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Haïti - Carnaval 2013

Du feu sous la volonté apparente de s’amuser et d’amuser

Par Leslie Péan, 7 février 2013

Publié le samedi 9 février 2013

Le gouvernement Martelly se veut celui de la gaieté et du rire. Double méprise, car il n’y a ni motif ni fondement pour de la joie. Face aux exigences d’ascèse de notre réel, Haïti croupit sous les instincts suicidaires d’un groupe de jouisseurs qui prennent plaisir à dépenser sans compter les maigres recettes de l’État. Démarche vaine, aléatoire et dangereuse. Le sénateur Moïse Jean-Charles, représentant du département du Nord, prend le contrepied de la propagande du gouvernement qui entretient une politique de l’illusion. Il déclare : « C’est à la pelle que le président Joseph Michel "Sweet Micky" Martelly est en train de vider l’argent du trésor national au bénéfice de sa famille et de ses amis dans de coûteux voyages à l’étranger, location d’aéronefs, acquisitions de véhicules, et retraits irréguliers de la Banque Centrale d’Haïti [1]. » Des pratiques déroutantes d’achats d’objets de luxe qui se sont répandues au point de devenir inconscientes. Des pratiques regrettables pour la grande majorité mais pour lesquelles le gouvernement se félicite.

Ayant compris la place que la musique populaire joue dans l’identité d’une majorité acceptant la médiocrité comme valeur, Michel Martelly a surfé sur l’innovation d’un rythme apprécié par la jeunesse pour partir à la conquête des cœurs et des esprits. Et avec des constructions telles que Poze, tèt fret, Pa manyen, etc., il s’est faufilé dans leur soif d’oubli et de défoulement. À société de carnaval, politique de carnaval répond-t-il en installant une atmosphère de gaieté entrelacée de moments d’humour et surtout de légèreté. Mais se byen konte mal kalkile ! À écouter les méringues carnavalesques qui sont si acerbes à son endroit, il est clair que le président Martelly a perdu son pari dans le cœur des foules. Et magistralement !

Le carnaval est une tradition bien implantée dans la culture et la mémoire haïtiennes. C’est la fête du corps, des reins, des yeux et des oreilles. C’est aussi le temps de la « gouyade » et du défoulement collectif. Le carnaval consacre un moment d’égalité de toutes les couches sociales qui se fondent dans l’euphorie des grands défilés. Les masques servent alors à cacher des excès et à atténuer des comportements parfois indécents. C’est le triomphe de la sensualité. On s’amuse follement dans le décor féérique créé par des rythmes endiablés, des couleurs vives, des masques, des confettis, des déguisements, etc. Les « machan fèy », expertes en grivoiseries, peuvent vous assommer de leurs prescriptions pour impotence et même pour réveiller les morts. Dans ce joyeux désordre, les figurants se lancent dans le défilé avec le charme, l’exubérance et la magie des « la mayotte » et des « chaloska » qui débitent des tours de passe-passe avec spontanéité et improvisation. Les foules souvent emportées vers la casse retrouvent le visage bon enfant caractéristique de leurs penchants naturels. Dommage que les régimes dictatoriaux veuillent toujours exploiter de si belles traditions uniquement à des fins de mystification de la population.

À côté de son aspect ludique et culturel, le carnaval a son propre aspect politique et satirique qui prend de multiples formes et se donne une couleur locale variant selon la conjoncture. Cela peut être tout simplement le boycottage de certains groupes carnavalesques comme on l’a vu dans les derniers mois de la présidence de Louis Borno en 1928. Les groupes populaires d’alors chantèrent les funérailles symboliques du chef de l’État. Puis, l’année suivante, en 1929, nombre de jeunes et autres victimes du système participaient à cœur joie avec le groupe orthophonique GB (Gro Bouzen) sans se laisser manipuler par le gouvernement. Georges Corvington nous rappelle que le carnaval est à nouveau boycotté en 1930 [2]. L’heure n’est pas à la fête car les Haïtiens veulent mettre fin à l’occupation américaine et au gouvernement du président Borno. La fête du carnaval est et a été de tous les temps un enjeu de pouvoir.

En voulant frapper un grand coup l’an dernier, le gouvernement Martelly lançait l’idée d’un carnaval national qu’il célébrait officiellement aux Cayes. On se rappelle encore le spectacle désolant des ministres du gouvernement festoyant jusqu’à 8 heures du matin le mercredi des cendres pour brûler les masques. La pénitence ainsi infligée à certains membres du cabinet n’a rien ajouté au succès pour le moins discutable de ce carnaval quand on considère les maigres retombées politiques et économiques en 2012. Un grand coup pour rien !

Cette année, c’est le Cap-Haitien. Le résultat sera-t-il différent ? Dans l’économie politique des simulacres [3] qui entretient un semblant de normalité, à bien des égards, le carnaval ressemble à s’y méprendre à une fuite en avant. Le pouvoir entretient avec insistance le mythe de l’affluence et de la vie facile. En rupture avec l’ordre de la bienséance, certains en profitent pour donner de nouveaux tours à la haine de l’esprit. Cela se fait par étapes en commençant par la plaisanterie avant de donner le champ libre à l’imagination déglinguée. À la haine de tout ordre quel qu’il fût. C’est la gaudriole du carnaval permanent. Le refus de sobriété est manifeste. Il faut être folâtre et rire à tous les coups. Pour le gouvernement coincé dans le surplace, le principe du plaisir est le seul qui vaille. Avec un budget qui dépend à 60% de l’aide étrangère, le gouvernement Martelly, le dos au mur, cherche une bouffée d’oxygène en se lançant dans une politique carnavalesque tous azimuts. Temps de frivolité que résume bien la méringue Nou pap ka mate li du groupe Kanpech.

Les 319 millions de gourdes utilisés pour financer les trois carnavals des Cayes en février 2012, à Port-au-Prince en juillet 2012 et au Cap-Haitien en février 2013 auraient pu servir à financer la construction de plus de 3,000 maisons au coût unitaire de 100 000 gourdes pour loger les personnes vivant encore sous les tentes. Il est difficile de concevoir des gens qui trouveraient à redire devant la proposition du gouvernement d’allouer l’argent des carnavals à une cause aussi noble. À moins de penser que les Haïtiens sont d’un égoïsme abyssal doublé d’un insondable obscurantisme et ne peuvent pas distinguer entre le fondamental et l’accessoire.

Dans les années 1960, le duvaliérisme a plongé la population dans les polémiques Nemours/Sicot pour tenter de la détourner de la politique et des préoccupations sociales. L’idéal inculqué à la jeunesse a été de savoir jouer un instrument de musique pour s’amuser et survivre. Avec le jean-claudisme des années 1970, les tonton-macoutes se sont investis dans les boîtes de nuit pour faire d’Haïti un gigantesque lupanar. Un peu comme le dictateur Batista avait voulu faire de Cuba. Depuis, Haïti est devenue une grande discothèque avec des fêtards à toutes les heures au point que l’un d’entre eux soit devenu président de la République en 2011. C’est le temps des réjouissances et de l’inconscience. On danse sur un rythme envoûtant sans se rendre compte qu’on s’achemine à grands pas vers la catastrophe.

Les fêtards ne se préoccupent pas du nuage de fumée et de l’odeur de brulé qui les enveloppent. Ils s’amusent entre eux et avec un pays. Dans l’impassibilité et l’indifférence ambiante, la politique actuelle est le reflet le plus éclairant d’une époque de raillerie systématique à l’endroit des choses de l’esprit. L’indéniable fortune du musicien Martelly à la présidence d’Haïti aujourd’hui est la sombre ironie de la victoire tardive d’un courant qui persiste à croire que le déterminant fondamental de la marche de l’histoire ce n’est pas la lutte des classes mais le plaisir. Le sexe tient lieu maintenant de programme politique. Il est devenu à la fois vision collective, moyen de chantage et/ou de promotion, motivation de la vie et enfin finalité de tout. Dans cette perspective joyeuse, seuls survivront ceux qui seront partis discrètement de la discothèque avant que la foule des fêtards se rue vers la sortie parce qu’elle aura enfin subodoré le brûlé au travers du nuage de fumée bleue.

Investisseurs sérieux ou flibustiers

La note 15 sur 100 obtenue par le Centre de Facilitation des Investissements (CFI) en Haïti dans le rapport intitulé Global Investment Promotion Benchmarking 2012 constitue un indicateur de plus de l’état de dislocation de la gestion économique du pays. Cet indicateur fait éclater au grand jour les contradictions d’un pouvoir que tout le monde connaît et que le gouvernement croit pouvoir vivre en sourdine. L’obligation informelle de Marie Danielle Bernardin de retirer sa plainte contre Josué Pierre Louis, à cause des dangers que l’assignation en justice de cet ami du président Martelly lui fait courir, souligne les risques encourus par toute personne ayant un différend avec un proche du régime en place. L’expérience du gouvernement Martelly dément à chaque seconde la propagande « Haiti is open for business ». Un vœu chimérique d’esprits stérilisés par le duvaliérisme et qui continuent avec le non-sens, le kale wès et le bluff dénoncés dans le Piout-Piout de Boukman Eksperyans !

La justice en Haïti est totalement discréditée et aucun cabinet d’affaires jouissant de la moindre renommée internationale ne conseillera à ses clients de mettre les pieds dans ce pays. C’est le règne de la jungle. Les exemples des méfaits abondent. Qu’il s’agisse de la libération en novembre 2012 de l’assassin Calixte Valentin, conseiller du président Martelly, coupable du meurtre de l’entrepreneur Octanol Derissaint à Fond Parisien, ou de l’attentat contre le jeune journaliste Wendy Phèle laissé pour mort à Hinche en mars 2012. Que l’on se réfère aux pressions et intimidations exercées sur le tribunal en décembre 2012 dans l’affaire Marie Danielle Bernardin vs Josué Pierre-Louis [4]. On n’est pas près d’oublier non plus le traitement de faveur donné à Jean-Claude Duvalier en janvier 2012 pour des crimes contre l’humanité qui ne peuvent bénéficier d’aucune prescription.

C’est ce que démontre William G. O’Neill, avocat spécialiste des questions de droits de l’homme et conseiller des Nations–Unies sur le Kosovo. Il écrit :
« Haïti a reconnu la juridiction du tribunal interaméricain et se trouve donc liée par ses principes. Les exactions aboutissant aux milliers de victimes assassinées, torturées et disparues sous le règne de Jean-Claude Duvalier ont été des crimes contre l’humanité au moment de leur perpétration entre 1971 et 1986. Ces victimes, leurs parents et les survivants méritent de voir leur cas, enfin saisi par la Justice. En conséquence, la décision du Juge Carvès doit être et attend d’être renversée. [5] »

L’évidence crève les yeux : un pays dont le système judiciaire est aussi anarchique ne peut attirer aucun investissement étranger sérieux sinon que des flibustiers. Aucun investisseur ne se sent protégé quand la loi ne peut être protégée et imposée par une justice indépendante.

L’économie haïtienne, et encore plus la société haïtienne, est une poudrière qu’une étincelle suffit à faire exploser. La production agricole continue sa chute vertigineuse et un pourcentage croissant de la population ne peut subsister qu’en ayant recours à l’aide alimentaire. La curieuse arithmétique du malheur haïtien se résume ainsi : Pour un dollar dépensé en aide à l’industrie d’assemblage, on réduit de trois dollars l’aide qui allait à l’agriculture. Les résultats sont catastrophiques et dépassent toutes les projections des planificateurs de l’enfer haïtien. Il y de cela 25 ans, Haïti produisait 80% du riz, du maïs, du sucre, des pois et des poulets qu’elle consommait. Aujourd’hui elle importe plus de 80% de cette consommation, dont la majeure partie est financée par les transferts de fonds en provenance de la diaspora. De plus, les prix de ces denrées alimentaires ont connu des hausses significatives au cours des 20 derniers mois, c’est-à-dire de la prise du pouvoir du gouvernement Martelly en juin 2011 à janvier 2013.

Une économie dirigée par des incompétents

Cette inflation affecte particulièrement les prix du pois noir et du mais local qui ont augmenté respectivement de 53% et 50% au cours de la période considérée. C’est aussi le cas pour le maïs importé et le petit mil qui ont vu leurs prix grimper respectivement de 36% et 33% entre Juin 2011 et Janvier 2013. Les employés révoqués réclamant 36 mois de salaires impayés, l’augmentation des prix des terrains dans le Nord en prévision d’hypothétiques investissements dans les mines d’or, la fermeture de 12 distilleries et guildives dans la plaine du Nord occasionnées par suite des importations d’éthanol de la République Dominicaine, sont autant d’éléments expliquant le mécontentement des populations du Nord [6]. Un désenchantement que le gouvernement espère désamorcer avec les déhanchements du carnaval 2013. Alchimie malicieuse et cocasse d’une politique de décentralisation par l’absurde ! À la recherche d’une victoire à la Pyrrhus pendant que le feu couve sous la volonté apparente de s’amuser et d’amuser.

L’économie haïtienne souffre d’un escamotage fondamental consistant à contourner la question financière, pourtant essentielle dans tout processus de développement. Cet escamotage ne vient pas d’aujourd’hui. Il est ancestral. On peut s’en convaincre en étudiant la désinvolture avec laquelle le président Boyer conduisit les négociations de la dette de l’indépendance en 1825. Un siècle plus tard, en 1922, on peut encore observer cette même désinvolture dans le contrat signé entre le Département d’État américain et la Banque Nationale d’Haïti (BNH) devenue banque américaine alors, après avoir été banque française en 1880, quand le président Salomon l’a cédée à la banque française Société Générale de Crédit Industriel et Commercial. Les ressources financières d’Haïti seront dérobées à la faveur non seulement de l’habileté des banquiers français et américains et de leurs gouvernements mais aussi et surtout de la sottise et la bêtise des dirigeants haïtiens.

En effet, les ministres des Finances haïtiens Jean Charles Pressoir et Louis Éthéard, sous lesquels le contrat de 1922 fut signé, acceptèrent que la BNH et la City Bank ne paient pas les taux d’intérêts en vigueur sur les surplus du gouvernement déposés à la BNH. Ces fonds qui ne lui coûtaient rien étaient à leur tour prêtés par la BNH au taux annuel de 9%. Ces ministres des Finances iront jusqu’à défendre leur ignorance des principes bancaires élémentaires. Dans leur fallacieux entendement, le gouvernement haïtien avait un accès immédiat à ces dépôts du fait qu’ils ne produisaient pas d’intérêts. La BNH ne servait que de coffre fort pour sécuriser l’argent déposé. Ces pratiques absurdes se perpétueront dans le système bancaire après l’haïtianisation et la création de la Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH) qui fut à la fois Banque centrale et banque commerciale d’État.

Assimiler les activités d’une banque commerciale à celle d’un locataire de coffre fort est la conception aberrante de nos deux ministres des finances qui ont fait perdre annuellement à Haïti des montants substantiels sur les 4 millions de dollars de revenus gouvernementaux qui y ont été déposés au cours de l’occupation américaine [7]. Le prix de l’ignorance n’a jamais été aussi élevé. En se laissant diriger systématiquement par des gens qui ne sont pas à la hauteur car n’étant pas outillés pour aller au fond des choses, la société haïtienne n’est-elle pas condamnée à se faire avoir ? À moins de « Mete Dwadelom nan dèyè yo » comme le recommande la méringue Dwadelom de Vwadèzil !

Le système financier ne soutient pas la croissance et le développement. Le gouvernement Martelly utilise la même grille de lecture néolibérale de l’économie et de la finance introduite par Leslie Delatour en 1996 avec les bons BRH. La finance ne sert pas au développement, qu’il s’agisse de la dette publique et de son financement à travers les bons BRH, de la politique des réserves obligatoires de la Banque centrale (BRH) et du rationnement du crédit par les banques commerciales. Dans tous les cas, les taux d’intérêt ainsi que les marges d’intermédiation sont élevés. Les possibilités pour les agents économiques de se financer sont réduites. Le crédit par rapport au PIB est faible. Il est de 15% en Haïti alors qu’il est double à la Jamaïque, à Trinidad et à la Barbade. Dans le même temps, les marges d’intermédiation comprises entre 12 et 15% sont le double en Haïti par rapport à celles dans ces autres pays caribéens. Dans le secteur agricole, les entrepreneurs enregistrent des taux d’intérêt planchers de 34% qui rendent difficile la rentabilité de leurs exploitations [8].

Des vérités qui sautent aux yeux

Les donateurs internationaux utilisent le prétexte que le gouvernement est composé d’incapables pour lui donner à peine 1% du volume de l’aide. Les milliards de l’aide gérés par la défunte Commission Intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) ont été canalisés à travers plus de 10 000 organisations non gouvernementales (ONGs) qui font la pluie et le beau temps. Ces ONGs contrôlent 2/3 des dépenses nationales en matière sociale et économique et manipulent 50% des devises entrant au pays.
Haïti a encore les taux d’inscription les plus faibles à l’école primaire (57.8%) et à l’école secondaire (20.8%). Le Programme de Scolarisation Universelle, Gratuite et Obligatoire (PSUGO) mis en avant pour accroître la fréquentation scolaire se révèle un vrai capharnaüm comme le démontrent les experts en éducation Roger Annis et Travis Ross [9]. Ce programme est un trou noir (comme d’autres trous noirs tels que Ti-Manman Chéri, Aba Grangou et le nouveau venu Ede Pèp) car il n’y a eu ni formation des maîtres, ni programmes de suivi, ni mécanismes d’évaluation et d’audit. Ces actions seraient utiles si elles s’inscrivaient dans un plan d’ensemble privilégiant la qualité. Selon le dernier rapport de Transparency International de 2012, Haïti est le pays caribéen le plus corrompu et elle est classée 165e sur 176 pays dans le monde avec la notation faible de 19 sur 100 (plus ce chiffre est élevé, moins le pays est perçu comme corrompu). Mais le discours du pouvoir dit que les jours sombres sont révolus. C’est l’heure de la rédemption ALORAL comme le dit la méringue carnavalesque de Brother’s Posse chanté par Don Kato ! Toutes les promesses de Martelly sont faites du bout des lèvres, à l’oral. La société haïtienne n’aime pas les gens qui ont du caractère. Ni ceux et celles parlant des vérités qui pourtant sautent aux yeux. Des vérités accablantes pour le pouvoir et camouflées par la censure et l’autocensure.

Haïti est le mauvais dernier dans tous les secteurs. Dans le rapport sur la compétitivité dans le monde [10] pour l’année 2012, Haïti est classée 142e sur 144 pays, en baisse d’un cran par rapport à l’année précédente où elle occupait la 141e place. Le Global Executive Survey considère la corruption en Haïti comme un facteur qui entrave la bonne marche des affaires. La manière dont les contrats de prospection des gisements miniers (or, argent et cuivre) ont été octroyés a de quoi inquiéter. Le rejet par le Sénat des contrats signés à la cloche de bois et en violation des lois haïtiennes vient confirmer les résultats des enquêtes publiées par diverses sources sur le mauvais climat des affaires en Haïti. Aucun masque ne peut travestir ces faits. Même pas le meilleur carnaval cache-crise !

Un total de 128 manifestations contre Martelly

Partout, ce sont des frustrations dressant le lit de la contestation et de la révolte. Une explosion est donc prévisible, à moins que le gouvernement se montre plus scrupuleux de la justice et des droits de l’homme. Il ne faut rien écarter. Le sénateur républicain américain Lamar Alexander a évoqué la possibilité d’un coup d’état en Haïti en 2013. Ou pa kon ki kote dlo pase poul monte nan kokoye. Le changement ne viendra pas nécessairement du secteur démocratique actuellement dans l’opposition. Il ne faut pas oublier que le commando qui a débarrassé notre voisin la République Dominicaine du dictateur Trujillo était composé d’anciens proches et fidèles du Maitre. Un commando composé de El Negro, d’origine haïtienne ; un officier d’origine libanaise, très chrétien qui, avant de commettre l’attentat est allé demander l’autorisation au nonce apostolique qui la lui a donnée au nom de Dieu ; et enfin un soldat de la garde présidentielle.

Le climat de sécurité n’existe pas pour l’investissement en Haïti. La résolution 10901 du Conseil de Sécurité de l’ONU en date du 28 janvier 2013 exigeant l’organisation d’élections en Haïti en 2013 est la preuve par 100 que rien ne marche. Loin de toute passivité, les 128 manifestations de protestation organisées entre août et octobre 2012 contre le gouvernement Martelly [11] sont un avertissement de taille que le peuple haïtien n’est pas prêt à accepter n’importe quoi. Les méringues carnavalesques indiquent dans leur grande majorité deux choses : l’échec du conditionnement des cerveaux par la propagande gouvernementale et un pessimisme certain face à l’avenir pour le gouvernement Martelly. Le rejet de la culture de peur et de confusion est clair.

1- Kim Ives, « Le sénateur Moïse Jean-Charles dénonce Martelly ! », Haïti Liberté, 4 - 10 Janvier 2012
2- Georges Corvington, Port-au-Prince au cours des ans – La capitale d’Haïti sous l’occupation 1922-1934, P-au-P, Imprimerie Deschamps, 1987, p. 311
3- Leslie Péan, « Haïti – une économie de simulacres », Le Nouvelliste, P-au-P, 25 janvier 2013
4- AlterPresse, Haïti-2012/Justice : Sous l’emprise du pouvoir exécutif et au service de l’impunité, P-au-P, 31 décembre 2012. Lire aussi « Affaire Josué Pierre-Louis : des organisations de droits humains interpellent le CSPJ sur de graves menaces contre un juge d’instruction », Haiti-Conscience Citoyenne, 21 décembre 2012
5- William G. O’Neill, « Analyse des décisions arrêtées par le Commissaire du Gouvernement Félix Léger au 3 novembre 2011 et par le Juge d’Instruction Jean Carvès au 30 janvier 2012 », Social Science Research Council, New York, NY, 1er février 2012, p. 4
6- Dady Chéry, « Mountains behind Haiti’s protests », News Junkie Post, October 4, 2012
7- Paul Douglass, « The American Occupation of Haiti II », Political Science Quarterly, Vol. 42, No. 3, September 1927, p. 386-387
8- Jacob Kushner, Haitian farmers call on US to stop subsidizing its own, www.globalpost.com, April 12, 2012
9- Roger Annis and Travis Ross, « Martelly’s ’education plan’ for, Haiti is a failed private enterprise model », Canada Haiti Action Network (CHAN), March 20, 2012 10- Klaus Schwab, The Global Competitiveness Report 2012-2013, World Economic Forum, Geneva, 2012
11- International Crisis Group, Governing Haïti : Time for National Consensus, Belgium, 4 février 2013, p. 55

Carnaval 2013 - du feu brûle sous la volonté apparente de s'amuser et d'amuser par Leslie Péan