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Haïti-Editorial

Radio Kiskeya : 19 ans de combat !

La lutte continue !

Publié le mardi 7 mai 2013

Radio Kiskeya atteint ce 7 mai 2013 sa 19ème année. Notre chère station a en effet été inaugurée le 7 mai 1994. Ce fut un coup d’audace, en pleine période de coup d’Etat. Mais aussi et surtout un risque calculé : les militaires n’allaient pas pouvoir tenir face à la pression conjuguée des forces démocratiques tant locales qu’internationales et des pays dits « amis d’Haiti ».

Le chemin a été long et difficile. Il continue malheureusement de l’être. Cela ne nous a pas empêché de créer le site internet de la station (www.radiokiskeya.com) riche en textes en créole et en français de qualité portant sur des thèmes variés. Il offre les options « live stream » (écoute en direct de nos programmes), « podcast » (écoute en différé) et l’écoute par téléphone partout sur la planète via « audio now ».

Voilà maintenant que, depuis le 4 mai 2012, nous nous sommes lancés dans l’aventure de la télévision sur la chaine 14 et le 65, en digital câble.

L’expérience, du début à aujourd’hui, continue d’être trépidante. Jamais, depuis le coup d’envoi donné par les fondateurs, Sony Bastien, Liliane Pierre-Paul et moi, nous n’avons eu de pause dans l’effort, encore moins de sentiment de complète satisfaction. Outre le fait que les objectifs, à divers niveaux, ne sont jamais pleinement atteints, mais des difficultés majeures se sont multipliées le long du parcours, rendant la cause exténuante et, des fois désespérée. Mais, nous trouvons encore suffisamment de ressources morales et de motivation professionnelle et civique pour continuer la marche. La grande marche, pouvons-nous dire dans notre cas. Car, rien ne nous a été donné, nonobstant certainement le concours de commanditaires fidèles, d’amis, de collègues et de collaborateurs sur qui nous avons pu compter et qui ne nous ont jamais marchandé leur collaboration. Nous voulons cependant insister sur le fait que nous sommes parvenus à conserver une certaine place sur l’échiquier médiatique, disons-mieux sur le cadran, beaucoup plus par notre détermination à servir et à accomplir l’œuvre entamée que par les faveurs de quiconque. On n’en a d’ailleurs jamais sollicité. Mais, on avait droit de croire, et on continue encore de croire, que l’effort, le travail bien fait, la performance, l’honnêteté et la probité méritaient et méritent encore d’être dignement récompensés.

Aujourd’hui, sans qu’on veuille généraliser et porter atteinte à des médias dont le succès découle de situations et de facteurs bien particuliers, force est de reconnaitre que la médiocrité et la servilité sont à leurs heures de gloire et que, dans bien des cas, elles attirent fortune. Mais, tout le monde a fini par savoir que ce n’est pas de cette fortune qu’il faut à l’équipe Kiskeya. Car elle croit que, pour être utile et efficace, la presse se doit d’être crédible. Et que la crédibilité est une fleur qui s’étiole là où la médiocrité et la corruption s’installent et règnent en maitres.

Malgré les inconvénients et les infortunes de toutes sortes, ce 7 mai nous offre l’occasion de renouveler l’engagement de départ des fondateurs en faveur du travail bien fait, du respect et de l’application des normes professionnelles, dans la voie de l’indépendance par rapport aux sources d’influence, tant publiques que privées. Nous demeurons toutefois ouverts à tous, avec la conviction qu’il faut au pays une presse libre et forte, en laquelle la population place sa confiance et dont l’organisation, la cohésion et le professionnalisme sont autant d’atouts destinés à influencer positivement les décideurs. Une presse qui puisse aider Haïti à abandonner les sentiers tortueux, sablonneux et malaisés de l’illégalité érigée en système ; une presse dont la contribution dans la lutte contre l’impunité est garantie. Il faut aussi que cette presse aide à trouver le chemin qui nous éloigne de l’improvisation et de l’amateurisme dans la gestion de la chose publique. Par l’institutionnalisation de la transparence et du débat public sur les questions nationales, cette presse doit pouvoir contribuer à combattre la pratique du pillage des ressources publiques et celle de l’ésotérisme dans le monde des affaires. Le secteur privé des affaires, autant que le secteur public, doit s’ouvrir à l’information moderne. Cette presse dont nous parlons et dont nous avons besoin devra donc être partie prenante dans l’édification d’une nouvelle culture d’ouverture aux idées et aux réalités modernes, notamment aux fantastiques technologies de l’information et de la communication du 21ème siècle.

Fòk nou sòti nan mwayennaj la, pou n antre nan modènite ; sòti nan fè nwa pou n antre nan klate ; près la dwe kapab ede nou fè pasaj sa a pou n rive nan konstriksyon yon vizyon-peyi kote nap dekouvri ki moun nou ye tout bon vre, kote nap konte sou fòs nou an priyorite, menm si nou kolabore ak etranje ; nap kaba sipèstisyon e, sitou, nap bandonnen lide ki fè n kontinye kwè devlopman ak pwogrè pa pou nou, se pou zòt ; yon près kap ede popilasyon an ak dirijanl kwè jefò ak travay, nan kad yon vizyon ak yon plan-peyi byen defini, dwe bay rezilta nap chache a pou yon lòt Ayiti ki posib, jan yo di a. Radyo ak Televizyon Kiskeya kwè nan près sa a e se nan sans sa a travay li oryante.

Nos prises de position ne seront jamais bassement partisanes. Que certains, dans leur étroitesse d’esprit, assimilent des médias comme le nôtre à des médias d’opposition, c’est regrettable. Car, en fait, l’opposition dont ils parlent n’est autre que le rappel constant, par ces médias, des prescrits constitutionnels ; l’appel permanent à la saine distribution de la justice et à la lutte contre l’impunité ; l’emphase sur la bonne gouvernance et l’élimination de la corruption et de la gabegie administrative ; l’appel à la renonciation au népotisme et au clientélisme ; la demande incessante du respect des libertés publiques, de l’application du multipartisme et de la règle de l’alternance politique. Les médias, comme le nôtre, plaident aussi en faveur de la souveraineté nationale, de l’affranchissement du pays de la tutelle étrangère actuelle, de la défense des intérêts nationaux et de notre identité, sans chauvinisme, sans xénophobie. Notre lutte concerne aussi la relance de la production nationale, la protection de l’environnement, la défense de nos frontières terrestres, maritimes et aériennes. Est-cela faire de l’opposition ? Eske, pou yo pa di w se près opozisyon, ou pap pale de demisyon otorite peyi a nan dosye plis pase 7 mil konpatriyòt Kolera-Minista voye al bwa chat ?
Pou w pa près opozisyon, ou pap pale de mannigans pou eleksyon fo mamit oswa pou eleksyon pa fèt nan moman yo dwe fèt ?
Se près opozisyon si w poze kesyon sou pèdiyèm ofisyèl yo lè yo vwayaje ? Près opozisyon lè w mande benefis peyi a ap tire nan depanse milyon nan òganize somè entènasyonal ? Opozisyon pi rèd lè wap chache konnen sa k fèt ak fon Petro Caribe ?
S’il en est ainsi, ceux que nous dérangeons en agitant ces questions et qui nous taxent d’intransigeance et d’opposition assument ouvertement qu’ils agissent contre la nation. Ils se révèlent et s’accusent. Ce faisant, ils ont suffisamment de leviers en main pour porter certains de ceux qu’ils favorisent dans les milieux d’affaires à sanctionner ceux qui ne s’alignent pas, comme ce fut le cas pour « Brothers Posse » lors du carnaval, avec des sponsors qui se sont démarqués à la dernière minute en raison de la hargne du chef contre la mérengue « a loral » ; comme c’est le cas pour des médias dont le discours critique, mais somme toute responsable, est présenté comme de la sédition et leur vaut d’être mis à l’indexe et/ou à l’écart dans les budgets publicitaires.

Qu’importe ! C’est le prix à payer pour demeurer à la hauteur des espoirs placés en des médias certes commerciaux, mais véritablement au service de la démocratie dont, paradoxalement, tout le monde a besoin à un moment ou à un autre. L’histoire récente regorge d’exemples montrant qu’à un moment donné, certains n’avaient cure de la Constitution et des lois, et de la presse aussi, et que, par la suite, ce sont les mêmes qui, pour défendre leurs propres causes, vont tenter d’être plus démocrates que les démocrates eux-mêmes. On les attend donc à ce carrefour ironique de l’histoire. On en a vu de ces gens qui ont bêtement crû en l’éternité d’un règne, fut-il despotique ou faussement démocratique.

Nous gardons le cap malgré les difficultés.

Elles sont, ces difficultés, de tous ordres. DGI kap ponpe miz an demè sanl pa chache konnen ki pwoblèm espesyal medya yo ap fè fas, sitou apre tranblemann tè a. Medya ki te pran move pataswèl yo pa janm leve kanpe sou 2 pye yo tout bon vre. Lòt pwoblèm : kòmanditè yo ki wete piblisite yo oswa ki mande plis pou mwens ; rate kouran ki pa janm sispann e ki fè medya yo depanse sa yo pa genyen nan achte gaz ; fòk nou di tou, bòdwo kouran yo pa janm sispann wotè syèl la, menm lè ou pa jwenn kantite ou bezwen an pou w travay epi fè benefis pou w ka peye. Anfen, nou kwè manm sektè medya a, ki se yon sektè ekonomik trè dinamik ki devlope anpil pandan dènye ane sa yo, dwe chita pale, antann yo sou ansanm pwoblèm medya yo ap fè fas epi tanmen diskisyon ak negosyasyon ak pouvwa piblik yo sou meyè fason sektè sa a ka devlope epi akonpaye peyi a nan devlopman l.

Nous sommes engagés dans l’aventure de la télévision. Une véritable aventure par laquelle nou vle moun yo wè lòt jan. Mais, voilà que nous devrons bientôt, déjà, migrer vers le numérique. Mais, pourquoi et comment ? La question hante l’esprit des opérateurs du secteur qui ont consenti d’importants investissements. Comment parvenir au numérique en 2015 sans causer de sérieux préjudices aux investisseurs du secteur ? La question est posée au CONATEL, mais tout aussi bien au Ministère des TPTC, à celui de la Communication, au Ministère de la Culture, et aux associations de médias. Des discussions et des négociations sérieuses doivent être engagées.

Nous avons donc 19 ans, ce 7 mai. Une pensée spéciale pour Sony qui n’a pas vu naitre Télé Kiskeya. De vifs remerciements à notre Directrice de la Programmation, Liliane Pierre Paul, pour son travail infatigable en vue de tenir la station dans le peloton de tête des médias les plus importants du pays ; une salutation spéciale à la veuve de Sony, présidente de notre Conseil d’administration, et à ses fils Marco et Stéphane, qui se souviendront davantage de Sony le 10 mai prochain, jour qui marquera le 57ème anniversaire de sa naissance. Nos remerciements et nos salutations vont aussi à notre Directeur de l’Information, Stéphane Pierre-Paul ; à notre webmaster et principal concepteur et réalisateur de nos spots d’identification Harold Isaac ; nos remerciements s’étendent à tout le personnel, à nos commanditaires, à nos fidèles auditeurs et téléspectateurs, à tous indistinctement, sans oublier notre infatigable collaborateur du Maryland, Jean Max Cadet.

Nous ne saurions oublier ceux qui nous ont quittés, dont Jean Richard Louis Charles, brutalement fauché. Pour lui aussi, l’enquête se poursuit, indéfiniment… Nous saluons aussi ceux qui nous ont faussé compagnie pour diverses raisons, pour d’autres rives ou d’autres expériences. Leur contribution dans notre itinéraire compte.

Continuons l’œuvre. Conduisons la station à bon port pour le bien de la presse et pour celui du pays. Joyeux 19ème anniversaire à tous !

Marvel Dandin