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Le devoir de mémoire n’est pas seulement une commémoration. C’est un long processus qui normalement devrait engager la nation entière, et contribuer à nous réapproprier toute notre histoire et à nous souder autour de valeurs communes

Comité de commémoration du 26 avril 1963 – 26 avril 2013 : 50 ans pour que vive la mémoire de nos chers disparus Devoir de mémoire

Les défenseurs, supporteurs et héritiers de Duvalier tentent cependant de jeter le blâme sur les victimes et d’insulter la mémoire des milliers de personnes broyées par la machine duvaliériste.

Publié le dimanche 28 avril 2013

Comité de commémoration du 26 avril 1963
26 avril 1963 – 26 avril 2013 : 50 ans
Pour que vive la mémoire de nos chers disparus
Devoir de mémoire

Au nom du Comité de commémoration du 26 avril 1963, je remercie les différentes associations, telles que le Collectif contre l’impunité, la FOKAl (Fondation connaissance et liberté), le RNDDH (Réseau national de défense des droits humains), la presse, ainsi que toutes les personnes ici présentes, de nous accompagner dans notre devoir patriotique qu’est le devoir de mémoire.

Aussi c’est avec une très grande émotion, et surtout une profonde humilité, que je m’adresse à vous aujourd’hui pour honorer la mémoire de nos chers disparus : nos pères, nos mères, nos enfants, nos fils, nos filles, nos frères, nos soeurs et nos amis. Tous des victimes innocentes, assassinées ou disparues et sans savoir de quoi on les accusait.
"Devoir de mémoire" c’est une expression qui apparaît en France au début des années 90. Elle semble nommer une pratique existante et très soutenue, mais plutôt limitée au souvenir de la Shoah.

Avoir un nom rendait plus facile l’extension de cette pratique à d’autres événements du même genre, tels que le génocide cambodgien des années 70 ou le génocide rwandais de 1994. Au moment où nous parlons, l’expression est utilisée en référence à des événements qui ne font pas l’Object d’une commémoration officielle, dont le nombre de victimes est très élevé, dont les bourreaux sont des gens aussi anonymes que les victimes elles-mêmes et dont la mémoire est plus ou moins occultée par les victimes elles-mêmes.

En quoi alors consiste la pratique du devoir de mémoire. D’abord elle n’a rien à voir avec la revanche encore moins la vengeance. Le devoir de mémoire est une pratique de recherche historique pour la connaissance des faits dans leurs moindres détails : il faut établir qui a tué qui, où, quand, comment, pourquoi, pour une personne comme pour plusieurs millions ; il faut nommer les bourreaux et les juger si possible, pour qu’ils sachent que la société leur reproche leurs crimes. Il faut aussi célébrer les anges gardiens, ceux qui, au mépris de leurs propres vies, sont venus en aide à des victimes ou se sont interposés entre bourreaux et victimes. Il faut comprendre pourquoi cela est arrivé, quels mécanismes sociaux conduisent des êtres humains à sombrer dans la cruauté et la barbarie. Le devoir de mémoire est aussi une pratique de support aux survivants ; une reconnaissance importante de leurs souffrances passées et présentes. Ensuite, il faut éduquer, en permanence ; c’est une manière de forcer une société à voir et à reconnaître ses pires horreurs. C’est une manière de maintenir présent, à l’esprit de tous les Haïtiens et de toutes les Haïtiennes, les actes de cruauté dont se sont rendus coupables les dictateurs de tout bord et leurs multiples collaborateurs.

La pratique du devoir de mémoire n’a, en fin de compte, qu’un seul et unique but : comprendre ce qui s’est passé, pour que cela ne se reproduise plus jamais. En d’autres mots, comprendre ce qui s’est passé pour empêcher le retour des conditions politiques et sociales qui ont permis l’instauration des régimes autoritaires.

On le voit, le devoir de mémoire n’est pas seulement une commémoration. C’est un long processus qui normalement devrait engager la nation entière, et qui devrait contribuer à nous réapproprier toute notre histoire et à nous souder autour de valeurs communes, et pas seulement pour cette courte période que nous célébrons ce 26 avril 2013 à, 5h00 pm, à l’église Saint Pierre de Pétion ville.
Pétion ville, le 24 avril 2013

Marie-Marguerite Bouchereau Clérié

Collectif contre l’impunité

Regroupement de plaignants-es -contre l’ex dictateur Jean-Claude Duvalier et consorts- et d’organisations de droits humains
Centre oecuménique des droits humains (CEDH) - Kay Fanm (Maison des femmes)

Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement (MOUFHED) - Réseau national de défense des droits humains (RNDDH)
Point focal : Centre oecuménique des droits humains (CEDH) - cedh@cedh-haiti.org

Communiqué

Jean-Claude Duvalier est l’héritier du 26 avril 1963
Depuis le retour en Haïti, le 16 janvier 2011, de l’ex Président à vie Jean-Claude Duvalier, un difficile combat est mené pour faire échec à l’impunité, refuser la banalisation de la dictature et la négation des crimes contre l’humanité perpétrés par la dynastie de François et Jean-Claude Duvalier.

Depuis février 2013, les plaignants et plaignantes du Collectif témoignent, devant la Cour d’Appel de Port-au-Prince, des violations subies et des innombrables exécutions et disparitions de nos concitoyens et concitoyennes durant le règne duvaliériste.

A travers divers actes, notamment l’adoption de la constitution du 29 mars 1987, l’État haïtien a reconnu les 29 ans de la sanglante dictature. Les défenseurs, supporteurs et héritiers de Duvalier tentent cependant de jeter le blâme sur les victimes et d’insulter la mémoire des milliers de personnes broyées par la machine duvaliériste.

Le 26 avril est une date symbolique de notre histoire. Le 26 avril 1963, la dictature, toute griffe dehors, avait organisé un massacre. Le 26 avril 1986, le duvaliérisme sans Duvalier s’est montré, avec la répression exercée par l’armée contre la manifestation, devant Fort Dimanche, pour honorer la mémoire des victimes de la dictature.

A la veille de la commémoration de la date symbolique du 26 avril, François Nicolas Duvalier, petit-fils et fils de dictateur, cherche à réhabiliter François Duvalier, sa présidence à vie et sa succession. Si le peuple haïtien n’avait pas fait le 7 février 1986, nous aurions eu droit à un deuxième héritier assumant, comme le premier, le prix du sang et la politique d’anéantissement du pays.

Le Collectif mêle sa voix à celle du Comité de commémoration du 26 avril 1963, pour refuser l’oubli, honorer la mémoire des victimes, saluer la résistance et, surtout, appeler à la vigilance citoyenne.
Nous n’oublierons pas ce qu’a été la dictature duvaliériste !
Port-au-Prince, le 24 avril 2013

Danièle Magloire
Coordonnatrice