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Des Députés « floués » remontés contre le pouvoir, report sine die de la présentation de la politique générale du Premier ministre

Craignant un vote dévastateur pour Laurent Lamothe à cause de l’hostilité de nombreux élus à la décision de l’Exécutif de renoncer à confier le poste de ministre de l’environnement à l’ancien Sénateur Kély Bastien, le ministre chargé des relations avec le Parlement, Ralph Théano, a porté des parlementaires à faire reporter la séance de ratification de la déclaration de politique générale ; l’assimilant à un "espion", des Députés vexés exigent son exclusion du nouveau cabinet

Publié le vendredi 11 mai 2012

Annoncée comme une simple formalité, la séance de ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre Laurent Lamothe a tourné court vendredi et débouché sur un report sine die synonyme d’impasse politique entre un régime revenu sur son deal avec ses alliés et des parlementaires s’estimant bernés après la mise à l’écart d’un ex-Sénateur dans la formation du gouvernement.

Désigné dans un premier temps ministre de l’environnement, Kély Bastien, ancien président du Sénat et de l’assemblée nationale, s’est vu finalement retirer ce portefeuille qui devait lui revenir moyennant l’approbation du programme de M. Lamothe mardi soir, quelques minutes seulement avant l’expiration du mandat d’un tiers des membres du Grand Corps.

Qualifiant de forfaiture ce vote au profit d’un homme jugé inéligible, une dizaine de Sénateurs avaient abandonné la salle de séance et évoqué une possible destitution du Président Dieuseul Simon Desras.

La nouvelle donne a mis vendredi en colère des dizaines de Députés, notamment ceux du nord, solidaires de leur ancien collègue humilié, originaire de la même région.

Selon des sources dignes de foi, devant les risques élevés d’un rejet de la déclaration de politique générale du Premier ministre -qui en est à l’ultime étape de sa ratification- comme un diable dans un bénitier, le ministre reconduit chargé des relations avec le Parlement, Ralph Théano, a tout fait pour empêcher la tenue de la séance. Il a pu entraîner dans son sillage une bonne trentaine d’élus favorables à son nouveau patron et restés à l’extérieur de la salle de séance jusqu’au deuxième appel nominal n’ayant pas permis d’atteindre le quorum.

Informé de l’évolution de la situation, Laurent Lamothe ne s’est pas présenté à la Chambre basse en compagnie des membres de son gouvernement, comme il avait convenu de le faire.

Depuis son sauvetage, M. Théano est dans le collimateur de plusieurs parlementaires qui exigent que son nom soit rayé de la liste des ministres arguant que ce personnage serait une « taupe » dont le comportement contraste totalement avec la mission. Antoine Rodon Bien-Aimé (INITE), Fritz Gérald Bourjolly, allié du Président Michel Martelly, et Sorel Jacinthe (INITE) sont de ceux-là et rejettent sur le ministre la responsabilité de l’échec de la séance de ratification tout en réclamant des explications concernant son travail au Parlement.

Représentant de la circonscription d’Aquin (sud), Bourjolly appelle ses collègues à se ressaisir et à ne pas privilégier la recherche de postes ministériels au détriment des intérêts de la population.

Pour sa part, le Député de Croix-des-Bouquets/Thomazeau (ouest), Jean Tholbert Alexis, a exhorté l’Exécutif à relancer le processus de négociation avec les différents groupes parlementaires afin d’éviter une aggravation de la crise. Partisan du respect de l’engagement pris par le Premier ministre Lamothe envers l’ex-Sénateur Bastien, le chef de file du GPR estime qu’une bonne gestion des intérêts de la majorité dans les deux Chambres est indispensable si le successeur potentiel de Garry Conille ne veut pas qu’on lui enlève la confiance dont il jouit.

Outre Kély Bastien, un autre ex-président de l’assemblée sénatoriale, Rodolphe Joazile, à qui le portefeuille de la défense nationale était promis, devrait lui aussi faire les frais du revirement de l’administration Martelly suite à des réactions internationales hostiles à la création de ce ministère dans un pays occupé où l’armée a été dissoute depuis près de vingt ans.

Cette énième crise intervient à la veille de la célébration lundi du premier anniversaire de l’accession à la Présidence d’Haïti de l’ancien chanteur Michel Martelly. spp/Radio Kiskeya