Après de longs mois de vives polémiques sur un sujet qui divise profondément la classe politique et l’opinion publique, au risque de soulever des protestations, le Président Michel Martelly a finalement pris mardi -dans la spirale des pressions internationales -la décision controversée de promulguer la constitution amendée qui entraînera notamment la formation d’un Conseil électoral permanent et la reconnaissance de la double nationalité.
« Aujourd’hui est un jour important pour Haïti », a lancé le chef de l’Etat lors d’une cérémonie spéciale consacrée à l’entrée en vigueur du nouveau texte constitutionnel qui réunissait au Palais National les présidents du Sénat, Dieuseul Simon Desras, de la Chambre des Députés, Levaillant Louis-Jeune, de la Cour de cassation, Anel Alexis Joseph, le Premier ministre Laurent Lamothe, les membres du cabinet ministériel et les principaux représentants de la communauté internationale.

Validant totalement le processus d’amendement introduit de manière irrégulière le 4 novembre 2009, sous la Présidence de son prédécesseur, René Préval, Martelly est revenu sur un arrêté qu’il avait lui-même pris en date du 3 juin 2011 pour annuler la publication truffée de fraudes et de manipulations du texte voté en assemblée nationale, quelques jousr auparavant, le 9 mai.
Le dirigeant haïtien, qui a insisté sur le fait que les trois pouvoirs étaient associés à la décision annoncée, a ordonné la reproduction dans le journal officiel Le Moniteur de la version originale de la révision constitutionnelle dont les prétendues erreurs matérielles avaient été corrigées. Faisant appel « au sens du sacrifice et à l’esprit patriotique des uns et des autres », très applaudi, Martelly a regretté « l’esprit de division voire de haine » qui a prévalu ces derniers mois dans le pays autour de la question et estimé que « l’amendement apportait beaucoup d’éléments nouveaux indispensables à un Etat moderne ».
Il a notamment cité la formation d’un Conseil électoral permanent dont les membres seront désignés par les trois pouvoirs, la création du Conseil constitutionnel, la mise en place du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), qui doit consacrer l’indépendance de la justice, l’adoption d’un quota garantissant à au moins 30% la représentation des femmes dans les institutions publiques et la reconnaissance de la double nationalité. Cette dernière disposition mettre fin aux querelles interminables entre les haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora, a prédit Michel Martelly en affirmant que désormais tous les haïtiens sont indistinctement reconnus en tant que tels.
Le Président du Sénat, Dieuseul Simon Desras, s’est réjoui de « l’approche moderne » du Président de la république favorable, observe-t-il, au processus de maturation de la nation. Faisant part de son attachement au pluralisme politique et à la construction démocratique, le Sénateur du Centre en appelle à une action unitaire et urgente en vue d’orienter vers le changement un pays qui, dit-il, n’a cessé de faire les frais de ses divisions.
Saluant le geste du Président-chanteur comme une « volonté de continuité démocratique fondationnelle », le président de la Chambre des Députés, Levaillant Louis-Jeune, a encouragé Martelly à continuer sur cette lancée et à éviter tout au long de son mandat de faire le choix du « recommencement handicapant ».
Dans son intervention, le président de la Cour de cassation, Me Anel Alexis Joseph, s’est montré aussi laudatif à l’égard de M. Martelly en indiquant que la plus haute instance judiciaire du pays, contrainte d’intervenir dans le débat constitutionnel, n’avait aucune objection à la promulgation de l’amendement
Visiblement conduit sous l’impulsion de la communauté internationale, ce processus scabreux de révision de la charte fondamentale de 1987 a atteint son point culminant sous forme d’apothéose pour les principaux membres du corps diplomatique visiblement très satisfaits du résultat obtenu. Dans l’assistance, se trouvaient les ambassadeurs américain Kenneth Merten, français Didier Le Bret, canadien Paul Henri Normandin, dominicain Rubén Silié et le Nonce apostolique, Mgr Bernardito Auza.
Loin de faire l’unanimité, la nouvelle donne constitutionnelle, qui risque d’être lourde de conséquences, a suscité la désapprobation de deux ex-candidats à la Présidence, la constitutionnaliste Mirlande Manigat et le notaire Jean Henry Céant, de même que des réactions contradictoires au Parlement. spp/Radio Kiskeya

