> Editoriaux > Le "lourd" agenda de “l’après-danse”

Haïti-Editorial

Le "lourd" agenda de “l’après-danse”

Des dossiers urgents et prioritaires

Publié le mercredi 22 février 2012

Après le Carnaval des Cayes que le chef de l’Etat, Michel Martelly, peut désormais mettre à son actif, d’importants dossiers attendent d’être abordés en urgence, s’il faut éviter l’aggravation de la crise chronique.

1-La question du gouvernement

Le premier ministre Garry Conille a-t-il profité de l’intermède carnavalesque pour rétablir son leadership ? « Ses » ministres continuent-ils de ne jurer que par le Palais national ?

Le « fil » a-t-il pu être rétabli entre M. Conille et le chef de l’Etat ? Ont-ils, chacun de son côté, réalisé leur statut d’homme d’Etat dans un pays exsangue, occupé de surcroit, et qui ne demande qu’à être sérieusement pris en charge par des nationaux conséquents ?

A propos du gouvernement, les spéculations les plus diverses ont émaillé les réflexions dans divers milieux, au cours du week-end carnavalesque. Selon certaines d’entre elles, une course contre la montre serait engagée entre les deux Chambres du Parlement pour que l’une devance l’autre dans l’interpellation du Premier ministre Conille, d’un côté, à l’instigation du chef de l’Etat, pour le renvoyer ; de l’autre, à l’instigation de ceux qui, estimant qu’il faut contenir le président, veulent accorder un vote de confiance à M. Conille. Dans cette seconde option, il n’est pas exclu que certaines « têtes », des « pions » éminemment « martelliques », soient écartés alors que d’autres proposent même un renvoi de tous les ministres en bloc et le maintien en poste du Premier ministre.

Un autre scénario existerait consistant, pour les ministres du président, à démissionner de leur propre chef, afin de contraindre le premier ministre à partir si aucune des 2 Chambres ne parvient à le renvoyer et s’il s’accroche à son poste...

2-L’enquête sur la nationalité des dirigeants du pays

Celle-ci est arrivée à une phase critique : les ministres ont certes sollicité et obtenu le report de leur comparution par-devant la commission sénatoriale d’enquête. Mais, est-ce nécessairement pour soumettre leurs documents de voyage ? Ne risque-t-on pas d’assister au même scénario du secrétaire d’Etat à la production animale, Michel Chancy, qui, s’étant présenté par-devant la commission, a signifié à celle-ci son incompétence à apprécier ses documents ?

Si un tel cas de figure se reproduit avec d’autres membres du gouvernement, la commission va encore se trouver dans l’impossibilité de sortir de l’imbroglio dans lequel elle se trouve depuis que, jouant sa partition dans cette « fameuse affaire », l’ambassadeur des Etats-Unis a « renseigné » (sans renseigner) en informant que le numéro de passeport soumis par le sénateur-trublion Moise Jean-Charles ne concerne pas M. Martelly.

« L’historique » sénateur Joseph Lambert et son alter ego plus discret, pour ne pas dire sournois, Youri Latortue, doivent tout de même faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour clore le dossier et sauver le président, comme on les soupçonne d’en avoir la mission. Que vont-ils faire tout de même pour sauver certains membres de l’équipe gouvernementale dont ils avaient solennellement affirmé avoir vérifié la nationalité étrangère ?

La situation risque de se compliquer avec la promesse faite par des secteurs proches de Lavalas de faire leur entrée sur la scène à partir du 29 février si le chef de l’Etat ne soumet pas ses documents de voyage à la commission sénatoriale d’enquête.

3-La Constitution amendée et les élections

Il se dit, dans les milieux généralement bien informés, qu’à la demande expresse du Conseil de sécurité des Nations Unies, le chef de l’Etat s’est de nouveau engagé à publier la Constitution amendée. Il aurait, pour ce faire, exigé des garanties des 2 chambres du parlement qu’une telle décision ne se retourne pas contre lui.

Ce faisant, d’intelligentes dispositions auraient été déjà prises en vue de « doter » le pays d’un Conseil Electoral Permanent « bien monté », dont l’Exécutif devrait s’assurer du contrôle en y nommant à la fois ses 3 représentants et ceux du judiciaire, sur les 9 personnalités qui doivent constituer la nouvelle entité.

La nomination et l’installation le vendredi 17 février des juges manquants de la Cour de Cassation, dans la précipitation, s’inscriraient dans le cadre de ce sordide stratagème. D’aucuns se demandent si tous les juges installés figuraient régulièrement sur la liste soumise par le Sénat. Ce fut donc une opération savamment couverte par « le carnaval présidentiel » ayant suivi et qui s’est terminé dans les conditions que l’on sait dans les parages de la Faculté d’Ethnologie.

Il fallait donc, apparemment, créer un événement, qui puisse détourner l’attention de l’opération politico-judiciaire majeure de la matinée. Les partis politiques et la société civile dite organisée n’y ont apparemment rien vu. Ils ont encaissé le coup sans broncher, se réservant peut-être de protester « énergiquement » quand l’Exécutif aura ouvertement entrepris de nous « filer » son CEP « bien monté ». Il sera alors peut-être trop tard pour protester. Et, la sacro-sainte communauté internationale viendra rappeler à l’ordre les uns et les autres, au nom de la stabilité et de la reconstruction archi-nécessaire. Encore une fois, on aura alors les élections que l’on mérite. Et ce sera encore la crise et jamais la stabilité, et toujours le "blanc"...

4- Le dossier de l’Université

Désormais, après les incidents du 17 février, il existe un contentieux entre la communauté universitaire et la présidence. Certes, il importe qu’une enquête vienne clairement établir les responsabilités dans cette affaire. On est tous d’avis que le chef de l’Etat ne devrait être l’objet d’aucune agression lors du « carnaval présidentiel ». Par contre, l’intrusion de ses partisans au sein de l’espace universitaire et les dégâts qui en ont résulté ne laisseront pas la communauté universitaire impassible. Comment la présidence envisage-t-elle de gérer le dossier ? Quelle voie entend-elle priroiser, celle de la médiation et de la gestion de conflit ou celle de la confrontation ?

Au sein même de l’Université d’Etat, le président Martelly compte des partisans. Ils venaient juste de recevoir de l’argent pour organiser leur propre carnaval, à l’insu des décanats et de leurs condisciples. Comment entendent-ils se positionner par rapport à l’incident de la Fac d’Ethnologie ? N’y a-t-il pas un risque de déchirement de la communauté estudiantine ?

5-D’autres dossiers, et pas des moindres

Dans l’agenda de l’après-danse, il faut aussi inscrire : le dossier de l’audit des bizarres contrats signés pendant la période de l’état d’urgence ; la question de l’armée, avec les militaires démobilisés de plus en plus menaçants dans les rues ; le vote du projet de budget pour le nouvel exercice fiscal ; les risques de recrudescence du choléra après le carnaval ; le mécontentement manifeste des employés licenciés des entreprises publiques ; la pression des déplacés internes et des chômeurs ; la gestion des rapports entre la présidence et la presse, etc…

Décidément, il y a du pain sur la planche pour des hommes et des femmes qui veulent se faire passer pour des dirigeants et des dirigeantes compétents et de qui on ne peut qu’en attendre la preuve. Il y a aussi du boulot pour les hommes et les femmes de la société civile et politique contraints de prouver leur existence par des prises de position et des actions conséquentes dans un contexte où tout optimisme béat est et demeure interdit, jusqu’à nouvel ordre...

Marvel DANDIN