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Haïti-Editorial

Le pays compte-t-il vraiment des partis politiques ?

Pas de démocratie sans des partis responsables solidement implantés dans la population et engagés dans la recherche de solutions à ses problèmes

Publié le lundi 2 avril 2012

Depuis l’accession de Martelly au pouvoir, les partis politiques ont comme disparu, confirmant le thème de campagne du locataire du Palais national à savoir que les partis ont fait long feu.

Les interventions dans la presse des « leaders politiques » revêtent depuis l’aspect de simples prises de position, de gesticulations même, dignes de l’homme de la rue. Aucune démarche significative de leur part portant sur la nature profonde des problèmes et la nécessité de leur trouver des solutions justes et durables.

Pourtant, la présente conjoncture ne tarit pas de thèmes qui nécessiteraient des mises en contexte et en perspective, afin de permettre à la population de savoir quelle orientation adopter. Le rôle des partis politiques devrait être de se pencher sur les problèmes les plus essentiels et d’accompagner la population, tant dans la réflexion que dans la recherche des solutions.

Les plus cuisants d’entre eux sont : l’insécurité criminelle découlant du banditisme ; la dégradation accélérée de l’environnement qui engendre un autre type d’insécurité avec ses dégâts tant humains que matériels ; la démographie galopante entrainant des exodes et migrations vers les villes et d’autres pays ; la faillite totale de toute sorte de production ; la cherté de la vie ; le chômage endémique ; le non-accès aux soins de santé ; la misère et la détresse intellectuelles et morales ; l’acculturation accélérée et donc la « déshaïtianisation » poussée au profit des sous-cultures nord-américaines et étrangères en général.

Aucune proposition élaborée ne vient des partis politiques concernant ces problématiques.

On ne les entend pas également sur de graves problèmes d’ordre institutionnel et politique qui pointent à l’horizon : l’échéance du second lundi de mai pour le remplacement de 10 sièges au sénat de la république ; et, donc la question de l’organisation des élections également pour les collectivités territoriales (mairies, CASECs, ASECs).

Peut-on dire qu’ils se sont prononcés de façon sérieuse sur des thèmes, tels que : la détérioration des rapports entre l’Exécutif et le Législatif ; les problèmes au sein même de l’Exécutif avec le dysfonctionnement récurrent dans les rapports entre la Primature et la Présidence ; le problème de l’amendement constitutionnel ; la question de la nationalité des dirigeants du pays.

Les partis politiques n’abordent pas également la délicate question du budget de la République. Récemment, ce sont des organisations de la société civile qui se sont donné la tâche, ô combien louable, de fouiller la question. Les partis politiques sont-ils même au courant d’une telle initiative et ont-ils pris note du contenu des réflexions desdites organisations ?

On est aussi en droit de s’attendre à ce que les partis politiques contribuent à la formation, à l’éducation politique et idéologique des masses, de leurs membres et sympathisants afin d’améliorer la qualité de leur participation dans la vie politique. Cela réduirait à coup sûr le phénomène de plus en plus scandaleux des « ABOLOCHO » politiques qu’on retrouve maintenant à tous les niveaux de la société.

Il convient de signaler ici que le rôle des partis ne consiste pas à lorgner les opportunités d’accéder à des postes et/ou de partager le « gâteau ». Encore moins d’occuper le haut du pavé seulement quand on annonce des élections.

Il y a énormément de problèmes auxquels la population est confrontée et qui nécessitent l’accompagnement des « leaders ». Mais, où sont-ils ?

Les autorités actuelles prennent des engagements sur le plan international alors que le gouvernement est démissionnaire ! Que disent nos « leaders » ?

Des dispositions sont prises en vue de lancer une « CIRH » seconde version : qu’en pensent les « leaders » ?

Il se dit que le Môle Saint-Nicolas est finalement bradé et que des iles adjacentes pourraient connaitre bientôt un sort similaire : quel avis des « leaders » ?

Une armée débridée se reconstitue sous nos yeux : que font nos « leaders » ?

Les normes ne sont pas respectées en matière de dépenses publiques. Encore moins dans la passation des marchés publics. Les « leaders » sont-ils au courant ?

Nos « leaders » politiques ont-ils également cherché à savoir pourquoi le président dominicain Fernandez a décoré le chef de l’Etat haïtien Martelly 9 mois seulement après son accession au pouvoir, au moment où il se dit que le pays est livré aux entreprises dominicaines ?

Ces questions n’ont rien d’ironique. L’idée-force sous-tendant de telles interrogations est qu’il est urgent que les partis et les organisations politiques qui veulent bien mériter d’un tel nom, se décident à accomplir leur mission consistant à organiser la population pour qu’elle participe en acteur à la vie politique, par la bonne appréhension des problèmes et la formulation de propositions de solution efficaces autour desquelles elle articulera son action sociale et politique.

Il n’y aura jamais de démocratie en Haïti tant que des partis et organisations politiques structurées, impliquées dans la vie quotidienne de la population, n’organiseront celle-ci et ne l’accompagneront dans l’action politique visant le développement et le progrès.

Marvel DANDIN