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Trois journalistes interpellés en filmant un accident, puis libérés

Un super juge de paix, Arnel Dimanche, a, au mépris de la liberté de la presse et des règles élémentaires de la démocratie, ordonné l’arrestation des confrères du quotidien Le Nouvelliste en leur reprochant d’avoir pris les images du drame enregistré au carrefour baptisé Gérald Bataille ; le pouvoir se réjouit d’avoir facilité la relaxe des membres de la presse tout en mettant en avant des contraintes en matière d’investigation journalistique

Publié le jeudi 20 septembre 2012

Trois journalistes du quotidien Le Nouvelliste ont été appréhendés jeudi sur ordre du juge de paix Arnel Dimanche alors qu’ils filmaient et photographiaient les victimes d’un accident mortel qui venait de se produire au carrefour Gérald Bataille (banlieue nord de la capitale).

Retenus pendant plusieurs heures et libérés suite à une intervention du gouvernement, Natacha Bazelais, Jean Hervé Abellard et Jeanty Junior Augustin étaient accusés de voies de fait sur le magistrat et les policiers ayant procédé à leur arrestation parce qu’ils refusaient de se laisser déposséder de leurs matériels de travail, a indiqué Frantz Duval, le rédacteur en chef du Nouvelliste joint par Radio Kiskeya.

Ne cachant pas son étonnement devant la décision du juge, M. Duval avait fait savoir en fin d’après-midi que les deux confrères et la consoeur, conduits dans un premier temps au commissariat de police de Delmas 33, étaient déférés au tribunal de paix de Delmas (centre-est de Port-au-Prince) pour interrogatoire.

Au moment de leur arrestation, dans l’exercice de leurs fonctions, ils tentaient de résister à l’ordre grotesque que leur avait intimé Arnel Dimanche de lui remettre les caméras en vue d’effacer toutes les images de l’accident.

Ce nouveau drame de la route venait de faire deux morts et plusieurs blessés.

Assimilable en tout point à un scandale remettant en cause les principes cardinaux de l’Etat de droit et la liberté de la presse, la triple arrestation a provoqué une vive émotion dans beaucoup de rédactions où l’on s’inquiétait du sort des prévenus.

Directement impliqué dans les négociations ayant abouti à l’élargissement des travailleurs de la presse, le ministère de la communication dit, dans un communiqué, déplorer un « événement regrettable » et soutient que le pouvoir reste « attaché aux normes prévues par la loi en matière d’investigation et tout aussi bien aux principes de la protection des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions ».

La conclusion du communiqué pourrait nourrir des inquiétudes légitimes au sein de la corporation sur la conception de l’exercice de la profession de journaliste en circulation dans les sphères de pouvoir. spp/Radio Kiskeya