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Haïti-Editorial

Nécessité d’une opposition digne de son nom

Le temps presse face à l’imminence de la pire des catastrophes !

Publié le lundi 25 février 2013

Si, de l’avis général, l’équipe au pouvoir a fini par convaincre en très peu de temps de son amateurisme et de son manque flagrant de vision, force est de constater que le secteur qu’on se plait, faute de mieux, à designer sous le vocable flatteur d’opposition, n’est pas logé à meilleure enseigne.

On serait même enclin à déclarer que l’aventure « Tèt Kale » se maintient en raison du vacuum dans lequel elle se développe et personne ne prévoit encore jusqu’où cela peut conduire.

Loin de nous la sotte prétention de nous ériger en donneur de leçons. Nous ne faisons que mettre l’emphase sur ce que tout le monde sait déjà et refuse malhonnêtement de mettre en application à l’instar des politiciens dignes de leur profession. Car, la politique est une profession. Du moins, faut-il la pratiquer professionnellement si l’on veut aboutir à des résultats.

On a du mal à comprendre pourquoi des secteurs politiques qui affichent la même profession de foi n’arrivent jamais à se coaliser. Petites bandes ici. Autres petites bandes par là. Particules partout.

Du mal aussi à comprendre la raison pour laquelle les problèmes de fond ne constituent jamais les motifs d’une mobilisation permanente et efficace. Les leaders ne commanditent pas des études. Ils ne réalisent pas d’enquêtes. Que de dérives irréparables ils auraient pu éviter en étayant leurs interventions politiques d’arguments infaillibles sur la base de données fiables et incontestables sur la plupart des dossiers. Cela aurait pu également invalider l’intoxication de la propagande officielle et mettre en déroute les mystificateurs les plus habiles des médias officiels.

La distance entretenue par rapport aux masses explique par ailleurs la faible capacité de convocation populaire et le discours généralement creux des leaders en qui la population refuse désormais de se reconnaitre.

Il en résulte que la barque va à la dérive et que, dans ces conditions, l’étranger joue royalement au grand timonier. Après avoir, bien sûr, aménagé, les conditions de la débâcle. Car, l’histoire est là pour en témoigner : autant que les haïtiens, sinon davantage, l’étranger a résolument œuvré en vue de nous amener à ce « katyouboumbe ».

Que faire ? Pour reprendre le mot de Lénine. Mettons l’emphase sur les procédés sans pour autant donner de leçons à qui que ce soit. Il faudrait d’abord que les uns et les autres commencent à aimer ce coin de terre et à considérer leur personne et leurs idées comme tout à fait secondaires par rapport aux intérêts supérieurs de la nation. Cela parait puéril et simpliste de le dire ou de le redire. Mais, une vérité aussi simple, pour ne pas dire simpliste, est la valeur la moins partagée dans l’univers politique bruyant et cacophonique qui est le nôtre.

On ne saurait imaginer à quel point le pays représente le cadet des soucis des politiciens qui, pourtant, en font leur fond de commerce. Mais, rien, vraiment rien chez eux en termes de patriotisme véritable. Il y a certes des exceptions, comme à toute règle. Mais, dans le domaine qui nous préoccupe, elles sont malheureusement peu nombreuses. A la moindre possibilité de « deal », ils se renient et plient l’échine. Regardez ce qui se passe aujourd’hui à la Chambre basse. Quelle est la cause défendue par les parlementaires de la majorité présidentielle sinon que celle de leurs poches et de leur ventre mou, à faire frémir les Conzé de pire acabit ?

Nos politiciens doivent se mettre à l’école de la conviction, de la fidélité et de la loyauté.Ils doivent aussi bien apprendre à connaitre le pays et les dossiers se rapportant aux différentes problématiques. Même pour être constructifs, comme on dit, les politiciens de l’opposition doivent renoncer au « voye monte » : argumenter, se documenter, reconnaitre avec probité ce que le pouvoir réalise éventuellement de positif, rejeter, données irréfutables à l’appui, ce qui ne l’est pas.

On en a marre d’entendre des gens parler de tout sans rien savoir de rien. « Des faiseurs de tout et des grands diseurs de rien », ironisent souvent des amis de la diaspora. Il faut donc des discours conséquents, fouillés, capables de convaincre et d’engager l’opinion et la nation. De plus, il faut des actions conséquentes et soutenues reposant sur une ligne ou des lignes clairement identifiables. On n’arrive pas toujours à déterminer, selon les situations, qui est de gauche, qui est de droite, qui est du centre, qui est « dwat e gòch ». Notre faune politique a de quoi alimenter les romans les plus hilarants. Il faut que les choses changent, disait Jean Paul II.

Ce slogan s’applique aujourd’hui dans toute sa splendeur à nos politiciens. L’aventure « Tèt Kale » provient de leurs errements et de leurs sottes turpitudes. Elle peut s’en nourrir si ces tares persistent. Le temps est donc venu de se mettre résolument au travail et de sortir des sentiers battus des luttes intestines et fratricides stériles. Personne n’a le monopole de la vérité. Encore moins de la pureté. Il convient donc d’avancer l’un vers l’autre avec humilité et la certitude que c’est ensemble qu’on pourra empêcher au pays cette fin tragique qui le menace. Car, la catastrophe se profile et, contrairement à ce qu’on se plait à répéter pour se donner bonne conscience et s’imaginer disposer encore de temps devant soi : un pays peut bien mourir.

Marvel DANDIN