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Dix éléments de l’épineux paradigme de la « réconciliation nationale »

Publié le lundi 30 janvier 2012

La réconciliation nationale constitue à la fois un objectif noble et une priorité. Mais, quelles en sont les conditions ?

1-D’abord : elle ne pourra pas être atteinte au détriment de la justice et de la vérité. Les plaies ne se cicatriseront jamais. Les rancœurs demeureront vives. Les déchirements feront à nouveau surface, à la moindre occasion, si l’on tente de le faire contre la justice et la vérité.

2-Agir contre l’impunité constitue une exigence et une étape majeures de toute entreprise de réconciliation nationale. En Haïti, l’impunité s’érige en système. La condition pour que ce ne soit pas la loi du talion qui prévale (œil pour œil, dent pour dent) c’est la garantie que ceux qui violent les lois seront punis conformément à la loi. D’où, l’instauration de l’autorité de l’Etat, impartiale, juste et implacable.

3-La réconciliation nationale suppose également l’engagement des différents secteurs de la vie nationale par rapport à un véritable projet collectif de « vivre ensemble ». Ainsi, les haïtiens se reconnaitront-ils dans ce projet. Ce sera alors le grand « Konbit nasyonal », le « Kole zèpòl » tant escomptés.

4- Cela passe nécessairement par la participation de tous à l’œuvre collective. Un objectif qui ne sera pas atteint si la décentralisation ne devient pas une réalité, si le principe de la concertation et du consensus n’est pas consacré, si l’organisation démocratique de la société n’est pas facilitée.

5-Il en découle qu’il n’y aura jamais de réconciliation nationale tant que le pouvoir restera concentré en certaines mains, notamment dans la République de Port-au-Prince ; on n’y arrivera pas tant que la démocratie ne sera que verbale, en ne s’inscrivant pas dans le fonctionnement normal des dirigeants et des institutions.

6-Réconcilier les haïtiens, réconcilier la nation avec elle-même : cela suppose la renaissance de la confiance entre haïtiens et de la confiance dans le pays. D’où, la nécessité de la transparence dans le fonctionnement des institutions et dans la gestion des ressources publiques. Personne n’y croira sans cette transparence. La méfiance ne s’estompera pas.

7-S’il faut aboutir à la réconciliation nationale force est d’admettre que les haïtiens doivent se parler et se regarder droit dans les yeux. Cela nous amène à toutes les expressions et propositions dont on parle ici et là depuis quelques temps : dialogue national, conférence nationale, konbit nasyonal, refonde nasyon an, etc…

8-Le précédent point fait appel à la légitimité, au leadership et à la vision : il en faut pour pouvoir sonner le grand rassemblement général et conduire le projet à bon port.

9-La capacité et la motivation d’exercer ce leadership et de développer cette vision conduisent à un maitre-mot devenu désuet dans le discours et la pratique des dirigeants de ce pays : le patriotisme. Il faut aimer le pays pour vouloir et pouvoir s’identifier à lui. Il va donc sans dire qu’on doit être du pays. Etre haïtien, dans toute l’acception du terme, est donc loin d’être une exigence farfelue.

10-Pour reprendre en main le pays et rassembler les haïtiens : il faut tenir en respect l’étranger en cherchant à établir avec lui des rapports beaucoup plus équilibrés. L’histoire a prouvé et prouve encore que nous ne sommes pas les seuls à être à l’origine de nos divisions et à les entretenir. L’histoire a prouvé et prouve encore que l’étranger détient son propre agenda et que nos divisions favorisent ses ingérences et compromettent chaque jour davantage notre souveraineté.

On voit bien que la réconciliation nationale marche forcément de pair avec un réel programme démocratique de réappropriation du pays par les haïtiens, passant par le fonctionnement normal des dirigeants et des institutions.

Est-ce ce à quoi on assiste aujourd’hui quand nos dirigeants parlent de réconciliation nationale ?

Marvel DANDIN