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Haiti-Editorial

A l’attention de ceux qui, frappés de cécité intellectuelle, vont à contre-courant de l’histoire et de l’évolution des NTIC

Ignorance des faits historiques/Justification du racisme anti-haïtien

Publié le dimanche 12 février 2012

Permettez d’abord que je rappelle à qui semble l’ignorer que nous sommes au 21ème siècle. C’est l’ère du développement fulgurant des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ; celles qui devraient permettre aux pays en retard comme le nôtre de combler au plus vite leurs lacunes et de rattraper d’autres qui, à un certain moment, leur étaient comparables à plus d’un titre.

Ces technologies devraient favoriser les débats contradictoires aptes à garantir une meilleure appréhension du réel, dans la perspective de sa transformation positive dans le sens du progrès et du développement.

Or, voilà que certains, jouissant du privilège d’accéder à ces technologies, en profitent constamment pour déverser toutes sortes d’insanités à la face du monde, dans le but évident de défendre de vils intérêts de personnes et/ou de partis.

L’histoire récente a pourtant amplement prouvé que de telles attitudes, loin d’assurer notre avancement, ne font au contraire qu’accentuer nos retards dans tous les domaines. Qui peut, aujourd’hui, déterminer quoique ce soit de positif apporté au pays par le fanatisme politique, sinon que : la division, les guerres fratricides, les assassinats politiques, l’exil, l’analphabétisme, le sous-emploi, la dégradation de l’environnement, l’exode massif vers des terres plus clémentes, la malnutrition, les maladies, le manque d’infrastructures routières, sanitaires et autres. C’est loin d’être une propagande qu’Haïti soit la « lanterne rouge » du continent, c’est-à-dire le dernier dans tous les domaines.

Alors, faut-il croire que les anciennes méthodes de gestion et les pratiques politiques et politiciennes séculaires pourront nous tirer de ce bourbier infect de sous-développement total ?
Il n’est peut-être pas superflu de rappeler certains événements qui pourraient contribuer à éclairer la lanterne de plus d’uns sur nos errances et leurs graves conséquences.

Toute une génération d’intellectuels haïtiens a été expatriée de gré ou de force dans les années 60 au moment où la dictature se renforçait. D’autres, restés au pays, ont dû faire face à toutes sortes de calamités en échappant aux exécutions sommaires ou aux geôles sinistres de Fort-Dimanche.

Sous Jean-Claude Duvalier, après une brève parodie d’ouverture intitulée « libéralisation-démocratisation », l’étau s’est vite refermé et la répression contre toutes les libertés a continué son cours. « Le bal était fini », « Pitit tig » redevenait « tig ».. Et, on repartait pour une nouvelle ère de ténèbres et d’obscurantisme.

A côté des exilés politiques du 28 novembre 1980, ceux de l’intelligentsia qui pouvaient voyager avaient également volontairement pris le chemin de l’exil. Ceux restés au pays, y compris les journalistes indépendants, devaient se taire, jusqu’au réveil politique du dernier trimestre de l’année 1985 avec les « leve kanpe » partout dans le pays, notamment aux Gonaïves. Les « Ti Legliz » (communautés ecclésiales de base) et d’autres secteurs de la population avaient alors lancé le grand mouvement de « dechoukaj » qui allait aussi connaître ses travers. Car, à la chute de la dictature, il y a eu des représailles démesurées contre les duvaliéristes. Nombre d’entre eux avaient été lynchés et leurs maisons incendiées. L’article 291 de la Constitution de 1987 a par la suite formellement exclu pour 10 ans ceux d’entre eux qui étaient les plus zélés défenseurs de la dictature. Mais on sait que, dans la pratique, une catégorie plus vaste de duvaliéristes était exclue de la vie politique.

Le Conseil National de Gouvernement (CNG) a fait de son mieux pour maintenir le duvaliérisme sans Duvalier. Cela a donné lieu au « Rache Manyòk », puis, entre autres drames et tragédies, aux massacres de Jean-Rabel et de la rue Vaillant, à l’occasion de la brutale annulation des élections qui devaient être les premières, libres et démocratiques, de l’après-dictature.

Manigat s’est ensuite amené, en vainqueur des élections organisées par l’armée répressive. Ce ne fut qu’un bref intermède démocratique au terme duquel, le 19 juin 1988, il a chèrement payé son pacte « contre nature » avec des ennemis jurés de la démocratie.

Le général Henri Namphy s’est encore amené pour poursuivre les mêmes basses œuvres antinationales. Son collègue Prosper Avril devait lui succéder à la faveur du soi-disant « coup des petits soldats ». Ce fut encore la poursuite de l’œuvre duvaliériste de pillages et de répressions. La répression du week-end de la Toussaint 1989 allait alors se produire. Puis, ce fut la mobilisation générale et l’assassinat de l’écolière Roseline Vaval qui allait emporter le « Jal Pèpè kakit » en mars 1990.

Nouvelle éclaircie démocratique avec l’accession au pouvoir de la juge Ertha Pascal Trouillot. Grâce à la présence d’observateurs de l’ONU et de l’OEA, des élections libres allaient être organisées le 16 décembre 1990, largement remportées par le « petit prêtre des pauvres », Jean Bertrand Aristide.

Avant sa prestation de serment le 7 février 1991, un mois avant, soit le 7 janvier 1991, Roger Lafontant tenta de se hisser au pouvoir en procédant à l’enlèvement, chez elle, de la présidente provisoire Ertha Pascal Trouillot, et en s’installant au Palais national.

Une partie de l’armée démobilisée, agissant alors sans avoir reçu d’ordre du haut commandement introuvable alors au GQG des FAD’H, décida d’interrompre cette folle aventure en procédant à l’arrestation du « prezidan dekapotab » Lafontant et de ses acolytes. Le pays allait connaître des heures noires dont les historiens, les journalistes et les chroniqueurs n’ont pas suffisamment parlé : il y a eu en effet d’extraordinaires représailles contre des gens identifiés comme des supporters du Dr Lafontant ou des gens supposés tels. Le sang a alors abondamment coulé et le feu a causé des dégâts incommensurables.

Et puis, Jean-Bertrand Aristide s’est installé et n’est resté au pouvoir que 7 mois : il devait être en effet renversé par un sanglant coup d’Etat militaire le 30 septembre 1991, après, certes, des erreurs incontestables d’approche et de stratégie dans ses rapports avec différents secteurs, dont le parlement et l’armée, qui ne justifiaient tout de même pas qu’il ait été démis de ses fonctions et envoyé en exil.

Trois années de terreur militaire s’ensuivirent. La mobilisation contre le « putsch », tant internationale que nationale, battait également son plein.

Finalement, après le désastre de l’embargo assez contestable d’un point de vue patriotique et suite à l’intense bataille politique et diplomatique livrée pour faire échouer l’armée, les autorités constitutionnelles devaient regagner le pays et leurs postes le 15 octobre 1994 sur les ailes de l’aigle américain, précédées du second et honteux débarquement des « blancs » en septembre 1994.

Qu’est-ce qu’il y a eu par la suite qui puisse autoriser qui que ce soit à faire aujourd’hui l’apologie du fanatisme politique aveugle et insolent ? Qu’est-ce qui s’est passé sous Aristide première version, sous Préval première version, sous Aristide II, sous le gouvernement de transition Alexandre/Latortue et sous Préval II qui puisse aujourd’hui justifier que l’on doive demeurer ou retourner dans les fanges de l’intolérance, de l’ignorance et du fanatisme politique ?

On a vu que tous ont pratiqué des politiques à courte de vue en faveur de leurs clans politiques et économiques, en faveur des grands intérêts étrangers et que, jamais, les intérêts nationaux fondamentaux n’ont été défendus. Les principales institutions prévues dans la Constitution de 1987 n’ont jamais été mises en place. D’autres, qui existent déjà, n’ont jamais été consolidées. De sorte que, jusqu’à présent, les conditions objectives existent pour l’exercice et le triomphe du pouvoir personnel et totalitaire.

D’où, la situation que l’on vit aujourd’hui avec le spectre du retour aux pratiques anciennes, d’un présidentialisme fort et despotique ne laissant aucune opportunité aux différentes instances de pouvoir. La primature, le parlement, le pouvoir judiciaire, les collectivités territoriales en pâtissent déjà.

Ceux qui tirent aujourd’hui à boulets rouges à la fois sur la presse démocratique et les secteurs critiques des actes du pouvoir doivent assumer qu’ils sont en faveur d’un tel système.

Ceux qui, particulièrement dans la diaspora, prennent la mouche quand des secteurs questionnent et s’inquiètent contre certaines dérives, doivent dire haut et fort que, contrairement à la situation privilégiée de démocratie dont ils jouissent dans leurs pays d’accueil, ils croient fermement qu’Haïti doit demeurer « un petit coin » où les règles et les principes des sociétés modernes ne doivent pas exister. Au demeurant, ils partagent et soutiennent les opinions racistes sur l’incapacité des haïtiens à se prendre en main et à se diriger. D’où, selon cette thèse, la nécessité du colonialisme.

Ceux qui s’offusquent contre les protestations émises après l’ordonnance honteuse du juge Carvès Jean dans l’affaire Duvalier, doivent publiquement assumer que ce dernier ne fut jamais un dictateur, que personne n’a été tuée sous son règne et qu’il n’aurait jamais dû être renversé. De ce fait, vu qu’il a été injustement chassé et qu’il était président à vie sur la base de la Constitution alors en vigueur, il devrait être tout bonnement remis en selle, comme le suggère avec ironie une note circulant sur Internet.

Faisant l’apologie de l’impunité, ceux qui s’opposent au devoir d’informer et de questionner devraient assumer qu’ils ne sont pas en faveur de la justice, de la règle de droit, et qu’ils appuient les récidivistes, les fugitifs, les bandits de tout calibre, les kidnappeurs, les violeurs, les assassins. Car, comment ces derniers pourront-ils être jugés quand des individus qui furent les architectes et les gérants attitrés du système de corruption et de vol systématique, de criminalité et de terrorisme d’Etat, sont épargnés ?

Ceux qui s’opposent au débat démocratique doivent courageusement clamer qu’ils sont en faveur de la « censure-baboukèt », de la pensée unique, de l’absence de transparence et du pouvoir autocratique.

Ceux qui ne s’inquiètent pas du risque et des conséquences de la gestion plus directe du pays par des étrangers, y compris des haïtiens naturalisés, doivent admettre qu’ils sont contre la Constitution sur laquelle les concernés ont prêté serment, qu’ils ne croient plus en la souveraineté des nations et que les haïtiens n’ont que faire de l’indépendance et de leur glorieuse histoire de peuple ayant combattu le colonialisme.

Alors, puisqu’il en est ainsi, nous ne serons plus surpris des balivernes qui continueront assurément à être déversés sur le site internet que nous avons généreusement mis à disposition de tous, à partir de nos maigres moyens, pour intensifier le débat démocratique.

Nous ne nous tromperons pas également en réalisant que les ténèbres risquent d’être terriblement épaisses pendant encore longtemps et qu’il faudra aux démocrates et aux patriotes à la fois une patience d’ange et une détermination à toute épreuve pour continuer à lutter contre l’ignominie, les infamies, l’ignorance, l’analphabétisme, la mauvaise foi, la sotte arrogance et les tentatives d’intimidation sous quelque forme qu’ils puissent se présenter ou se dissimuler.

Marvel DANDIN