> Editoriaux > Vers un « nouveau consensus politique » sous le « haut patronage » du Club de (...)

Haïti-Politique-Editorial

Vers un « nouveau consensus politique » sous le « haut patronage » du Club de Madrid

Consensus : par qui et comment et pour combien de temps ?

Publié le dimanche 18 décembre 2011

La saison de Noel, époque traditionnelle de trêve, est hautement favorable à l’initiative du Club de Madrid de tenter d’amener les haïtiens à un consensus politique devant amener la stabilité et le progrès.

Les secteurs politiques sont donc invités à un « woumble » autour de la question à l’issue duquel l’engagement devrait être pris en vue de l’éventuelle conclusion d’un pacte de « vivre ensemble » en dépit des divergences et des contentieux historiques.

Des questions devraient être cependant préalablement réglées, telles :

- La représentativité et l’importance des partis et organisations politiques qui se réuniront. Car, l’on doit bien savoir qui est en mesure de parler et de prendre des engagements au nom de qui. Pas mal d’engagements ont été pris dans le passé. L’expérience a prouvé qu’ils ne concernaient que leurs auteurs et leurs signataires.

Certains dirigeants d’organisations et de partis politiques n’exercent d’ailleurs aucun leadership dans leur propre camp. Et, bien souvent, il s’agit de particules et non de partis. Il y a même des partis dont l’unique membre est le dirigeant lui-même. Pas même son épouse et ses enfants n’en font partie.

Il y a, de surcroit, de sérieuses dissensions au sein des partis et des organisations politiques. On a l’exemple de la plateforme politique Alternative en passe d’exploser en raison de profondes divergences entre ses composantes.

Qui déterminera, à la table du Club de Madrid, qui doit y être vraiment, pouvant véritablement contribuer à l’élaboration d’un consensus politique en Haïti ?

- Comment impliquer une population telle que celle d’Haïti, imprévisible parce que désorganisée, non encadrée, dans une dynamique de consensus politique ? La population haïtienne, telle qu’elle est aujourd’hui, peut se mobiliser spontanément pour défendre des causes qu’elle ignore, à l’instigation de leaders autoproclamés. A quoi sert, dans un tel contexte, un accord entre des entités politiques qui n’ont aucune prise sur la population ?

- Il faudrait, pour aboutir à un réel consensus, convenir en toute bonne foi que la question du consensus politique en Haïti est loin de concerner uniquement la classe politique à proprement parler. Des forces existent qui déterminent la donne politique en Haïti.

D’abord, sans vouloir parler de corde dans la maison du pendu (en référence au Club de Madrid), il y a l’étranger qui a fini par occuper trop de place. N’est-ce pas, en ce sens, une manifestation supplémentaire de cette prépondérance de l’étranger dans nos affaires que cette initiative du Club de Madrid ? Ne serait-il pas vraiment préférable que, dans ce triste contexte d’occupation qui n’ose se présenter comme telle, ce soit les haïtiens qui s’engagent à chercher le consensus ?

Outre l’étranger, des forces d’argent (haute finance, grand commerce) et des forces occultes tout aussi bien d’argent (trafiquants de tous acabits, contrebandiers) tirent les ficelles, en Haïti. Il va sans dire que de telles forces n’ont aucun intérêt dans la stabilité, à moins que ce soit celle qui garantit leurs privilèges. Elles ne peuvent pas être en faveur de l’instauration d’un Etat de Droit et donc d’un ordre démocratique favorisant la bonne gouvernance, l’éradication de la corruption et l’application scrupuleuse de la Constitution et des Lois.

Quelle capacité des organisations et des partis politiques présents sur la scène à pouvoir contrebalancer la toute puissance et l’omniprésence desdites forces ? Quelle distance des secteurs politiques par rapport à celles-ci ? Les dernières élections ont prouvé comment ces forces s’impliquent de plus en plus dans la question politique, de sorte que celle-ci cesse, progressivement, d’être l’apanage des politiciens professionnels.

Quels représentants des forces d’argent apparemment légales et des forces occultes d’argent et de pouvoir seront à la table du Club de Madrid pour définir les contours du « consensus politique » dont on parle ?

- L’initiative du Club de Madrid bénéficie-t-elle du support du parlement haïtien qui, en tout état de cause, en raison de sa légitimité comme co-dépositaire de la souveraineté nationale, devrait offrir le cadre d’un dialogue orienté vers l’établissement d’un consensus politique ?

- Par rapport à la démarche du Club de Madrid, quid de l’initiative de dialogue national de l’Eglise catholique annoncé par l’Evêque Pierre André Dumas ? Une aussi importante institution nationale est-elle donc prête à renoncer à son projet au profit de celui du Club de Madrid ?

- La dernière considération, et pas la moindre, est une interrogation supplémentaire : les dirigeants politiques invités à la table du Club de Madrid sont-ils prêts à découvrir, finalement, le sens et l’importance de la parole donnée ? Respecteront-ils l’engagement qu’ils auront éventuellement pris et sont-ils prêts à le défendre au-delà des divergences et des situations politiques qui, dans la plupart des cas, menacent les équilibres atteints et remettent toujours le compteur à zéro ?

Marvel DANDIN