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"Ayiti pap dekole" en cas de rétablissement d’un régime autoritaire et despotique

Publié le lundi 6 février 2012

De tout temps, les dirigeants qui se sont montrés intolérants vis-à-vis de la presse ont toujours eu des choses à cacher.

Le refus de transparence est fonctionnel, dans les régimes autoritaires ou qui aspirent à l’être. Il s’agit d’une condition indispensable à l’exercice d’un tel type de pouvoir. Il ne faut pas que l’opinion publique soit au courant des dossiers, de la manière dont ils sont gérés, des fonds qui sont engagés et des acteurs qui sont impliqués. Du moins, ce qu’elle peut en savoir doit émaner du pouvoir, par l’organe du Chef ou des Chefs et à travers des structures contrôlées de communication ou de propagande (médias d’Etat et privés sous contrôle, bureaux de communication).

Le refus de transparence ne se limite pas uniquement aux questions relatives à la gestion économique et financière. Il touche à tout ce qui se rapporte à la gouvernance et au fonctionnement des dirigeants, le principe de base étant que c’est au pouvoir qu’il revient de déterminer ce qui sera public et ce qui ne le sera pas.

Les journalistes et, aujourd’hui des parlementaires, qui veulent transgresser ce principe, sont perçus comme des ennemis dangereux par le pouvoir. D’où les insultes et l’hostilité verbale dont ils sont l’objet de la part du Chef. Des attitudes qui laissent présager des heures sombres pour le pays.

Comment une telle situation devrait-elle être analysée ?

D’abord, il faut signaler l’existence d’un nombre indéterminé de personnes dans différents secteurs et en diaspora, qui semblent n’avoir pas encore mesuré l’ampleur du danger que courent, non pas uniquement les journalistes et les parlementaires, mais le pays entier avec le genre de comportement qu’affiche depuis son accession á la présidence M. Martelly alias Sweet Micky . C’est malheureusement coutumier chez nous que les gens ne réalisent la dimension des catastrophes que pendant qu’ils les vivent. La prévision et la prévention ne sont définitivement pas nos points forts.

On est pourtant exposé au risque de ne pas pouvoir décoller après la terrible catastrophe du 12 janvier 2010. Car, les régimes autoritaires ont fait leur temps. Pas que les gouvernements de la communauté internationale n’en veulent absolument plus. Mais, l’opinion publique dans la plupart des pays avec lesquels nous entretenons des rapports, a fait son deuil de la dictature.

En Amérique du sud, analysez l’exemple du Brésil, de l’Argentine et du Chili qui ont connu de féroces dictatures. Le Paraguay et la Bolivie, ne sont pas en reste, également, concernant l’expérience démocratique après avoir été pendant longtemps dirigés par des satrapes militaires.

Plus près de nous, la République dominicaine n’arrête de progresser grâce au système démocratique. Cuba, cherche difficilement la formule de réforme qui puisse lui permettre de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve, en dépit des conquêtes indéniables de la révolution dans maints domaines.

En Afrique, c’est pareil, avec les récents cas de révolutions en Tunisie, en Egypte, en Libye. Dans ce dernier pays, il faut certes noter l’ingérence occidentale via l’OTAN. Mais, si le régime Kadhafi était aussi populaire qu’il le prétendait avant d’être tué, cela aurait coûté beaucoup plus à l’occident de le renverser.

Il y a l’exemple du Sénégal troublé actuellement en raison de l’obstination d’Abdoulaye Wade à vouloir illégalement briguer un 3ème mandat.

Et puis, ailleurs, on ne saurait passer sous silence les cas du Yemen et de la Syrie.

En clair, les régimes autoritaires n’ont plus droit de cité. Alors, pourquoi, chez nous, veut-on essayer de refaire l’expérience du pouvoir autoritaire avec un Super Chef « Towo Gwonde » ? Qui, en Haïti, dans la diaspora et dans le monde, croit que le retour à un tel système va amener le progrès et le développement dans ce pays ?

Ce n’est plus un secret pour personne que l’opinion publique des pays donateurs et pourvoyeurs d’aide est vigilante et exerce des pressions sur les gouvernements pour qu’ils utilisent à bon escient les ressources dont ils disposent dans le cadre des relations bilatérales avec les pays pauvres. C’est pour cela qu’ils exigent la bonne gouvernance, qui ne saurait se passer de la transparence, et donc du système démocratique.

Il en va de même pour les institutions financières internationales. Elles exigent tout aussi bien la bonne gouvernance et la transparence et n’ont que faire de régimes autoritaires prêts à engloutir leurs fonds dans le gaspillage et la corruption.

On peut en dire autant des investisseurs qu’on prétend chercher partout. Ils ne s’aventureront pas en Haïti si le pays est dirigé par un régime autoritaire et despotique qui, assurément, ne saura pas garantir la paix, la sécurité et la stabilité, indispensables à la matérialisation du fameux slogan « Haiti is open for business ».

Marvel DANDIN