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Martelly insulte des parlementaires chez son Premier ministre

Le chef de l’Etat, qui s’est invité mercredi soir à une réunion de travail entre Garry Conille et une délégation de Sénateurs et Députés de INITE et alliés, aurait dénoncé un complot visant à le renverser et donné une fin de non recevoir à la volonté exprimée de la commission spéciale du Sénat d’analyser son dossier dans le cadre de l’enquête ouverte sur sa présumée nationalité ; la Primature et le Sénateur Joseph Lambert, allié du pouvoir, nient l’existence d’un nouveau scandale

Publié le jeudi 2 février 2012

Le Président Michel Martelly a copieusement invectivé des parlementaires et proclamé son refus catégorique de mettre ses documents de voyage à la disposition de la commission sénatoriale enquêtant sur sa nationalité, un incident de trop pour le pouvoir qui s’est produit lors d’une réunion de travail qui se tenait mercredi soir à la résidence officielle du Premier ministre Garry Conille, à Musseau (est de Port-au-Prince).

Selon plusieurs témoignages, dont celui du Sénateur John Joël Joseph, l’ancien chanteur de Compas surnommé « Sweet Micky », arrivé à l’improviste à la rencontre, aurait accusé les élus de fomenter un coup d’état contre son régime, en place depuis tantôt neuf mois.

Cette énième sortie fracassante du chef de l’Etat constituait implicitement un désaveu pour son Premier ministre qui était visiblement embarrassé à la fin de sa séance de travail avec les Sénateurs de l’ancienne plateforme présidentielle INITE et les Députés du bloc parlementaire GPR.

Le deuxième Sénateur de l’ouest soutient que Michel Martelly a fait une brusque apparition après qu’un des parlementaires présents, dont le nom n’a pas été révélé, lui avait mis la puce à l’oreille.

Les discussions auraient pris une tournure orageuse suite à une intervention du Sénateur du nord-est, Jean-Baptiste Bien-Aimé, qui a fait comprendre au dirigeant haïtien que la soumission de son dossier à la commission d’enquête était un impératif.

Un cocktail d’insultes les unes plus explosives que les autres a donc alors été servi à chaud aux Sénateurs et Députés qui n’étaient pas encore partis. Ainsi, « Sweet Micky » aurait refait surface et déclaré que les investigateurs pourraient bien attendre la fin de son quinquennat pour récupérer dans son … cul le passeport tant attendu au Parlement.

Pire, ajoute John Joël Joseph, le Président s’en est pris au Sénateur Steven Benoît, pourtant absent lors de cette soirée très agitée, avant de menacer de recourir aux armes pour affronter les parlementaires qui chercheraient à l’anéantir politiquement.

Dans une interview à Radio Kiskeya, le responsable du bureau de communication de la Primature, Garry Bodeau, a pratiquement pris le contre-pied des révélations des élus. Il a laissé entendre que tout s’était bien passé lors de la visite de Michel Martelly qui était venu discuter d’un dossier extrêmement important avec le chef du gouvernement après avoir, explique-t-i-l, tenté, sans succès, de le joindre au téléphone.

Une version des faits qui rejoint étrangement celle du Sénateur Joseph Lambert, chef de la majorité au Sénat et principal allié politique du locataire du Palais National depuis quelque temps. En fin de mandat, le représentant du sud-est, qui, par ailleurs, préside la commission d’enquête sur la nationalité, se déclare étonné d’apprendre à quel point les médias auraient mésinterprété les propos du chef de l’Etat.

S’exprimant sur la Télévision Nationale, il a toutefois admis, sans donner le moindre détail, qu’il y a eu des « échanges très durs » entre M. Martelly et certains de ses collègues.

Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2011, l’ex-chanteur n’en finit pas d’accumuler les dérapages au risque de faire détériorer le climat politique et de précipiter le pays dans un cycle de crises contre-productives. spp/Radio Kiskeya