député Marino Mendoza, des responsables du Comité dominicain des droits humains de Bávaro, du Comité dominico-haitien et de l’organisation Haïtiens unis en République Dominicaine.

Des personnalités d’autres pays et d’institutions internationales étaient également remarquées parmi elles Seint Winter, de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM).

Reconnaissance post-mortem

Les autorités de Villa Altagracia où résidait la disparue se sont associées aux nombreuses manifestations d’hommage en décrétant une journée de deuil municipal de 6h AM à 6h PM et en décernant une décoration posthume à Sonia déclarée « fille méritante de la ville ».

Militante engagée depuis son adolescence, avocate de profession et mère de quatre enfants, Sonia Pierre, fille de deux migrants haïtiens, était la présidente-fondatrice du Mouvement des femmes dominico-haïtiennes (MUDHA), une organisation devenue au fil du temps le fer de lance de la lutte contre la marginalisation des centaines de milliers de ressortissants dominicains d’origine haïtienne dont les droits les plus élémentaires sont régulièrement bafoués.

Récipiendaire de plusieurs distinctions prestigieuses, notamment le Prix d’Amnistie Internationale en 2003 et le Prix Robert Kennedy en 2006 -même menacée de dénationalisation avec la diffusion récente de ses photos dans le métro de Santo Domingo comme l’ennemie numéro un du pays- la courageuse porte-parole des sans-voix est restée jusqu’au bout fidèle à elle-même et à ses convictions profondes.

A seulement 48 ans, elle a été emportée dimanche dernier (4 décembre) par une fulgurante crise cardiaque. spp/Radio Kiskeya